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Cuba : Yoani Sánchez, lauréate d'un prix de journalisme, interdite de sortie du territoire

Yoani Sánchez, blogueuse cubaine qui officie sur Generacion Y [en espagnol], s'est vue une fois de plus refuser la permission de quitter l'île de Cuba pour aller recevoir le prix Maria Moors Cabot [en anglais], la plus ancienne récompense internationale de journalisme. Elle a enregistré une vidéo de sa visite aux services d'immigration on lui a  refusé une fois de plus, et pour la quatrième fois en deux ans, l'autorisation de quitter le pays. Elle a téléchargé  et diffusé le lien vers la vidéo sur son compte Twitter [en espagnol]:

Dans son article [en espagnol],elle écrit:

Soy un poco ilusa. Hasta el minuto antes que comenzara la ceremonia del María Moors Cabot –celebrada ayer– pensé que el gobierno cubano iba a cambiar su decisión y dejarme salir. De ahí que guardé la grabación que hice en la Oficina de Inmigración y Extranjería el lunes 12 de Octubre. Hoy, al comprobar que sigo en el mismo sitio, me he decidido a publicarla, pensando especialmente en todos aquellos que están pasando por situaciones similares.

La emoción, el tener tanto que decir, me hicieron hablar a una velocidad difícil para subtitular, pero siento el alivio de haber dicho ante esos uniformes militares todo lo que pienso de ellos y de sus restricciones absurdas.

Je suis un peu naïve. Jusqu'à la dernière minute, avant que la cérémonie Maria Moors Cabot, qui a eu lieu hier, ne commence, je pensais vraiment que le gouvernement cubain aller changer d'avis et me laisser partir. C'est la raison pour laquelle j'avais gardé secrète cette vidéo de ma visite, lundi 12 octobre, au bureau de l'immigration et des affaires étrangères. Aujourd'hui, après avoir prouvé que je suis toujours au même endroit, j'ai décidé de rendre cette vidéo publique, en ayant une pensée particulière pour tous ceux qui vivent la même situation que moi. J'étais tellement nerveuse, j'avais tellement de choses à dire, que j'en ai parlé trop vite, mais je me sens soulagée d'avoir dit à ces militaires en galons ce que je pensais d'eux et de leurs absurdes restrictions.

Dans cette vidéo, elle demande à plusieurs reprises au fonctionnaire qui est derrière le comptoir de lui expliquer pourquoi elle n'est pas autorisée à voyager. Voici la restranscription de la conversation :

Et bien je viens voir si l'interdiction de voyager me concernant a été levée.

-Vous ne pouvez pas voyager encore.

- Toujours pas? Et quand est-ce que cette interdiction sera levée, le savez-vous? Interdiction?
Et bien si je ne peux pas monter dans un avion, c'est une interdiction.

-Vous n'êtes pas encore autorisée à voyager.

- Et pour quelles raisons?

- Je ne connais pas les raisons.

- Je n'ai commis rien d'illégal, je n'ai pas été citée à comparaitre…

- Allez voir le bureau des droits civiques…

- J'y suis allée plus d'une fois ; ils commencent à me connaître là-bas, mais ce que je veux savoir, c'est si c'est une interdiction à vie, ou bien si je pourrais quitter ce pays un jour. Et-ce que je dois persévérer? Que dois-je faire?

- Pour le moment, vous n'êtes pas autorisée à voyager.

- Vous savez que c'est une violation des mes droits constitutionnels.Vous êtes en train de violer mes droits en tant que citoyenne, mon droit à me déplacer librement, à quitter le pays. C'est très sérieux. Pour une institution militaire de refuser à un civil un droit fondamental, c'est comme refuser le droit à l'éducation, le droit à la nourriture, le droit de se déplacer.

- Pour le moment, vous n'êtes pas autorisée à voyager.

- Oui, je sais, on me l'a déjà dit. Mais ce que je veux, c'est voir en face ceux qui ont pris cette décision et qui savent ce qu'il en est.

- Je suis en face de vous.

- Non, vous ne me donnez aucune réponse, vous ne faites que me répéter ce qui est écrit sur ces papiers. Je veux savoir pourquoi Yoani Sanchez ne peut pas quitter le pays. Ils ont si peur de moi en dehors de Cuba?

- Pour le moment, vous n'êtes pas autorisée à voyager.

- Pourquoi est-ce que vous m'empêchez de monter dans un avion ? De quoi ont-ils peur ? De quoi suis-je capable, moi et mes 55 kilos ? De provoquer un tsunami ? Alors pourquoi ne me laissent-ils pas sortir du pays ?

- Je vous l'ai déjà dit…

- C'est honteux. Non, je vous le dis à nouveau. Vous êtes en train de vivre les moments les plus embarrassants de vos vies.

Cette institution, ce que vous représentez, cette permission de sortir du territoire, tout ça n'aura plus lieu d'être un jour. Mes petits-enfants ne vivront pas sous ces conditions. Quand je leur raconterai comment les institutions de mon pays ont bafoué mon droit à me déplacer librement, ils ne me croiront pas. Et vous, qu'allez-vous dire à vos enfants? Que vous étiez dévoué à piétiner les droits des citoyens cubains ? C'est cela que vous allez leur raconter ? Parce que, en toute honnêteté, je me sens désolée pour vous, qui allez devoir raconter ça à vos enfants un jour. Pas moi. Je n'ai jamais bafoué les droits de qui que ce soit. Je veux juste pouvoir exercer mes droits en tant que personne libre. Pourquoi n'est-ce pas possible ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'on me refuse systématiquement l'autorisation de partir. Qui prend cette décision ? Ils devraient faire preuve d'un peu plus de courage et m'expliquer en face : “Yoani Sanchez, vous ne pouvez pas voyager pour les raisons suivantes …” Mais non…

- Je vous donne la réponse.

- Non, vous ne faites que me dire non. Vous ne justifiez rien. Pourquoi ? Je n'ai pas de procès en cours, je ne suis accusée de rien, je n'ai jamais été dans l'armée, je ne détiens aucun secret d'état, je ne suis même pas un médecin, à qui vous n'accordez pas l'autorisation de voyager les 5 premières années de leurs carrières. Je ne suis rien de tout cela, je ne suis qu'une personne dévouée à l'écriture. Pourquoi ne puis-je pas partir ? Je sais pourquoi je ne peux pas partir, mais j'attends seulement que l'un d'entre vous me le dise.

Parce que vous avez un filtre idéologique. Ce pays est comme une prison géante, avec une barrière idéologique. Une barrière partisane. Et les citoyens y sont jugés en fonction de leurs convictions politiques. Ici, nous avons des citoyens de première, deuxième et cinquième zone…Et je ne sais pas dans quelle catégorie je rentre, mais je dois être une citoyenne de sous-zone, non ? A cause d'un filtre idéologique.

Mais ce temps aura une fin. Parce que la nation n'a que faire d'une idéologie, d'un parti politique, cette nation a existé et continuera d'exister sans vous. Et vous aurez alors à rendre compte de vos actions, de toutes ces violations faites aux cubains. Je suis sincèrement désolée mais vous ne représentez pas le futur. Nous sommes le futur. J'ai 34 ans, je vais vivre, je vais vivre le futur, et je serai heureuse le jour je pourrais me déplacer librement. Vous tirez sur la corde, c'est tout ce que vous faites. Quand je serai sortie de ce pays, les conséquences seront bien plus importantes que ce que vous pouvez imaginer, et c'est de votre fait. A chaque fois, de plus en plus de gens lisent mon blog et c'est grâce à vous. De plus en plus de gens m'admirent et me saluent dans la rue et c'est vous qui l'avez provoqué. Avec les prohibitions, avec l'autoritarisme, avec la surveillance de la police.

Tout ce que vous avez réussi à faire, c'est à rendre ce que je fais plus populaire encore. Donc si je dois remercier quelqu'un, je remercie les organismes de la sécurité d'état ainsi que le ministère de l'intérieur et de l'immigration, qui ont contribué à développer le phénomène, chaque jour grandissant, provoqué par mon blog. Alors en toute franchise, un grand merci!

Elle a aussi envoyé une vidéo à l'université de Columbia pour la cérémonie de remise du Prix Maria Moors Cabot, dans laquelle elle accepte le prix qui lui a été décerné :

Le blog de Periodismo Ciudadano [en espagnol] (journalisme citoyen) a publié un article reprenant en détail la situation dans laquelle Yoani se trouve, avec d'autres vidéos la concernant. L'une d'entre elles vient d'une chaine d'informations de Miami, à laquelle Yoani a  accordé une interview téléphonique [en espagnol] au cours de laquelle elle raconte à nouveau son histoire ; et, sur un autre enregistrement, on entend la radio d'actualités Marti [en espagnol] se faire l'écho de l'appel lancé par Amnesty International sur la situation de Yoani.

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