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Cameroun : Les 27 années de Paul Biya au pouvoir débattues par les blogueurs

Le 6 novembre 2009, le Président Paul Biya du Cameroun a fêté ses 27 années au pouvoir en écrivant une lettre à ses concitoyens. Cette missive a été distribuée aux Camerounais par la voie de la presse quotidienne dans ce pays d'environ 20 millions d'habitants [en anglais, comme tous les liens de ce billet].

Le message de Paul Biya à ses compatriotes a mis l'accent sur l'importance de la paix et de la stabilité du pays dans un continent généralement turbulent, comme étant son succès majeur. Pourtant, Voice of the Oppressed n'a guère apprécié l'argument :

Faute de mieux à présenter à des Camerounais moroses, Biya n'a eu d'autre choix que de se cacher sous un baldaquin de concepts inertes voire illusoires comme la paix, l'unité et la démocratie à présenter comme ses hauts-faits des 27 dernières années, comme si un homme affamé connaissait la paix ou comme si tordre la constitution pour lui permettre de gouverner ad aeternam était une priorité démocratique.

Le fait qu'il a mis en lumière la carence pour une majorité de Camerounais en biens de première nécessité comme la nourriture, la santé, le logement et l'éducation, confirme l'ampleur de l'échec de Biya et de sa politique de “Stale Deal” (“réformes éculées”). Il a simplement glissé sur les problèmes de coupures d'électricité persistantes, de pénuries d'eau, de mauvaises routes et d'infrastructure en ruine, qui portent la marque de son échec politique, et sont aggravés par l'extrême égocentrisme avec lequel lui et ses affidés détournent les fonds publics

Cependant, Christopher Ambe Shu, dans un billet sur le blogzine –the Entrepreneur – trouve injuste de rejeter le séjour de 27 années de M. Biya au pouvoir comme autant d'années perdues, parce que “ses succès dans les domaines politique, social, économique et diplomatique peuvent être reconnus par toute personne de bonne foi” :

Politiquement, d'abord, lorsqu'il a assumé les fonctions présidentielles le 6 novembre 1982, le pays était un système de parti unique. La démocratie était à peine pratiquée à l'intérieur du parti. Mais en mars 1985, il a transformé le parti unique – la CNU – en CPDM, et introduit des réformes démocratiques dans le parti. Il a réintroduit la démocratie pluraliste en 1990, malgré les protestations de certains Camerounais éduqués.

Aujourd'hui, le Cameroun a plus de 200 partis politiques, et les Camerounais sont libres d'appartenir à celui de leur choix ou même d'en former d'autres. La multiplicité des partis s'est accompagnée d'une plus large liberté d'expression. Sous l'ancien Président Ahmadou Ahidjo les Camerounais ne jouissaient pas vraiment de la liberté d'expression.

Depuis 1992, des élections – notamment présidentielles, municipales et parlementaires – ont été organisées pour permettre aux Camerounais de choisir démocratiquement leurs dirigeants et représentants. Il est vrai que des plaintes de fraude électorale et de bourrage des urnes ont été émises par des partis pour la plupart d'opposition battus, comme le SDF, mais la Cour Suprême a toujours statué sur ces plaintes.

Et pour étayer l'opinion de Christopher, un Camerounais qui se proclame un supporter du parti au pouvoir de M. Biya, le Mouvement Démocratique des peuples du Cameroun (CPDM), a mis en ligne quelques-unes des réalisations du président depuis 1982, sous forme de commentaire sur le blog Gef's Outlook:

“Lorsque le président Biya est venu au pouvoir en 1982, les caisses du pays étaient vides. Grâce à sa prévoyance raisonnnée et sa pénétrante sagacité économique, le Cameroun s'est sorti en beauté de cette situation menaçante. C'est nous qui avons le niveau de vie le plus élevé de la CEMAC. Les habitants des pays voisins affluent sur nos rivages parce que notre pays est économiquement en pleine forme.

(5) Lorsque le Président Paul Biya a pris la direction du Cameroun, il y avait très peu de routes ouvertes toute l'année. Et aujourd'hui, même les régions les plus distantes, comme celle d'Akwaya sont désenclavées.

(6) Sur le front diplomatique, le Président Paul Biya a utilisé sa grande habileté diplomatique pour acquérir au pays un terrain d'une valeur inestimable, la péninsule de Bakassi. C'est merveilleux. Il a donné ordre à son équipe juridique, dont je fais partie, de poursuivre en justice les Biafras pour qu'ils restituent également la ferme d'élevage d'Obudu. Nous sommes pour les solutions pacifiques même si nous sommes solides comme des lions.

(7) Les Camerounais sont plus libres et plus en sécurité qu'avant que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de leurs frontières. C'est une vraie réussite.

Mais Louis n'était pas de cet avis, qui avait sa réponse toute prête pour le Président :

“Monsieur le Président,
Je reconnais certainement vos efforts en votre qualité de président de la République du Cameroun. Mais vos efforts se sont systématiquement avérés insuffisants. 27 années à la direction, c'est plus qu'il n'en faut pour que les Camerounais aient le sourire au lieu de se taper sur  la tête. Votre direction et vos compétences en gestion sont loin en-dessous du minimum d'un programme de développement. Monsieur le président, nous aimons tous notre pays plus que vous ne le dites dans votre lettre.
Nous ne voulons rien de plus qu'un dirigeant capable de nous motiver en mettant en oeuvre les valeurs de leadership, de management et de gouvernance. Un dirigeant capable de construire l'esprit de “yes we can” parmi nous. De nombreux Camerounais vivant hors du pays comme moi ne demandent pas mieux que de rentrer chez eux et d'accomplir quelque chose de remarquable et de bénéfique pour le pays, mais le manque de respect pour la loi et l'insécurité sont de gros obstacles.
Désolé, Monsieur le président, mais le leadership et la gouvernance ne sont à l'évidence pas dans vos cordes. Il n'y a qu'à renoncer ! Si vous nous aimez vraiment, alors considérez ce moment comme l'occasion idéale de sacrifier le pouvoir pour le bonheur de vos concitoyens.
Merci
Lou »

Le Cameroun d'aujourd'hui a été crée en 1961 par la fusion de deux anciennes colonies, une britannique et une française. Les langues officielles du pays sont l'anglais et le français, mais au fil des années, de nombreuses voix au sein de la minorité anglophone ont accusé la majorité francophone de la marginaliser, ce qui a conduit depuis certains Anglophones à appeler à une division du pays.

La discussion sur la lettre de Biya sur Gef’s Outlook s'est muée en échange d'arguments passionnés, (parfois) agressifs, mettant au grand jour le contentieux latent entre anglophones et francophones dans le pays.

Réagissant à un commentaire caractérisant les anglophones comme inexistants, Rene Mbuli a rétorqué :

M. Alain Dipoko j'ai suivi avec un vif intérêt vos interventions sur ce réseau et je dois saluer votre persévérance à soutenir le REGIME EN FAILLITE de M. Biya et son équipe chevronnée de fonctionnaires incompétents, corrompus et sans inspiration. Comme j'aimerais que votre intelligence et votre ardeur soient utilisées à meilleur escient que pour l'indépendance du Sud Cameroun à laquelle réfléchissent et s'opposent les membres dévoués du SCNC comme nous. En tant que fidèle défenseur de la cause anglophone, je dois vous dire que les Anglophones ne sont pas “inexistants” et que nous ne sommes pas “tolérés” par le régime. Nous sommes en réalité le cauchemar du régime. La volonté du régime Biya d'ignorer le problème anglophone est une tactique silencieuse pour limiter les effets en chaîne de sa prise en compte.

L'adresse présidentielle ressemble à un disque rayé. Autrement dit, c'est une resucée des souvenirs peu glorieux de 1985 et une tentative lamentable de recoller les morceaux cassés. Il nous fait pitié, ce dictateur à l'agonie qui essaie de se refaire en vendant les rêves de ce qu'il espère encore faire, alors qu'il est sur son lit de mort. Un conseil qui pourrait servir à ceux des Francophones qui sont las de leur frère Beti mais n'ont pas le courage d'exprimer leur opinion comme les Anglophones ; Biya doit commencer à dresser le bilan de ses années confuses au pouvoir et à essayer de préparer un successeur qui nettoiera son image au lieu d'espérer dilapider des années supplémentaires au gouvernail de la “Republic du Cameroun”.

Voici la réponse d'Alain Dipoko :

M. Mbuli Rene, pourquoi vous-autres êtes-vous si mauvais ? Pourquoi vous plaisez-vous à montrer de l'ingratitude ? M. Biya a gouverné le Cameroun avec diligence et conviction. Nous sommes un pays respecté dans le monde entier. Vous savez écrire en bon anglais mieux que les Afro-Américains en Amérique, le pays le plus riche du monde, grâce à la gratuité des écoles au Cameroun, ce qui n'est pas le cas aux USA. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?

Vous vous exprimez plus ouvertement que les Américains en Amérique parce que le Patriot Act le leur interdit. Que cherchez-vous au juste ? J'ai écrit une lettre à la direction du SCNC, ce ramassis moribond, incohérent et banal d'illusionnistes de TrollVille pour essayer de leur vendre le Système Fédéral mais je n'ai encore reçu aucune réponse.

Je vous avertis M. Mbuli, vous autres Anglos poussez notre patience à bout. Vous savez ce qui s'est passé en Guinée ? Vous voulez qu'il arrive la même chose ici à vos misérables vies ? Ce serait facile. Nous en avons assez de ces enfants gâtés. Je vais être très clair, si ça ne vous plaît pas ici, allez donc aux Biafras. Vous nous épargnerez le dérangement de gaspiller notre argent pour des sycophantes ingrats comme vous.

Paul Biya est le deuxième président du Cameroun. Le parlement camerounais a voté en avril 2008 un amendement controversé à la constitution, supprimant la limitation du nombre de mandats. Ce qui veut dire que M. Biya pourra être candidat à un troisième mandat présidentiel en 2011. Il a succédé au défunt Ahmadou Ahidjo qui avait démissionné le 4 novembre 1982 après presque 25 ans d'exercice.

Le  blogueur  camerounais le plus en vue, Dibussi Tande, a choisi de faire remonter le temps aux visiteurs de son blog Scribbles from the Den avec des images vidéo d'une transmission pacifique du pouvoir qui était tout à fait inhabituelle en Afrique à l'époque.

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