Le film “Avatar” : Un manifeste pour ou contre les droits des peuples autochtones ?

Avatar, le film aux effets visuels époustouflants de James Cameron, une science-fiction sur la tentative finalement infructueuse de terriens de coloniser une autre planète, est largement considéré comme un manifeste anti-impérialiste. Mais d'autres avancent que le film – le premier de l'histoire du box office à atteindre aussi rapidement le milliard de dollars US de recettes – contient un racisme subtil envers les peuples autochtones et minoritaires.

Will Heaven, blogueur sur le Telegraph [en anglais, comme tous les liens] , dont les écrits ont habituellement trait à la politique, internet et la religion au Royaume-Uni, accuse le film d'être empreint d'un message subliminal de racisme et de l'arrogance de la gauche occidentale.

Je ne veux pas gâcher l'intrigue, mais en voici les éléments de base : un groupe de mercenaires humains ont colonisé une planète lointaine, appelée Pandora, afin d'y extraire un minerai d'une valeur inestimable découvert là-bas. Les indigènes de Pandora – une race de grands extra-terrestres à la peau bleue appelés Na'vi – vivent sur un territoire où se trouve le gisement. Ils refusent d'être délogés, alors, les terriens attaquent.

[…]

Le thème de loin le plus méprisable dans Avatar implique le héros, un jeune Américain handicapé appelé Jake Sully, incarné par Sam Worthington. Avant que les terriens ne déclarent la guerre aux Na'vi, Sully est envoyé chez eux (sous la forme d'un avatar à la peau bleue) afin de tenter une dernière fois de trouver une solution diplomatique. Mais voilà, il devient l'un des leurs –  compatissant tellement à leur détresse qu'il décide de les mener dans une bataille contre les humains.

Parmi les vanités de gauche, celle-ci dépasse certainement toutes les autres : les Na'vi, à ce que suggère le film, ont besoin de l'homme blanc pour les sauver, parce que, en tant que race moins développée, ils manquent d'intelligence et de courage pour vaincre eux-mêmes leurs adversaires. En d'autres mots, les pauvres indigènes sans défense doivent compter sur l'homme blanc de haute moralité pour les mettre hors de danger. »

Thinking for You, un blogueur de Floride, est d'accord :

J'étais assez choqué de voir tant de spectateurs accepter que l'entreprise et les militaires US soient caricaturés en ennemis, et littéralement applaudir la destruction de la force de frappe. Mais peut-être que je me trompe, car au bout du compte la représentation de la défaite militaire n'est que factice, et le message qui reste attaché au spectacle visuel semble être que le sort de la nature et de la culture ne dépend pas du droit, ni de la justice, ni même de la force intérieure, mais des conflits et de l'intervention des Marines US anglo-saxons mâles. Que vous soyez une entreprise aux dents longues, ou un courageux indigène bleu, vous ne pouvez pas gagner sans un Marine mâle de type européen à vos côtés. Le reste est secondaire, et la résistance est vaine.

Eric Ribellarsi, blogueur sur The Fire Collective: Fight Imperialism, Rethink and Experiment, n'est pas d'accord :

J'ai trouvé que c'était un film nuancé et magnifique qui raconte l'histoire d'un soldat blanc voué à l'impérialisme qui va exploiter et opprimer une nation d'extra-terrestres (les Na'vi), mais au lieu de cela, il est transformé par eux et réussit, à leurs côtés, à remporter une lutte armée contre l'impérialisme.

La blogueuse philippine, elle-même issue d'une minorité, du blog Mindanaoan's Narratives voit Avatar comme « un film rêvé d'activiste » et fait le parallèle avec les problèmes dans son propre pays aux Philippines.

Le film est également un reflet de la lutte des peuples autochtones dans l'arrière-pays de l'état du Mindanao. L'exploitation minière et les « autres projets de développement » vont de pair avec militarisation et violation des droits de l'homme ; dresser les lumads contre les lumads (peuple du sud des Philippines).

Jordan Poss Blog,qui est basé aux États-Unis dans l'État de Géorgie, à un autre point de vue :

L'équation Na'vi – indiens d'Amérique est scandaleuse et écœurante. Non pas que je pense qu'il y ait quelque chose de sacro-saint concernant l'expérience indienne, mais plutôt, tout le film est si mièvre et si sentimental, les Na'vi si pleins de bonté et leurs oppresseurs terrestres si diaboliques que j'avais envie de gerber. Ce n'est pas raconter une histoire, c'est faire la morale. Et une morale minable avec ça. 

Asking the Wrong Questions, blog israélien de Abigail Nussbaum, ne considère pas que le film offre un aspect romancé des peuples autochtones :

Quand le directeur artistique de cette production explique sans réfléchir que faire un film avec des extra-terrestres à la peau bleu a évité aux cinéastes de raconter une histoire qui aurait été considérée comme raciste s'il s'était agi d'humains, et ne voit pas le problème dans ce qu'il dit, malgré le fait que la seule chose qui distingue ces extra-terrestres du stéréotype de l'indien d'Amérique est leur peau bleue, alors, qu'est-ce qu'un humble blogueur peut ajouter à ça ? 

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