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Quel futur pour les TIC en matière de développement ?

Une vieille histoire court sur un pêcheur et son téléphone portable. Quelques fois, ce pêcheur cabote au large du Sénégal, d’autres fois, en Inde. Mais l’histoire  – et sa leçon aussi – reste presque la même. Voici  l'histoire. Avant que le pêcheur n'arrive au port avec sa pirogue pleine de poissons, il utilise son portable pour contacter différents vendeurs au détail de poissons. Le vendeur offrant le meilleur prix, très probablement, devrait conclure l’affaire avec le pêcheur.

 Banglalink cell phone excitement in advertisement, Dhaka, Bangladesh, by Wonderlane (Creative Commons)

Une pub pour l'opérateur Banglalink, à Dhaka, Bangladesh, par Wonderlane sur Flickr (Creative Commons)

Cette leçon a fait le tour du monde comme exemple type de l’importance d’Internet et des technologies de la communication – spécialement des téléphones portables, efficaces et  relativement bon marché – dans l’amélioration des conditions de vie standard dans le monde en développement. Cette technologie simple permet même à ceux qui sont considérés au bas de la pyramide sociale d’améliorer leurs perspectives économiques, en améliorant la qualité de vie de toute leur famille. Si le téléphonie mobile peut aider le pêcheur à diversifier ses relations et à accroitre ses prix de vente, pensez à ce qu’elle pourrait apporter aux travailleurs pauvres du monde entier !

Cette année le nombre d’utilisateurs de téléphones mobiles à travers le monde atteint 4,6 milliards de personnes.La plus grande partie de cette croissance est due aux pays en développement. Et, avec l’expansion de la téléphonie mobile dans certains pays, il en va de même du développement économique (tout au moins, c’est ce que les opérateurs de téléphonie avancent).

Bien que ces chiffres soient élevés et que le fossé numérique pourrait bien être en train de se résorber, un problème demeure : l’histoire du pêcheur est un peu dépassée. Comme dans d'autres cas, la technologie est allée de l’avant. Pour que les TIC continuent à contribuer de façon positive au développement humain, elles doivent elles aussi se maintenir à niveau.

Dans les deux premiers articles de cette série, j’aimerais explorer comment les TIC pour le développement [ICTs for development ou ICT4D], pourraient changer dans un futur prochain. Ensuite, j'aimerais  identifier quelques projets d'avant-garde, en cours de réalisation dans le monde. Comme d’habitude, si vous avez quelques idées à partager, merci de nous le faire savoir.

Richard Heeks soutient que pour cette nouvelle phase, les TIC doivent adopter changer le regard qu'elles ont sur les pauvres.  Les habitants des pays en développement ne devraient plus être considérés comme des consommateurs passifs. Au contraire, ils devraient être considérés comme des producteurs et des innovateurs actifs.

Sur son blog ICTs for Development, Richard Heeks présente ses nouveaux travaux universitaires, qui résument où selon lui les technologies pour le développement devraient se diriger :

a) Nouveaux équipements prioritaires :  besoin d'innovations pour des terminaux bon marché et à large spectre, les  télécommunications et l'énergie. Nécessité de porter la réussite de la dernière décennie – le téléphone portable – encore plus loin. L'article traite aussi des implications du haut débit, de l'informatique dans le nuage et de l’individualisation des équipements matériels.

b) Nouvelles applications prioritaires : augmentation de la création de contenus en ligne participatifs, et utilisation des TIC pour générer de nouveaux revenus et emplois pour les pauvres dans le monde. L'article traite aussi des implications des FOSS (logiciels libres), et de la diversification des applications pour résoudre les problèmes de la pauvreté urbaine, de la sécurité, de la croissance économique et des changements climatiques.

c) Les nouveaux modèles d’innovation: l’augmentation des besoins pour – et le potentiel de – d'innovations qui aillent au-delà des modèles verticaux, comme les projets de laboratoires. Ce qui inclut aussi des modèles de collaboration (axés sur les pauvres) qui fonctionnent dans les communautés défavorisées. Cela implique qu'une attention plus grande soit portée aux innovations simples (par les pauvres)  générées au sein de ces communautés. L'article traite aussi des nouveaux intermédiaires qui émergent du secteur privé et des ONG.
d) Nouveaux modèles de mise en œuvre : à cause des limites des projets ICT4D 1.0 (de première génération), plus d’attention sera consacrée à la durabilité, à  la variabilité dimensionnelle et à l’évaluation des projets de TIC pour le développement.  Ceci exigera plus de travail que les approches toutes faites, prêtes à l’usage, et de meilleurs techniques pour réduire les délais entre conception et mise en œuvre. L'article traite aussi des nouveaux mécanismes de financement et des nouvelles formes d’organisation, de plus en plus répandus.

e) Nouvelles visions mondiales : des politiques, des stratégies et des projets efficaces des technologies pour le développement exigeront des leaders «tribrids» (par opposition à hybrides). Ils doivent connaître suffisamment trois domaines, informatique, systèmes d’information et études de développement pour en tirer les enseignements fondamentaux, pour échanger avec ou diriger des professionnels de ces domaines. Les programmes de formation et la constitution de groupes de travail doivent refléter cette nécessité.

Yochai Benkler est professeur de droit des entreprises à l’université d'Harvard et codirecteur du Berkman Center for Internet and society, qui a hébergé du 23 au 24 septembre le forum  Communication and Development: The Freedom Connection [Communication et développement : La connexion de la liberté]

Dans une étude rédigée pour le forum, le Professeur Benkler soutient que les prochaines générations des TIC doivent continuer à être flexibles et dynamiques, tout en devenant plus puissantes. Peut-être que les concepteurs s'appuiront sur les applications partagées en réseaux, les logiciels de réseaux sociaux et les outils en ligne d'organisation.

Mais les téléphones mobiles à eux seuls ne pourront pas résoudre le problème.

Les raisons qui ont fait des téléphones portables des embryons de plateformes technologiques  si populaires dans les pays les plus pauvres, étaient qu’ils étaient beaucoup moins chers [que les ordinateurs] et qu’ ils étaient basés sur des réseaux qui contiennent tout le savoir dans le réseau, permettant l’accès à un équipement très bon marché. Or, c’est exactement la “stupidité”, ou la simplicité du réseau autour de «l’intelligence », ou la complexité informatique des appareils du début, qui était tellement essentielle pour le développement de l'économie et la société en réseau telles qu'elles sont aujourd'hui.   Les efforts pour rendre disponibles des appareils économiques dans les pays les plus pauvres, qui ne prennent pas en considération le fait que des prix abordables sont atteints au détriment d’un réseau ouvert, neutre, aboutira à un type très différent de plateforme de TIC que celui que nous pensons comme tellement créatif et productif, dans les économies plus riches…

Voici sa recette pour la génération future des TIC pour le développement.

Les équipements doivent avoir des prix suffisamment bas pour être largement répandus comme appareils de base, appartenir à des personnes reliées par un réseau non correlé à des relations pré-existantes de pouvoir.  Les appareils doivent être accompagnés de kits de formation à leur usage et au réseau ouvert, de manière à ce que les difficultés d’utilisation ne continuent pas à détourner les personnes vers des appareils plus simples qui offrent des applications plus prévisibles, plus familières et plus « sûres ». Dans un futur proche, cela pourrait signifier que les programmes soient destinés aux femmes, de la même manière que le furent les programmes de micro-crédits, ou aux jeunes et aux enfants. A plus long terme, cela voudra dire une plus grande attention sur les ordinateurs mobiles et non plus sur des téléphones portables améliorés. Ou bien, en alternative, cela voudra dire que nous aurons besoin de concentrer nos efforts sur des interventions au niveau des réglementations que ceux qu’exigent les téléphones portables, pour que les téléphones mobiles et les réseaux de téléphonie mobile plus ouverts et plus flexibles, bien que ceci soit une charrue plus difficile à manier. Dans tous les cas, cela signifiera des équipements complétés de formation.

Je me demande si quelqu’un imagine un monde où les TIC du monde industrialisé seraient les mêmes que ceux des millions d’utilisateurs dans les pays en développement. En dépit des avancées des TIC au cours des six dernières années, il semble que nous n’ayons pas encore atteint le point où les deux mondes convergent sur les questions technologiques

Li Rivercruise-2, by Akiwitz on Flickr (Creative Commons)

Li Rivercruise-2, par Akiwitz sur Flickr (Creative Commons)

Voici une recherche intéressante de Mme Mira Slavova sur le blog Mobile Market Design for Development. Elle examine un récent article “The Cloud, the Crowd, and Public Policy” [Le nuage, la foule et la politique publique] par M. Michael Nelson, dans lequel il « analyse l’évolution des TIC à partir de la phase 1 ( des appareils individuels ) à la phase 2 : la toile couvrant le monde entier. A la Phase 3 : les nuages [NdT : L'informatique du nuage].”

Alors, qu'en est-il pour le monde en développement ?

Je ne m’attends certainement pas à ce que l’évolution de l’innovation technologique dans les pays en développement suive nécessairement le même chemin que dans le monde industrialisé. Mais je trouve intéressant de prendre en considération les potentialités pour le développement social, économique et technologique…

En le considérant sous cette perspective, je trouve qu’il est correct de dire que les technologies mobiles dans les pays en développement sont probablement à la phase 1 de ces développements. D’autres événements, comme l’utilisation (bien que limitée) du GPRS et du 3G dans les pays en développement et la disponibilité (limitée aussi) de l’accès à l’Internet mobile pourraient porter à croire que les TIC pour le développement aient atteint la phase 2.

L’histoire parallèle de l’évolution technologique utilisée dans les pays en développement s’accélère clairement à une plus grande vitesse que l’évolution et l’adoption des technologies numériques dans les pays industrialisés avancés. Les TIC pour le développement ne sont pas non plus en train de se développer de façon isolée des solutions pour les modèles technologiques et les modèles économiques adoptés pour les pays industrialisés avancés, et vice-versa.

Qu’arrive-t-il si nous séparons les TIC pour le développement des discussions sur les TIC en général ? M. Chris Coward sur son blog Second recess, fait la bonne observation que toutes les technologies conçues pour le monde en développement n'ont pas un impact avec un D majuscule sur le développement .

Un des problèmes avec les “TIC pour le développement” est qu’elles ont une signification différente selon les personnes – la plupart des définitions  tournent autour de l’application des TIC (en premier lieu numérique) à des interventions qui ont un but de développement explicite comme la santé, l’éducation, la transparence dans les actions gouvernementales ou d’autres domaines, de même nature que celles que l’on trouve dans les OMD (Objectifs du millénaire pour le développement, ntd). Ainsi, il y a une tendance à ignorer les aspects qui ne correspondent pas aux objectifs de développement conventionnels (qualité de vie, jeux, mouvements sociaux, etc.), ou ce qui pourrait être simplement décrit comme n’importe quel usage des TIC dans un contexte du monde en développement…
Pour embrasser une vision plus large, de nombreuses personnes ont adopté le terme “ICTD,” pour  “TIC et développent”, pour mettre l’accent sur le fait qu’il s’agit de l’usage des TIC dans les pays en développement, indépendamment de leur caractère de « développement » . Malgré les bonnes intentions qui se trouvent derrière ça,  je crains que cette nuance ne se perde pour beaucoup de personnes. Je pense donc que cette précaution ne serve pas notre communauté sur le long terme. Et je déteste les acronymes.

Il y a aussi d’autres problèmes, comme la définition du “développement” et y-a-t-il un sens à continuer à catégoriser les pays en développement ou développés (je pense que non) – mais ce sont-là des sujets pour d’autres discussions.

Pour déterminer ce que les TIC pour le développement sont censées faire exactement, essayons de les voir à travers les yeux d’un spécialiste en informatique. Beki70 est l’auteur de Beki’s Blog (le blog de Beki), et a un bon argument pour essayer de démêler les TIC pour le développement et les TIC conçues pour un marché comme celui des États-Unis.
L’objectif des TIC pour le développement est de résoudre des problèmes difficiles de recherche qui, en même temps,  font une différence dans la vie des personnes sous-équipées en TIC. Nous ne mesurons pas le CS par les bienfaits créés pour la classe moyenne américaine, nous les mesurons par la complexité des solutions apportées.

Un grand débat a lieu, dit-elle, dans les sciences de l'informatique sur leurs relations avec les technologies pour le développement.

Quelques participants, c'est à dire ceux qui proviennent des sciences de l'informatique, se battent pour répondre à la question « Où se trouve l’informatique dans les TIC pour le développement ? » Et d’autres de donner une longue liste d’opportunités (pour démontrer de manière empirique  le potentiel dans des domaines d’extension de l’application de l’informatique, tels que une faible connectivité, l’accès aux contenus dans des régions en développement à travers la construction d'architecture de réseaux et des systèmes de mémoires caches, des applications mobiles et d'encombrement SE, la gestion de l'énergie, l'informatique appliquée à la détection de problèmes de santé)….
Les TIC pour le développement me poussent, au moins, à réfléchir à l’impact économique (qui favorise ceux qui créent des start-ups ayant beaucoup de succès, comme ils sont vraisemblablement les seuls qui peuvent tracer une ligne séparant ce qu'ils ont fait et combien de personnes l'ont acheté ou bien utilisé) comme unité de mesure pour les sciences informatiques. De plus, étant donné les difficultés à trouver des unités de mesures appropriées, je ne peux m'empêcher de me demander si l'on ne demande pas aux TIC pour le dévéloppement de placer la charrue avant les bœufs. Ou bien, si nous sommes en train d'apprendre la manière de mesurer les gains en productivité pour l'utilisation des ordinateurs dans les grandes entreprises américaines (qui disposent d'ordinateurs depuis des décennies) n'est-il pas peut-être irréaliste d'appliquer cette façon bien assimilée de mesurer dans des lieux où avoir un ordinateur est déjà un premier défi important ?

Pour essayer de rendre concrète cette discussion, voyons  le rôle que jouent les TIC dans au moins un pays. (Dans mon prochain billet, je prendrai en considération les projets de la prochaine génération des TIC destinés au monde en développement.) Au Sri Lanka, la blogueuse et cyber-activiste Sameera Wijerathna cherche à savoir ce qui se passe lorsque le gouvernement et les opérateurs de téléphonie mobile se trompent sur le rôle du téléphone portable. Au lieu de le considérer comme un outil de développement, ils le commercialisent comme une simple commodité.

Des extraits du blog Information and Communication Technology for Development (Technologie de l'information et de la communication pour le développement).

Une récente publicité à la télévision au Sri Lanka montre une fille qui reçoit un SMS sur son portable. Elle dit :
“Mon petit copain m'envoie des messages aussi, même après avoir passé des heures au téléphone avec lui”
Le message du boy-friend était: “Tu es belle”
Elle a répondu: “Tu es intelligent”
La plupart des opérateurs de téléphonie mobile au Sri Lanka essaient de commercialiser les portables uniquement comme moyens de se divertir et de garder le contact [Keep In Touch (KIT), gardez le contact]. Ils s'adressent surtout aux jeunes dans leurs campagnes publicitaires.
Ce qui a conduit à beaucoup de confusions et mésaventures, tant pour les abonnés que pour les opérateurs de téléphonie mobile. Un sentiment négatif s'est développé dans la population et la plupart des personnes, principalement dans la population au bas de l'échelle sociale, ne croient pas que les téléphones portables aient un impact positif sur leur vie quotidienne ou celle de leurs familles…
Le mauvais positionnement de la téléphonie mobile au Sri Lanka a conduit à des décisions politiques encore pires, comme celle de l'interdiction par le gouvernement des téléphones mobiles dans les écoles
Ainsi est-il urgent que l'on comprenne le potentiel de la téléphonie mobile pour le développement et qu'on la replace à sa vraie place. Il est aussi temps de proposer de plus en plus de services à valeur ajoutée, qui aillent au-delà du simple divertissement.

1 commentaire

  • RACHEDI

    BONSOIR,
    LES TIC DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT SONT EN PHASE EMBREYONNAIRE. CERTE LE NOMBRE DE TELEPHONE PORTABLE NE CESSE D’AUGMENTER MAIS LE CAS DE L’NTTERNET RESTE FAIBLE ET LA FRACTURE NUMERIQUE NE CESSE DE SE PROLONGER ENTRE LES PAYS DU SUD ET LE NORD. C’EST VRAI QUE LES TIC ONT UN IMPACT POSITIF PARCE QU’ELLES PERMETTENT D’AVOIR LES INFORAMTIONS EN TEMPS REEL. CES TECHNOLOGIES ONT ABOLIES LE TEMPS ET L’ESPACE. ON PEUT ETRE PARTOUT SANS SE DEPLACER.
    MES CORDIALES SALUTATIONS

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