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Pérou : le débat sur l’avortement

Le débat sur l’avortement au Pérou a refait surface en raison d’une loi approuvée [en anglais] par le comité spécial du code pénal au sein du Congrès péruvien, qui dépénaliserait l’avortement en cas de viol ou de maladies congénitales chez le fœtus. Ce type d’avortement est ce que l’on nomme l’avortement eugénique ou encore avortement thérapeutique. L’église catholique romaine s’oppose à cette mesure [en espagnol, comme tous les liens suivants sauf mention contraire] qui donne également lieu à des opinions divergentes au sein du cabinet ministériel [en anglais]. Toutefois, le débat est loin d’être clos puisque le comité du président du congrès doit encore soumettre la proposition à un débat au cours du mois de décembre.

La législation péruvienne actuelle (code pénal de 1991) stipule (format pdf) que toute forme d’avortement, hormis l’avortement thérapeutique, constitue un délit et elle inclut des circonstances atténuantes telles que l’avortement pour des raisons éthiques ou affectives et l’avortement eugénique. Même s’il n’existe pas de chiffres officiels fiables concernant l’avortement, on estime qu’il y a entre 350.000 et 400.000 avortements par an au Pérou.

Des manifestations pour et contre la dépénalisation de l’avortement ont déjà rempli les rues de la capitale Lima et comme le débat est loin d’être fini, on s’attend à ce qu’elles durent encore plusieurs mois. Des études montrent que l’opinion est divisée de manière quasiment égale sur ce sujet et l’étude conduite sur internet par Peru.com montre que 54% des sondés pensent que l’avortement eugénique dû à des maladies congénitales ou à un viol ne devrait pas être dépénalisé, et 43% estiment qu’il devrait l’être. Une autre étude menée par la société Apoyo pour le journal El Comercio montre des résultats similaires : « 53% désapprouvent l’avortement lorsque la grossesse résulte d’un viol, 41% l’approuvent. 48% s’opposent à l’avortement quand le fœtus souffre d’anomalies. 46% déclarent l’approuver. »

Cette controverse nationale a également eu des répercussions à l’étranger mais c’est sur internet que l’on trouve de nombreuses réactions. Par exemple, sur Foros Perú (forums Pérou) figure un fil de discussion intitulé “L’avortement eugénique. Etes-vous pour ou contre ? » Il y a aussi des analyses de blogeurs, tels que Isabel Guerra de La Burbujas Recargadas qui fait part de sa position sur le sujet :

creo que la principal razón por la que me opongo (al aborto) es porque la muerte es irreversible. No tiene retorno. Abortar o aplicar la eutanasia, o enviar a alguien al patíbulo, son generalmente situaciones a las que se llega bajo un tremendo estrés, en las que se llega a sentir que esto es la única solución. Ojo, que digo sentir, no pensar, porque cuando uno está pasando alguna de esas situaciones extremas es muy fácil no pensar con claridad, es terriblemente fácil equivocarse.
Hay muchísimos testimonios (libros, páginas web, etc.) de mujeres que abortaron y que años después se arrepintieron. Les dijeron que con un aborto se libraban de un problema en media hora. Pero no les dijeron que el recuerdo no las abandonaría nunca. Y cuando años después se arrepintieron, ya no había vuelta atrás. Lo que tienen casi todos estos testimonios en común es que las mujeres señalan que no recibieron ninguna ayuda, y que de una u otra forma fueron inducidas, por las circunstancias, por la desesperación o por terceras personas, a creer que el aborto era la única salida.

Je pense que la raison principale pour laquelle je m’oppose à l’avortement est parce qu’il s’agit d’un acte irréversible. Impossible de faire marche arrière. L’avortement, l’euthanasie ou le fait d’envoyer quelqu’un à la potence sont généralement des situations dans lesquelles on subit un énorme stress, où l’on a l’impression que c’est la seule solution. Je dis « a l’impression » et non « pense » car lorsque l’on traverse une situation aussi extrême, il est très facile de ne pas penser clairement, et il est terriblement facile de commettre une erreur.Il existe beaucoup de témoignages (livres, sites web, etc.) de femmes qui ont subi un avortement puis regrettent leur décision des années après. On leur a dit qu’avec l’avortement, elles seraient libérées de ce problème en une demi-heure. On ne leur a pas dit qu’elles n’oublieraient jamais. Des années plus tard, lorsqu’elles regrettaient leur décision, il n’y avait aucun moyen de faire marche arrière. Ce que tous ces témoignages ont en commun c’est que ces femmes disent qu’elles n’ont reçu aucune aide et que d’une manière ou d’une autre les circonstances, le désespoir ou des tierces personnes les poussaient à penser que l’avortement était la seule issue possible.

Daniel Salas du blog Gran Combo Club décrit l’aspect éthique du problème d'un point de vue opposé :

La discusión sobre el aborto no debería estar enfocada en las motivaciones terapéuticas, ya que estos criterios crean severas contradicciones. Por ejemplo, conozco algunas personas que se oponen al aborto por razones morales pues consideran que el óvulo fecundado debe ya ser considerado una persona pero, a la vez, admiten que hay ciertos casos (como la violación o malformaciones severas) que pueden justificar tal práctica. Si el aborto fuese injustificable e inmoral, no debería tener excepciones, ni siquiera como respuesta posible a una violación, ya que el nuevo ser debería ser considerado enteramente independiente de tal acto que le dio origen; tampoco se debería permitir en casos de que el embarazo pudiera causar la muerte de la madre, ya que el niño por nacer, con todos sus derechos plenamente constituidos, no podría ser considerado responsable de tal consecuencia.
Entonces, quien admita que el aborto es admisible “en ciertos casos” o “bajo ciertas condiciones” debería reconocer que la inviolabilidad de la vida humana aplicada a un feto no es tan absoluta como en principio se anunciaba. La discusión debería estar, en cambio, enfocada en dos cuestiones de índole ética, a saber:
1. El derecho que posee la mujer de continuar con el embarazo de un ser que depende enteramente de ella.
2. La posibilidad de otorgarle al no nacido los mismos derechos que a un nacido.

La discussion sur l’avortement ne devrait pas se focaliser sur les motivations thérapeutiques car ces critères donnent lieu à de graves contradictions. Par exemple, je connais certaines personnes qui s’opposent à l’avortement pour des raisons morales et qui estiment que l’œuf fécondé devrait déjà être considéré comme une personne, mais en même temps admettent que dans certains cas (comme le viol ou de graves anomalies), l’avortement peut être justifié. Si l’avortement était injustifiable et immoral, alors il n’y aurait aucune exception, même pas comme réponse à un viol, et le nouvel être humain devrait être considéré indépendamment de l’acte qui l’a créé. L’avortement ne devrait pas non plus être permis dans des cas où la grossesse pourrait entraîner la mort de la mère car l’enfant à naître, avec tous les droits qui le constituent, ne peut être considéré comme étant responsable des conséquences de sa naissance.Par conséquent, ceux qui admettent que l’avortement est acceptable dans « certains cas » ou « sous certaines conditions » devraient reconnaître que l’inviolabilité de la vie humaine appliquée à un fœtus n’est pas aussi absolue qu’elle ne le prétendait à l’origine. Le débat devrait plutôt se centrer sur deux problèmes éthiques :     

1. Le droit de la femme de poursuivre sa grossesse dépend entièrement d’elle.
2. La possibilité d’attribuer à un être futur les mêmes droits qu’à un être déjà né.

Sur le blog Tinta Roja, Cristina Andrade ajoute son grain de sable au débat en évoquant le problème du caractère majoritairement non officiel de l’acte dans le pays :

otro problema en esta posible legalización del aborto, es la criollada, la ilegalidad de algunos médicos, quienes bajo el pretexto de que la muerte de la madre peligra, o que es un bebé con malformaciones, falsearán exámenes y documentos, para justificar el aborto, claro dependiendo de cuanto les paguen, porque en este país todo se compra, todo se vende y lamentablemente como existen médicos buenos, también hay malos y sin ninguna ética, quienes por dinero son capaces de todo.
Esos son los riesgos de legalizar el aborto, estamos en el Perú, no en Europa ni otros países civilizados en los que la ética, los valores y las leyes se respetan. Aquí siempre están buscando como violar las normas, así que en ese sentido, creo que sería muy peligroso legalizar el aborto.

L’autre problème que peut poser cette légalisation de l’avortement est sa nature locale, la pratique illégale de certains médecins qui, prétextant la mort possible de la mère, ou un bébé malformé, falsifient des tests et des documents pour justifier l’avortement, tout ceci bien entendu en fonction de l’argent qu’ils reçoivent car dans ce pays tout peut s’acheter, tout se vend, et malheureusement, s'il y a de bons médecins, il existe également de mauvais médecins dépourvus d’éthique et capables de faire n’importe quoi.
Ce sont les risques de la légalisation de l’avortement. Nous sommes au Pérou, pas en Europe ou dans d’autres pays civilisés où l’éthique, les valeurs et les lois sont respectées. Ici, on cherche toujours des moyens d’enfreindre la loi. C’est pourquoi je pense qu’il serait très dangereux de légaliser l’avortement.

Ce billet a suscité de nombreuses réactions et Andrade ajoute dans un autre billet :

Leer los comentarios a favor y en contra en mi primer post, solo me han hecho llegar a una conclusión: la mujer debe tener la libertad de decidir si aborta o no. Y creanme, yo no estoy a favor del aborto, pero tampoco puedo obligar a alguien a pensar como yo. Es sencillo, en mi caso, por mas que despenalicen el aborto, no lo haría, porque mi convicción, mi forma de ser no lo permitiría. Es decir, quien está en contra del aborto, simplemente no lo hará, con o sin ley a favor o en contra, simplemente no lo hará. En todo caso, quienes piensan distinto, tienen la libertad de decidir, y no ser juzgadas.

La lecture des commentaires des deux camps adverses m’a permis d’arriver à une conclusion : la femme devrait être libre de décider d’avoir recours ou non à un avortement. Croyez-moi, je ne suis pas en faveur de l’avortement, mais je ne peux forcer personne à penser comme moi. Dans mon cas, les choses sont simples : s’ils dépénalisent l’avortement, je n’y aurai pas recours à cause de mes convictions. Ma manière de voir les choses ne me le permettrait pas. En d’autres termes, ceux qui sont contre l’avortement ne le feraient tout simplement pas, avec ou sans loi pour ou contre. Ils ne le feraient tout simplement pas. Ceux qui pensent différemment sont libres de décider et de ne pas être jugés.

Laura Arroyo du blog Menoscanas mentionne la nécessité d’un débat et du respect des opinions divergentes :

El problema en este país es justamente que somos incapaces de reconocer en la opinión distinta de la propia una opinión válida. Problematizar temas polémicos como el aborto, la eutanasia, preguntarnos si el Estado debiera ser o no laico, etc. es, en buena cuenta permitir que se desarrolle la democracia. En ese sentido, ¡a buena hora el tema del aborto ha sido puesto en la mesa!

Le problème dans ce pays c’est que nous sommes incapables de distinguer une opinion divergente d’une opinion pertinente. Faire émerger des problèmes à partir de sujets à controverse tels que l’avortement, l’euthanasie, la question de savoir si l’Etat doit être laïque ou non, etc. permet à juste titre le développement de la démocratie. En ce sens, il est grand temps que le problème de l’avortement soit mis sur le tapis !

Concernant le débat, Daniel Salas de GranComboClub s’interroge:

Un asunto en este debate al que nadie ha podido responder es qué se entiende exactamente por penalizar el aborto.
Con la penalización del aborto hay una enorme discrepancia entre el discurso que lo sanciona y el castigo que reciben efectivamente quienes lo ejecutan. Así, quienes se oponen a despenalizar el aborto sostienen que la interrupción voluntaria de un embarazo equivale a un homicidio. La consecuencia práctica de tal juicio debería ser que las personas involucradas en el aborto, incluyendo la madre, reciban la misma condena que recibe quien asesina a un nacido. Esto, sin embargo, no ocurre. Una madre que asesina a sus hijos va a la cárcel y recibe mucha publicidad en los medios.
Pero una mujer que aborta no.
Este tipo de discrepancias revelan las verdaderas intenciones de la ley. … controlar la capacidad de las mujeres de tomar decisiones sobre su cuerpo. Permitimos que el aborto se practique, pero no de manera abierta porque esto último daría demasiada libertad a las mujeres en una decisión que sentimos que afecta el sostenimiento de la sociedad.

Un des problèmes de ce débat auquel personne n’a pu apporter une réponse est ce que l’on entend exactement par la dépénalisation de l’avortement.    

Avec la dépénalisation de l’avortement, il y a un écart énorme entre le discours qui sanctionne et le châtiment infligé à ceux qui commettent réellement l’infraction. Donc ceux qui s’opposent à la dépénalisation de l’avortement soutiennent que l’interruption volontaire de grossesse équivaut à un meurtre. La conséquence pratique d’un tel procès devrait être que les gens impliqués dans un avortement, y compris la mère, reçoivent la même peine qu’une personne qui tue un être déjà né. Mais cela ne se produit pas. Une mère qui tue ses enfants va en prison et l’événement est très médiatisé.

Mais ce n’est pas le cas pour une femme qui avorte.

De telles disparités révèlent les véritables intentions de la loi. …contrôler la capacité des femmes à prendre des décisions concernant leur corps. On autorise que des avortements soient pratiqués mais pas ouvertement car cela donnerait trop de liberté aux femmes dans une décision dont on estime qu’elle affecte la viabilité d’une société.

Pour David Ramos du blog Yo, (DASH), il y a peu d’arguments valables :

las organizaciones feministas y pro-elección, en general, parecen considerar que el ser humano inicia su vida con el nacimiento. Antes de eso, solo era poco más que un riñón. Vale anotar que no hay ciencia que sustente esto, más que una frívola y equívoca percepción de la realidad: no te veo, por lo tanto no existes.
la defensa de la vida debe ser prioridad: así como defendemos delfines, perritos callejeros, flora y fauna amazónica, con mayor razón debemos defender la vida humana en cualquiera de sus etapas. Ningún honor hay en defender más la vida de una foca o de una ballena que la de un congénere humano.

Les associations féministes et pro-avortement semblent généralement considérer qu’un être humain commence à vivre à sa naissance. Avant, c’était à peine plus qu’un rein. Remarquons qu’il n’y a rien de scientifique là dedans si ce n’est une perception frivole et erronée de la réalité : si je ne te vois pas, alors tu n’existes pas.    

Lé défense de la vie devrait être une priorité : tout comme nous défendons les dauphins, les chiens errants, la flore et la faune amazoniennes, nous devrions à plus forte raison défendre la vie humaine à chacune de ses étapes. Il n’y a pas plus d’honneur à défendre la vie d’un phoque ou d’une baleine que celle d’un humain comme nous.

Comme le soulignent clairement les points de vue ci-dessus, les positions sur l’avortement sont difficilement réconciliables. Ceci est compréhensible car la discussion tourne autour de la vie, l’éthique, la morale, les valeurs, la science, avec des décisions ayant trait à la faisabilité et l’intimité. D’autre part, il y a beaucoup d’intérêts matériels en jeu. Le débat va se poursuivre, encore plus depuis l’annonce récente d’une interdiction nationale par la cour constitutionnelle de distribuer gratuitement la « pilule du lendemain ». De toute évidence, les choses ne vont pas s’apaiser.

Traduction de l'espagnol en anglais par Eduardo Ávila

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