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Guinée: les conséquences d'un massacre

Dans un climat de condamnation internationale du régime militaire guinéen, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a annoncé vendredi qu’elle allait mener une enquête officielle [en anglais] sur le massacre dont les manifestants de l’opposition ont été victimes à Conakry, le 28 septembre dernier. Au moins 150 personnes ont été tuées par les soldats et beaucoup d’autres ont été battues ou violées pour s’être rassemblées dans un stade de football afin de protester contre le gouvernement du Capitaine Dadis Camara. Ce dernier a pris le pouvoir en décembre 2008, à la mort de Lansana Conte, président de la Guinée durant près de 25 ans. Depuis, les internautes guinéens continuent à essayer de traiter et évaluer la signification de l’événement.

Dans une publication officielle datée du 1er octobre, L'Union des forces républicaines atteste du caractère prémédité de la violence meurtrière :

Comment peut-on expliquer que les forces de l’ordre aient laissé les gens entrer dans le stade sans aucune résistance, attendre que le stade soit rempli [et] des milliers se disperser tout autour du stade avant de lancer l’assaut …. Cela relève bien de la plus macabre des stratégies militaires.

Le 15 octobre, Kouyaté a envoyé un reportage accompagné de photos au site observers.france24.com, témoignant des atrocités commises par les forces armées (attention, images choquantes).

Deux soldats sont restés à côtés de l’homme qui se vidait de son sang sur le sol. L’un deux avait un couteau. Il s’est approché de l’homme et l’a poignardé trois fois, une dans la poitrine, une dans l’estomac et une dans le dos. Une voiture appartenant à la garde présidentielle est ensuite venue les chercher.

Des journalistes menacés de mort

Suite aux massacres, beaucoup de journalistes guinéens ont été victimes de harcèlement et d’intimidation, certains ont reçu des menaces de mort. Guineenews.org, blog populaire lancé par un Guinéen établi au Canada, décrit la situation des journalistes:

… les journalistes de Guineenews et d’autres organes de presse de Guinée continuent de recevoir des menaces de la part des autorités militaires. Leur crime réside dans le fait qu’ils rapportent les événements minute par minute.

Il cite plusieurs exemples récents.

Hamidou Sow, un de leurs correspondants à Conakry, décrit les événements qui ont suivi sa participation à un forum organisé par une station de radio locale:

Après l’émission, je n’ai cessé de recevoir des coups de fil anonymes me menaçant de mort : «vous êtes des apatrides parce qu’au lieu de soutenir le CNND, vous soutenez les opposants… Vous êtes contre Dadis, mais toi tu vas partir avant lui, toi le traître. On vous a dit que c’est lui ou la mort.»

Il raconte qu’après la conférence de presse organisée conjointement par Blaise Compaoré, l’Union africaine et un modérateur de la CEDEAO, un soldat a menacé de le tuer s’il croisait sa route.

Puis, il a été menacé une troisième fois, après avoir écrit l’article « En Guinée la vie des journalistes est en danger depuis le 28 Septembre » pour le site web de Guineenews :

…C’est vous qui salissez l’image de la Guinée. Vous voulez saper les actions du CNDD ? On ne vous laissera pas faire. Sache que je te tiens à l’œil.

Le site de Guineenews publie les noms de journalistes de différents médias qui ont été battus après avoir été délestés de leur matériel de travail, leur véhicule, leur téléphone portable et leur argent :

Selon plusieurs sources concordantes, la junte aurait établi une liste de journalistes et de personnalités politiques à abattre.

Le viol, une arme de guerre

Dans les semaines qui ont suivi le massacre, il est apparu que des dizaines de femmes avaient été battues et violées. Kouyaté publie la photo d’une femme violée par des soldats (attention, image choquante). Sur Guineepresse.info :

Tu as aidé ce malade frustré, qui a déclaré avoir été mis au monde par une femme de plus de 60 ans, à devenir plus fou et ivre de pouvoir. voici comment tes filles, tes femmes, tes sœurs, tes mamans et tantes ont été violées, souillées et tuées en pleine journée et en public par cette bande.

Elle a eu beaucoup de chance : celle d’être « simplement » violée !

Il s'agit là des preuves qui enfonceront Dadis, Pivi, Sékouba, Thieboro, Toumba, Moussa Keita, Korka et leurs nervis et complices (notamment le félon Komara) devant une juridiction internationale.

Dans son billet intitulé Le viol, nouvelle arme de la junte, Thierno de Guineelibre.com écrit:

Des photos prises à l’aide de téléphones portables circulent dans le pays. Terribles, difficiles à démentir, ces images suscitent la colère. Elles montrent que les femmes ont été spécifiquement prises pour cible par les soldats guinéens, qui, il y a deux semaines, ont réprimé une manifestation qui a eu lieu dans un stade de la capitale. Victimes et témoins parlent de viols, de passages à tabac et d’humiliations intentionnelles. « Après ce que j’ai vu, je ne peux plus dormir la nuit » reconnaît une femme d’âge moyen issue d’une famille aisée. Elle raconte qu’elle a été frappée et violentée. « J’ai peur, j’ai vu beaucoup de femmes violées et beaucoup d’autres tuées. »

Dans le monde entier des manifestations contre les massacres appellent à la démission des ministres civils

 

Les Guinéens vivant à l’étranger ont organisé des manifestations aux quatre coins du monde, notamment dans les principales capitales, y compris Paris, Berlin, Londres, Bruxelles, New York, Ottawa et Montréal. Elles ont été filmées et les vidéos sont disponibles sur Facebook.

Après ces sanglants événements, la diaspora guinéenne fait pression sur les ministres civils pour qu’ils présentent leur démission du gouvernement. Ces derniers sont des personnes ayant reçue une excellente éducation, ils possèdent de nombreuses années d’expérience dans un environnement démocratique et certains sont membres actifs de l’Association des victimes du Camp Boiro. En restant dans le gouvernement, ils cautionnent les atrocités commises. À ce jour, seuls trois ministres civils et fonctionnaires de haut niveau ont démissionné.

Abdoulaye Condé, conseiller en communication et en Technologies de l’information et de la communication du Bureau du Président, a été parmi les premiers rendre son tablier. Dans sa lettre de démission, adressée au Capitaine Camara et publiée par la radio en ligne Radio-Kankan le 16 octobre, il écrit:

En acceptant ma nomination, j’étais particulièrement heureux de contribuer à vos côtés à la réalisation de certaines valeurs explicitement contenues dans l’acte de prise du pouvoir par le CNDD et souvent réitérées dans vos discours : l’instauration d’un Etat de droit, la promotion et la défense de la démocratie, des libertés et des droits humains, la culture de la bonne gouvernance, la fin de l’impunité, la lutte contre la corruption, l’organisation d’élections transparentes et crédibles…

Hélas, les derniers événements du 28 septembre 2009 constituent, à mon humble avis, au nom du patriotisme, de l’honnêteté et de la sincérité toujours prônées dans vos déclarations, une autre raison de me démettre d’une fonction dont les apparences exposent son occupant aux fâcheuses conséquences des dégâts provoqués par l’improvisation, l’amateurisme et la fuite en avant.

Les Guinées avaient de grandes attentes après le coup d’état non sanglant qui a amené M. Camara et le CNDD au pouvoir. Contrairement à ses prédécesseurs, Camara a fait des études en Europe où il a pris connaissance de ce que signifiaient à l'étranger démocratie et  respect des droits humains. Il a été accueilli avec enthousiasme dans tout le pays. Ses promesses de changements ont convaincu beaucoup de monde qu’après deux dictateurs, les conditions de vie allaient s’améliorer et, en particulier, qu’il mettrait fin ou du moins réduirait la corruption. Même s’il était sincère dans sa volonté de lutter contre la corruption et le trafic de drogue, la main de fer avec laquelle il gouverne prouve ses faiblesses et son incapacité à diriger le pays.

Billet rédigé avec la contribution de Jennifer Brea

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