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L'année 2009 à Madagascar : 3e partie

Lova Rakotomalala nous a déjà donné une rétrospective de Madagascar dans les premiers mois de 2009 et des événements conduisant au coup d'Etat qui a amené au pouvoir Andry Rajoelina, l'ancien maire d'Antananarivo. Mialy a continué pour les mois suivants, qui ont vu de nouvelles manifestations, le boycott de Rajoelina à l'ONU, la force des médias citoyens malgaches, et une marée noire catastrophique. Elle poursuit ici en examinant les événements marquants du mois qui a conclu la décennie passée.

Décembre 2009

Négociations à Maputo et un nouveau Premier Ministre de plus

Les ex-présidents Ravalomanana, Ratsiraka et Zafy ont été seuls à assister au nouveau round de négociations sur le partage du pouvoir à Maputo sur l'invitation du président du Mozambique, Joachim Chissano. Les négociations se conclurent sur les détails de la répartition des plus hauts postes de l'Etat et des ministères. Rajoelina boycotta les négociations et traita par la suite les partis d'opposition de “putschistes”. Puis il leur a interdit de rentrer chez eux. Ils se sont retrouvés coincés d'abord à Maputo, puis à Johannesburg. Au lieu de négociations, Rajoelina annonça l'organisation d'élections parlementaires le 20 mars 2010, comme l'a rapporté la Voix de l'Amérique :

“Le leader malgache Andry Rajoelina a annoncé que les élections législatives auront lieu le 20 mars. La nouvelle législature aura à charge de choisir un Premier ministre et d’élaborer un projet de nouvelle constitution.
Rajoelina a rejeté les efforts de médiation visant à résoudre la crise politique dans son pays. Il a dit avoir demandé à la communauté internationale de ne plus s’impliquer dans le recherche d’une solution, affirmant que celle-ci ne peut émerger que des élections.”

Entre temps, le premier ministre de consensus approuvé en octobre était renvoyé et remplacé par Cécile Manorohanta, une ancienne ministre de la défense sous Ravalomanana, et première femme de Madagascar à accéder à ce poste. Elle ne l'est pas restée longtemps toutefois, puisque Rajoelina la remplaça par un haut gradé de l'armée le lendemain de sa nomination. Le premier ministre de Madagascar est à présent le colonel Vital Albert Camille. La BBC rapporte [en anglais] :

“Le premier ministre de consensus, Eugene Mangalaza, a été viré par M. Rajoelina vendredi et remplacé par le colonel Vital Albert Camille. Le renvoi de M. Mangalaza est intervenu un jour seulement après la convocation par M. Rajoelina d'élections parlementaires pour le 20 mars 2010.

Mais des observateurs locaux, cités par Reuters, ont exprimé des inquiétudes qu'une élection organisée unilatéralement par un gouvernement à direction militaire manque de crédibilité. “

Le 22 décembre, des manifestants essuient à nouveau des tirs dans la capitale.

Puis une mutinerie est organisée mais échoue. Mydago.com publie le manifeste de la mutinerie par quelques officiers de rang inférieur. Avylavitra a pris des photos des casernes où a eu lieu la mutinerie [ces liens sont en malgache].

Mutiny in Antananarivo Barracks

Jentilisa pense que ce n'était que pour la galerie, et que la mutinerie était en quelque sorte une mise en scène, une imposture.

“Nandalo teny aho, tanaty fiarakaretsaka, ny alahady hariva ary gaga raha nahatsikaritra fa tsy nahita na dia vata-miaramila iray aza niambina ny vavahadin'ireo toby rehetra teny sy ny vavahadin'ny biraon'ny minisiteran'ny Fiarovana. Mpijerijery hatrany ny zavamisy ny tena, noho izany, efa niahiahy zavatra hafahafa sahady aho raha nanana io tsikaritra io. Amin'ny fotoanan'ny hotakotaka indray ve vao tsy misy miambina ny toby? Na misy fandrika mivelatra eo na efa misy fifanarahana miafina eo amin'ny samy miaramila indrindra fa eo amin'ny lohandohan'ireto miaramila ireto. Efa nisy fanomezantoky eo amin'ny fifanarahana hatao sahady angamba hoe ataovy amin'izay ny iraka nampanaovina anareo fa navelanay malalaka ny toerana hanaovanareo azy!

Tsy tena gaga loatra aho ny maraina raha nandre fa nisy fikomiana nataona vatamiaramila notarihina manamboninahitra lefitra tamin'ny toby iray tetsy Ampahibe ity. Vao maika moa tsy gaga mihitsy aho raha nandre fa voafehy vetivety ihany ilay

fikomiana sady nanaiky hosamborina mora foana ilay mpitarika ity fikomiana sandoka ity. Dia efa fandre sy mahazatra ihany koa raha malaza avy hatrany fa nahitana volabe teny an-toerana ary nanaiky avy hatrany ireo mpandray anjara fa nandray vola tamin'ny fanaovana ity fikomiana ity. Dia nisy koa ny solombavam-bahoaka notondroina no nanome ny vola hanaovana ilay hetsika. Hita avy hatrany fa fihetsiketsehana fotsiny no betsaka ary misy ny fandrihana”.

“J'ai longé les casernes en taxi, samedi soir, et j'ai été étonné de constater que les casernes et le Ministère de la Défense n'étaient pas gardés par le moindre soldat. J'étais déjà inquiet en observant cela. Comment se fait-il que les casernes ne soient pas protégés dans des temps aussi troublés ? Soit on a posé un piège soit il se trame quelque accord caché entre les militaires et notamment leurs chefs. Peut-être avait-on même donné l'assurance que les mutins pourraient maintenant exécuter le travail qu'on les avait envoyés faire puisque les casernes leur appartenaient à présent pour en faire ce qu'ils voulaient!       Cela ne m'a pas beaucoup surpris le matin d'apprendre que des soldats conduits par des officiers enrôlés se mutinaient dans des casernes d'Amparibe. Et encore moins, que cette pseudo-mutinerie avait été rapidement contrôlée et que le chef des mutins s'était laisser aisément capturer. On a désormais l'habitude d'entendre qu'on a trouvé beaucoup d'argent sur les mutins et qu'ils ont admis sans difficulté avoir été payés pour se rebeller. Puis un parlementaire a été désigné comme l'auteur de la subornation. On peut voir que ce n'était qu'une mise en scène et une intrigue. “

Madagascar exclue de l’AGOA

Dans un billet intitulé “Eloge funèbre de l'AGOA”, Ndimby écrit :

“Pour 2010, sortie par la petite porte donc pour trois pays : la Guinée de Moussa Dadis Camara ; le Niger de Mamadou Tandja ; Madagascar d'Andry Rajoelina. Au niveau des chiffres de l’AGOA en 2008, les Etats-Unis avaient importé pour 324 millions USD de Madagascar, 106 millions USD de la Guinée et 44 millions USD du Niger. “

Les utilisateurs de Twitter avaient fait campagne pour demander au gouvernement américain d'épargner Madagascar. Est-ce moral de punir les citoyens qui travaillent dans les entreprises de l'AGOA et vont perdre leur emploi, alors que l'exclusion du pays de l'AGOA est provoquée par les actes anti-démocratiques de leurs dirigeants ?

Dans le même billet, Ndimby demande :

“Les 100.000 employés des entreprises franches avaient les moyens de peser dans la balance : pourquoi ne sont-ils pas sortis dans la rue pour manifester de manière visible ? Car 100.000 personnes et leurs familles qui protestent pour protéger leurs emplois, c’est quand même plus noble et plus crédible que 5.000 à 10.000 pelés et tondus sur une place publique, qui se prétendent « peuple malgache »”.

Achille52 ironise en disant que les nouvelles technologies se substitueront à l'AGOA :

“Maintenant que l’AGOA est parti sous d’autres cieux, on se demande que faire de ces milliers de chômeurs qui vont affluer dans les mois à venir. Mais faut pas s’inquiéter ! La HAT a trouvé Ze Solution… Les nouvelles technologies !! Je ne voudrais
pas toujours jouer l’oiseau de malheur, mais cette idée est digne d’un conte de fée. En premier messieurs, il faudrait essayer de réduire la fracture numérique pour que tout le monde puisse se connecter…et travailler le cas échéant. Ensuite, il faut des formations sérieuses, et non pas ces centres à la con où l’on apprend juste à utiliser le clavier. “

Avylavitra voit les choses autrement, et critique les accords et organismes internationaux qui fixent leurs conditions :

“Nosoniavina ity AGOA ity, hay izy ity rehefa taty aoriana, lasa fitaovana anankiray hanaovana “pression politique” avy amin’ilay tany matanjaka mifanaraka amin’ny tena.”[…]
“Tsy misy nifampieràna fa tonga dia mambran’ny SADC isika, hay ity SADC ity aty aoriana: “handefa miaramila izahay e”, “hanaovanay ’sanction’ ianareo e”, “hanaovanay ohatran’izao ianareo”.[…]
Mazava izany ny politikan’ny firenena matanjaka e, ny fanjakàna izay tohanany ny azy no problemany fa tsy ilay vahoaka mahantra ao amin’izany firenena izany. Resaka fotsiny ity ilay hoe: “lutte contre la pauvreté” e, tena izany dia hypocrisie internationale, fihatsarambelatsihy eo amin’ny sehatra iraisam-pirenena. Anisany ity resaka droits de l’homme ity, izay champion amin’ny fiarovana an’izany ny Amerikana. Ary maro amin’ny organismes international no miady amin’ny firenen-dehibe amin’ity fanaovana embargo ity, satria ny fanaovana embargo dia midika ho misy ampahan’olona maro “victimes”, lasibatra noho izany embargo izany. Noho ny inona. Noho ny caprice politique, ny hoe “tsy mety aminay ity fa ity no mety aminay“, dia ny firenena manontolo no atao takalon’aina ao anatin’izany.[…]
Tena Andry Rajoelina ve no problème? Ratsiraka ve? Ravalomanana ve? Zafy Albert ve no problème eto amin’ny firenena? Sao dia mba tsara jerena tanteraka mihitsy hoe fa inona marina no tena véritable combat atrehantsika eto Madagasikara amin’izao fotoana izao?”

“On a signé l'AGOA, qui se serait douté que par la suite ce deviendrait un instrument de pression politique pour le pays puissant qui l'a co-signé avec vous. […] 
Sans qu'on nous le demande, nous sommes devenus membres de la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe), qui aurait su que la SADC allait dire par la suite : nous envoyons des soldats, nous allons vous imposer des sanctions, nous ferons ci, nous ferons ça. […]
La politique des pays puissants est claire, leur préoccupation c'est le gouvernement qu'ils soutiennent et non les citoyens pauvres de ces gouvernements. Toute cette “lutte contre la pauvreté” n'est que des mots, c'est de l'hypocrisie internationale. Même chose pour les droits humains, dont les Américains se veulent les champions. Beaucoup de ces organismes internationaux combattent ces pays puissants avec leur habitude de faire des embargos, parce que les embargos ont pour résultat de nombreuses victimes. Pourquoi. A cause de caprices politiques, parce que “ceci n'est pas bon pour nous, c'est ceci qui est bon pour nous”, des pays entiers sont tenus en otages. […]
Andry Rajoelina est-il vraiment le problème ? Ratsiraka? ou Ravalomanana? Zafy Albert est-il le problème ? Devrions-nous vraiment regarder ce qui est le vrai combat ici à Madagascar?”

Les mauvaises nouvelles se sont succédé. Jacques Sylla est décédé. Jacques Sylla, l'héritier d'une famille politique de premier plan, avait été premier ministre sous Marc Ravalomanana, puis son négociateur en chef durant la crise. Il a ensuite rejoint les rangs des partisans de Rajoelina avant d'être vu à ses côtés pour exiger la démission de Ravalomanana.

Cette volte-face a été sévèrement jugée par certains, mais une opinion plus mesurée est exprimée par Patrick, qui pense aussi que le cas Sylla illustre la complexité de la politique malgache.

“Jacques Sylla était foncièrement un homme du centre, et les hommes du centre peuvent être aussi bien considérés comme des médiateurs qui rééquilibrent la balance lorsque le moment le nécessite, que critiqués par les radicaux comme étant des opportunistes prêts à manger à tous les rateliers.
Durant l’essentiel de sa carrière, Jacques Sylla aura démontré qu’il n’était pas un simple béni oui oui. Cela fut particulièrement visible lorsqu’il était Premier Ministre de Marc Ravalomanana, et lorsqu’il ne le fut plus, par contraste des situations et du comportement de l’exécutif. Élu Président de l’Assemblée, il prouva également qu’il n’entendait nullement encourager cette institution à être un organe godillot, quitte à être incompris.
[…]
C’est pourtant le même homme qui en 2002, prit d’assaut le palais de Mahazoarivo malgré la signature des accords de Dakar et organisa des milices que l’on appelait pudiquement « réservistes”.

Petite consolation dans ce déluge de mauvaises nouvelles au long de ce qui a vraiment été une “année de tous  les dangers” (Ndimby) : les expéditions de bois de rose malgache, pillé bien que protégé, ont réussi à être stoppées grâce à des campagnes internationales.

Il y avait depuis mars 1009 des signalements de pillages [en anglais] :

“Des gangs armés abattent le bois de rose et d'autres bois durs précieux dans les parcs de Marojejy et Masoala à Madagascar par suite des abandons de poste des gardes-forestiers au milieu de la crise politique de la Grande Île, rapportent marojejy.com et des sources locales. “

Le massacre de la forêt primaire de Madagascar est illustré par un diaporama convaincant sur youtube. Madagascar Rainforest Massacre

Mais cette unique cargaison a été interceptée [en anglais]:

“La cargaison, qui aurait été transportée par Delmas, une compagnie de navigation française, était programmée pour le 21 décembre au départ du port de Vohemar.”

Pour enchaîner sur d'autres informations écologiques et positives, Patrick, de FOKO [en anglais], a participé par vidéo-conférence à la COP15 et a réalisé une campagne de sensibilisation vraiment impressionnante avec une ONG locale, Jade.

cop15tamatave

Pour en savoir plus sur l'année qui s'est terminée à Madagascar, lisez les première et deuxième parties de cette série en trois chapitres.

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