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Israël : Militants et blogueurs manifestent contre la détérioration des droits de l'homme

“Devinez quel pays a arrêté 17 militants des droits humains aujourd'hui ?” interrogeait le blogueur et ancien journaliste de Yedioth Gal Mor sur son mur Facebook le 15 janvier 2010.

Parmi les activistes arrêtés dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem Est figurait le Directeur exécutif de l'Association pour les Droits Civiques en Israël (ACRI), Hagai Elad. Les militants prenaient part à une série de manifestations hebdomadaires continues réunissant activistes palestiniens et juifs, contre l'installation d'occupants juifs dans le quartier à la faveur d'une décision judiciaire d'expulsion de familles palestiniennes de leurs domiciles au motif qu'il s'agissait d'anciennes habitations juives colonisées illégalement par des familles locales. Li Lurian de La Paix Maintenant, qui a filmé cette vidéo de la manifestation, a été parmi les personnes arrêtées, de même que le blogueur Didi Remez [en anglais].

Deux semaines avant son arrestation, Elad écrivait dans une tribune sur le site Ynet [en hébreu] :

“De nombreux manifestants ont constaté au long de cette année que leur liberté de parole dans la seule démocratie du Moyen-Orient n'allait pas de soi. Entraver la contestation n'est pas une mission de la police dans un pays démocratique ; sa mission est en réalité de protéger la liberté de parole”

L'avocat et blogueur Jonathan Klinger écrit que l'arrestation d'Elad est contraire à la loi et un signe de plus de la mort de la démocratie israélienne [en hébreu comme tous les blogs cités] :

“Elad a été arrêté pour le punir de manifester et non parce qu'il présentait la moindre menace publique. De telles ‘arrestations punitives’ sont caractérisées comme illégales par le droit et leur objectif est d'empêcher d'autres de contester et de vouloir exercer leurs droits démocratiques. Sans contestation il n'y a pas de démocratie.”

La justice israélienne a naturellement ordonné de libérer immédiatement les activistes (au bout de 36 heures), toutefois, la blogueuse Lisa Goldman qui assistait à la manifestation hebdomadaire de vendredi dernier (22 janvier 2010), a rapporté que Remez (@DidiRemez) a de nouveau été arrêté, en même temps que 15 militants israéliens. On trouvera d'autres récits personnels des “rassemblements de Sheikh Jarrah” en anglais sur le blog d’Ibn-Ezra.

Les droits humains, sous divers aspects, ont été ces derniers mois la principale question à l'ordre du jour des blogueurs et tweeps (usagers de Twitter) israéliens, à la lumière de certaines des politiques de l'administration actuelle, perçues comme une menace contre la démocratie d'Israël.Le 11 décembre 2009, l'ACRI a été à l'origine d'un défilé unitaire pour les droits humains à Tel Aviv, rassemblant 116 ONG de défense des droits de l'homme d'horizons et domaines d'actions variés.

La protestation se concentrait sur un éventail de mesures marquant l'apogée dans la détérioration des droits humains en Israël, selon la description de l'ACRI sur le blog de la manifestation : dispositions telles que la loi sur la Naqba, l'expulsions de travailleurs étrangers, la loi sur la base de données biométriques (voir analyse détaillée plus bas), et un “climat général de creusement des inégalités sociales, d'étouffement de la contestation, de racisme et de violence”. Des milliers de gens ont assisté au défilé (voir les vidéo-clips), qui a eu lieu le lendemain même de la Journée internationale des droits de l'homme.

Les blogueurs font le “doigt d'honneur” à la base de données biométriques

De toutes les actions en rapport avec les droits humains qui se sont déroulées ces derniers mois, c'est celle contre la loi biométrique qui a été une des campagnes sur internet les plus vastes jamais entreprises en Israël à ce jour, avec la coopération de 160 blogueurs israéliens, un blog dédié et un compte Twitter, ainsi qu'une page Facebook animée.

La proposition de loi sur la biométrie introduit une base de donnée biométrique obligatoire pour tous les citoyens israéliens dans le cadre du passage aux cartes d'identité et passeports biométriques. Le blogueur Hani Zuveida en explique les périls:

“La loi biométrique ou plutôt ‘la loi big brother’ vise à créer une base de données numérique détaillée de tous les citoyens, qui pourra être facilement exposée aux firmes commerciales et à leurs intérêts mais sera aussi vulnérable aux infractions pénales telles que l'usurpation d'identité de citoyens innocents à fins criminelles par infiltration dans la base de données. Et tout cela au nom de la “protection” des pièces d'identité contre la contrefaçon – de Charybde en Scylla. Les serviteurs du public sont une espèce particulière : voilà les gens que nous élisons pour qu'ils représentent notre meilleur intérêt dans leurs fonctions de législateurs ou de ministres mais soudain ils ‘larguent les amarres’ et voguent vers une vie indépendante, inversent les rapports : au lieu de faire ce que nous leur disons c'est eux qui commencent à nous dire ce qui est bon pour nous. Mon opinion est que c'est là une des situations les plus dangereuses dans une démocratie.”

Les blogueurs s'en prennent à la personne du ministre Meir Shitrit, qui est l'instigateur de cette loi, mettant en question sa motivation et son intégrité. Les blogueurs éminents Gal Mor and Effi Fuks, qui ont déterré des preuves circonstanciées contre les motifs de Shitrit et ont réclamé une une enquête approfondie, ont supprimé leurs billets originels après la conclusion d'un accord avec la famille de Shitrit et ont publié des excuses officielles et un démenti. Néanmoins, le blogueur Rehavia Berman, souvent dénommé “le mauvais garçon de la blogosphère israélienne” a republié l'accusation alléguée suggérant des intérêts commerciaux derrière la base de données et une relation en coulisses entre Shitrit et OTI, la société retenue pour la mettre en oeuvre.

Les blogueurs ont assisté avec assiduité aux séances de la Knesset sur la législation biométrique, rapportant l'attitude de Shitrit pour pousser cette loi. En conséquence, Shitrit a tenté d'interdire ces séances publiques aux blogueurs, comme l'atteste caméra à la main le blogueur Eran Vered. En même temps, un blogueur, qui est aussi hacker, a monté un site web démontrant au public que la base de données soit-disant protégée du ministère de l'intérieur a de fait fuité sur la Toile et que ces informations sur chaque citoyen sont accessibles à tout un chacun (ce site est arrêté à présent). Sur son blog il a expliqué que cette démo était destinée à montrer que la même chose peut aisément arriver avec la base de données biométriques.

La blogueuse Karine Barzilai-Nahon, présidente de l'iSchool de la Washington University, a élaboré un rapport spécial sur les programmes biométriques à travers le monde, qui a aussi été présenté à la Knesset. Elle écrit :

“A ce jour, il n'existe aucun pays démocratique occidental qui conserve une base de données biométriques de tous ses citoyens sans leur consentement. Il n'y a qu'un seul pays qui garde une base de données obligatoire : Hong Kong, mais cette base de données est temporaire et est effacée immédiatement après l'émission de la carte d'identité. L'Angleterre, la France et le Japon ont une base de données volontaire qui n'a pas été rendue obligatoire à cause des critiques de l'opinion publique. Quelques pays envisagent diverses dispositions biométriques mais ne les mettent pas en vigueur bien que la législation ait été votée, à cause de la persistance du débat public et des craintes de donner trop de pouvoir aux organes politiques. Le président de la commission des sciences et technologies de la Knesset demande de ne pas diaboliser le projet de loi parce qu'il n'invente pas la roue et qu'Israël n'est en rien différent des autres pays, mais ce rapport montre bien que si.”

Les efforts des blogueurs et des activistes ont amené de nombreux compromis et concessions dans le texte de la loi, toutefois les blogueurs-clés qui se sont impliqués dans la contestation ont indiqué que ces concessions visaient à calmer et esquiver les protestations de l'opinion et les manipulations incitant à l'inclusion “volontaire” par des sanctions discriminant les non-volontaires. Les militants des droits humains ont perdu cette manche le 7 décembre, lorsque la loi sur la base de données a été adoptée par la Knesset israélienne, mais ils ont défilé contre son application lors du défilé pour les droits de l'homme quelques jours plus tard.

Comme de moins en moins de canaux médiatiques et de journalistes indépendants couvrent ce domaine politique du point de vue des droits humains, les militants se sont tournés vers la Toile, où ils trouvent un terrain commun et se fondent avec les blogueurs et tweeps clés pour utiliser à plein les plates-formes des médias alternatifs et essayer d'influer sur l'opinion publique et lutter pour une démocratie réelle.

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