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Haïti : “1+1=3″

Les journées semblent [tellement] plus longues, pourtant cette semaine a passé si vite. avec le tremblement de terre c'est 1+1 =3.

Ce commentaire de @olidups (Olivier Dupoux) sur Twitter résume sûrement les impressions de beaucoup de Haïtiens, plus de dix jours après le séisme du janvier qui a dévasté la capitale, Port-au-Prince, et ses environs. Alors que les opérations de sauvetage marquent le pas (même si deux nouveaux survivants ont été extraits hier des décombres), que des “villes de toile” sont montées pour héberger des milliers de Haïtiens maintenant sans abri, et que l'aide à grande échelle est acheminée, certains commencent à réfléchir à ce que réserve le futur proche, au temps que nécessitera la reconstruction, et à quoi elle ressemblera. D'autres s'inquiètent de ce que les annonces officielles des autorités et les compte-rendus des médias ne semblent pas toujours cohérents avec la situation qu'ils constatent sur le terrain [les liens sont en anglais].

@troylivesay (le travailleur humanitaire Troy Livesay), qui s'était précédemment demandé si les Nations Unies restreignaient les mouvements de l'armée américaine, notait le 21 janvier que “Les Marines patrouillent les rues…leur couvre-feu a dù être rallongé.” Et d'ajouter :

Viens de voir passer une ambulance du Qatar. Toute la bande est là. J'espère que quelques-uns de ces autres outrepassent la bureaucratie au contraire des US et UN.

Le lendemain matin, il publiait un bref témoignage direct des opérations de secours :

Vois des cargaisons de nourriture et de matériel de secours distribuées à travers la ville assaillies par  la foule… Les Nations Unies assurent la sécurité.
Les gens ne sont pas dangereux – ils sont désespérés. Ils ont peur qu'il n'y en ait pas assez, parce que par le passé il n'y en avait jamais assez.
Cohue autour de toutes les entrées et sorties de l'aéroport-j'ai demandé pourquoi à quelqu'un du cru qui m'a dit ‘il faut regarder pour voir où tombe la manne’.

Livesay a aussi mis en ligne des photos de l'une des “cités de toile” de Port-au-Prince sur son compte Flickr. Une des prises de vue montrait des hommes branchant leurs téléphones portables à une station de chargement de fortune.

Dans la soirée du 21 janvier, @RAMhaiti (le musicien Richard Morse, par ailleurs directeur de l’Hotel Oloffson) a décrit une promenade à travers le centre de Port-au-Prince:

Me suis promené ce soir au Champ Mars, ai vu les tentes, les gens, les masses et les masses. une maison écroulée une autre indemne. sans rime ni raison
Le Palais fini,la Culture en bon état, les Finances fissurées, DGI(le fisc) des gravats. La Justice ? des gravats. De plus en plus de gens vont dans les parcs. On circule à pied.
Le Palais de Justice, un tas de gravats. Est-ce  une métaphore ?Les troupes américaines qui gardent l'arrière du palais qui n'a plus de murs arrières. Ma 3e occupation

Et de souligner :

Les Haïtiens étaient si polis quand je marchais à travers la ville avec ma fille. Un groupe de gens vociféraient à propos d'argent mais tout compte fait, paisible

Personnalité publique bien connue en Haiti, qui produit un flux prolifique d'information et de commentaires sur Twitter depuis le tremblement de terre, Morse a été fréquemment cité par la presse internationale. Le site internet de tourisme WorldHum a publié un entretien avec Richard Morse remontant à 2008, dans lequel il déclare :

“Quand des journalistes y séjournent, j'essaie d'influencer les journalistes. Je n'avais pas l'habitude de le faire. Ce qui arrivait, c'est que les journalistes écrivaient leurs articles puis repartaient,” dit-il. “Et si l'article n'avait pas de rapport avec la réalité, il aurait un gros effet sur ma vie. Je me suis dit que le mieux serait que le journaliste ait une meilleure idée de ce qui se passait alors j'essayais de les amener dans la direction de ce qui se passait.”

Comme on peut s'y attendre, Morse (souvent en réaction à des recherches sur Twitter) a fait des commentaires sans équivoque sur la politique haïtienne et l'organisation des opérations de secours :

Quel pays dirige officiellement l'opération des Nations Unies en Haïti ? Est-ce encore le Brésil ou les Etats-Unis ont-ils pris la main ??
NOUS avions besoin d'une nouvelle direction en Haïti et peut-être le séisme nous a-t-il forcés. Le dommage collatéral, par-dessus le reste..
Le gouvt haïtien/les Nations Unies/l'élite du secteur privé ont formé une clique dont le tremblement de terre questionne la légitimité. Dommage collatéral par-dessus le reste
J'apprends par des témoins que des gens ont applaudi quand le palais est tombé. Voilà qui en dit long.

Il s'est aussi demandé combien de temps Haïti retiendrait l'attention mondiale :

J'ai rencontré des journalistes de nombreux pays du monde la semaine dernière. La vraie question : combien de temps cela “sera un sujet ”?

Le blogueur haïtien vivant aux Etats-Unis Wadner Pierre était plus explicitement critique envers les médias étrangers :

Je suis accablé, frustré et même irrité par ce que certains journalistes ont écrit sur Haïti depuis le tremblement de terre du 12 janvier et je n'arrive pas à croire certaines images que j'ai vues sur des chaînes d'information comme CNN et MSNBC. C'est vrai que certains journalistes font vraiment de leur mieux pour donner un tableau exact de la situation sur le terrain en Haïti….
Mais les médias traditionnels, surtout aux Etats-Unis, ont concentré l'attention de leurs audiences sur le fait que Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques et se consacrent aux efforts des Etats-Unis, le pays le plus riche des Amériques, pour mobiliser les services de secours pour les catastrophes.

Pierre a aussi fustigé le président haïtien René Préval:

Nul, à ce qu'il semble, ne peut vraiment dire ce qu'il fait. Les uns pensent qu'il négocie la cession du pays aux Etats-Unis. Et les autres ne pensent pas que Préval ait jamais été celui qui dirige le pays ; ils estiment plutôt qu'il a toujours été une marionnette de la communauté internationale.

Le Havana Times a publié une lettre ouverte d'un cinéaste guatémaltèque qui se trouvait à Jacmel au moment du tremblement de terre, et qui conteste certaines des images montrées dans la couverture télévisée internationale :

Les média ont choisi les scènes les plus choquantes, les plus morbides et les plus sensationnelles, et ils les répètent encore et toujours, créant graduellement une image complètement distordue de la réalité.

Tara, femme de Troy Livesay, qui blogue sur The Livesay [Haiti] Weblog, a aussi exprimé son agacement devant une certaine presse étrangère :

Je suis contente que les médias aient accordé de l'attention à Haïti et il faut espérer que cela amène les gens à S'INTÉRESSER et qu'ils veuillent DONNER et AGIR  – mais ceux qui ne sortent jamais de l'aéroport et informent depuis le tarmac ne font rien d'autre que d'encombrer, occuper de la place et ajouter au chaos. En plus, j'entends que le sujet n'est plus au centre de l'attention – qu'il a rétrogradé en bas de page – ce qui est triste, parce que ça ne vient que de commencer.

Chantal Laurent de The Haitian Blogger,pour sa part, a été troublée d'entendre un représentant du Programme Alimentaire Mondial dire que la distribution alimentaire à Port-au-Prince avait été ralentie par “insuffisance de sécurité”. Elle notait : “les gens sur le terrain rapportent qu'ils n'ont observé aucun sujet d'inquiétude anormale sur les questions de sécurité”.

Entre-temps, d'autres acteurs ont continué à se consacrer à la difficulté constante de procurer vivres, eau et soins médicaux à la foule de Haïtiens blessés ou déplacés. L'association caritative Pwoje Espwa, basée aux Cayes, a rapporté sur son blog qu'une centaine d'enfants orphelins arrivaient de Léogâne, et lançait des appels aux dons. Gwen Mangine, une collaboratrice de l'organisation caritative Joy in Hope, basée à Jacmel, donne les dernières nouvelles des opérations de secours qui s'y déroulent :

Ces 6 derniers jours, nous avons accumulé un bon stock de vivres et d'eau…. Hier nous avons loué une maison en-dehors de la ville, entourée d'un grand mur et avons engagé des gardes de sécurité. Nous avons commencé hier à déménager toutes nos provisions dans cette maison et aujourd'hui nous commencerons à les sortir, pour les distribuer surtout par les églises + organisations locales.

Elle raconte aussi un moment d'émotion :

A l'instant je suis au premier étage de ma maison…. En bas la radio beugle (ça ne serait pas un ménage haïtien sans radio qui beugle) et nos enfants et notre personnel reprennent en choeur Ayiti Cheri [Haïti chérie, un chant patriotique bien connu].
Pendant ce petit moment, la vie semble de nouveau normale.

Enfin, jeudi soir, @tbijou (Thierry Bijou) a exprimé le dilemme pratique de nombreux Haïtiens chaque soir, avec les répliques qui continuent et beaucoup de bâtiments encore debout devenus instables : 11h18. dedans ou dehors, qu'est-ce que ce sera pour ce soir ?”

Voir la page spéciale de Global Voices sur le tremblement de terre de Haïti ici.

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