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Corée du Sud : Les tweets de l'écrivain Lee Oisoo traduits

Lee Oisoo (Twitter profile photo)

Lee Oisoo (Twitter profile photo)

Lee Oisoo est un romancier et artiste sud-coréen décrit comme “excentrique, génial et lunatique” [tous les liens sont en anglais sauf mention contraire]. Bien que consacré romancier le plus populaire de Corée du Sud dans un récent sondage (il l'est particulièrement auprès des jeunes lecteurs), sa renommée dépasse à peine les frontières de son pays d'origine, une situation due à l'absence de traduction de ses œuvres dans d'autres langues. Écrivain depuis 1972, Lee Oisoo est célèbre non seulement pour ses romans et ses essais, mais aussi pour son travail pour la radio et la télévision, et sur Internet. Lorsqu'il a créé un compte Twitter [en coréen] l'année dernière, il a rapidement eu des milliers de “suiveurs”. Désormais, ses messages sont traduits en anglais afin d'atteindre une plus large audience. Mais comment un blogueur du Bahreïn a-t-il été impliqué dans ce projet ?

Les traductions des tweets de Lee Oisoo sont publiés sur un blog. Ce message présente l’écrivain :

소설가 이외수입니다. 대한민국 강원도 화천에 서식하고 있습니다. 세상이 개떡 같다는 생각이 들거나 인생이 눈물겹다는 생각이 들거나 사람이 못 견디게 그립다는 생각이 들면 로긴하겠습니다. 모기가 정력에 좋다는 설이 있습니다. 소문내서 멸종시킵시다.

Je suis le romancier sud-coréen Lee Oisoo. Je vis dans le quartier de Gamseong Maul à Hwacheon, en Corée du Sud. En coréen, Gamseong Maul signifie ‘Village des Sensations’. Ce lieu nous fait prendre conscience de notre propre somnolence.
Je me connecterai à Twitter lorsque je serai déçu par la société, lorsque je serai ému aux larmes dans ma vie privée, ou lorsque les êtres humains me manqueront.
Selon un article de source inconnue, manger des moustiques améliore les capacités sexuelles. Participons à cette rumeur et exterminons une espèce !

Un des traducteurs des tweets (message sur Twitter) est Hasan Hujairi, un blogueur et musicien du Bahreïn qui a vécu plusieurs années au Japon. Dans un entretien accordé à Global Voices, il explique les débuts du projet :

Comment t'es-tu retrouvé mêlé à ce projet ? Qui a eu l'idée de traduire ces tweets ?

Lorsque j'étais au Japon, j'avais un large accès aux arts et à la culture est-asiatiques. Une amie sud-coréenne dont j'ai fait la connaissance au Japon, Oh-soon Yun, connaissait personnellement Oisoo depuis plusieurs années. Je me suis intéressé aux travaux d'Oisoo à travers les descriptions que m'en faisait Oh-soon et je fus déçu de découvrir que ses œuvres étaient difficilement accessibles à un non-coréanophone. A mon retour à Bahreïn, après quatre années passées au Japon, j'ai appris par Ohsoon qu'Oisoo venait d'ouvrir son propre compte Twitter.

A propos de l'idée de traduire les “tweets” d'Oisoo, Oh-soon, à mon étonnement, m'avait dit qu'Oisoo, bien que célèbre en Corée du Sud et particulièrement auprès des jeunes, restait relativement peu connu dans le reste du monde. Nous avions, à plusieurs reprises, discuté de la possibilité de rendre accessibles au reste du monde les littératures sud-coréennes et arabes, grâce à la traduction de différentes œuvres et aux médias libres comme l'Internet. Lorsque nous avons eu vent des activités d'Oisoo sur Twitter, nous avons immédiatement saisi l'occasion de démarrer le projet de traduction !

Comment le projet fonctionne-t-il ? Les traducteurs travaillent chacun sur des tweets ou en groupe ?

Le projet est avant tout un travail d'équipe. Trois personnes sont impliquées dans le processus de traduction : Hasan Hujairi [NdT : son compte est depuis passé en mode protégé], Oh-soon Yun, et Hyo-seon Eo [en coréen]. Quand Oisoo publie ses tweets, Oh-soon les lit avec attention, car elle possède une connaissance profonde de son travail, et elle le contacte régulièrement par email pour lui poser des questions. Elle réalise alors un traduction littérale des tweets, qui nous sert de brouillon pour les discussions et développements ultérieurs. Dès que je reçois les traductions brutes, nous en discutons et justifions la présentation des textes dans un style qui se rapproche au plus près de la tonalité des écrits d'Oisoo. Nous discutons aussi, quand c'est nécessaire, du possible ajout de notes de bas de page sur la culture coréenne ou sur la linguistique. Tout cela se fait par webcam et/ou par email. Une fois que nous avons convenu de la meilleure traduction possible, nous les publions en ligne.

Le processus est relativement flexible et ne s'arrête pas à la mise en ligne des traductions. Nous lisons les commentaires des lecteurs et observons leurs réactions. Parfois, des lecteurs suggèrent des changements ; nous discutons alors de l'intérêt d'introduire ces changements dans nos traductions.

Je dois ajouter que Hyo-seon Eo, le technicien du groupe, est un participant essentiel du projet. Il est celui qui nous aide pour les aspects techniques et c'est lui qui a suggéré que les traductions d'Oisoo soient publiées sur Tumbler.com [NdT : une plateforme de blog simplifiée] avec une approche qui diffère de la gestion habituelle de la limite de 140 caractères par message imposée par Twitter.

Ainsi que le processus le suggère, la majeure partie du travail se fait via Internet. Lee Oisoo et Hyo-seon Eo habitent des villes différentes en Corée du Sud, Oh-soon Yun vit à Tokyo, et je vis actuellement au Royaume-Uni. Je n'ai personnellement jamais rencontré Lee Oisoo et Hyoseon Eo, et pourtant nous arrivons à avoir une vision d'ensemble. Malgré la distance physique entre les protagonistes de ce projet et le décalage horaire, le projet est toujours en marche grâce aux technologies actuelles et aux nouveaux modes de communication.

시적인 포스팅에는 비교적 리트윗이 달리지 않는 편이다. 현저하다. 그러니까 여기서는 문화의 비경제적 부산물인 시가 확실하게 왕따를 당하고 있음이 분명하다.

La poésie sur Twitter ne suscite pas de nombreux RTs (Retweets, republication de messages). C'est évident. Cependant, il est clair que la poésie – un produit culturel non rentable – est beaucoup plus puissante sur Twitter.

Depuis quand Lee Oisoo utilise-t-il Twitter ? S'intéresse-t-il à vos traductions?

Oisoo a débuté sur Twitter en juin 2009, mais depuis 2007 jusqu'alors, il utilisait un réseau social coréen appelé PlayTalk (semblable à Twitter) [en coréen]. J'ajouterai que la réputation d'Oisoo tient aussi de son intéressante approche de l'usage d'Internet pour communiquer avec ses lecteurs. Dès 1998, il avait créé son site internet [en coréen] dont l'un des principaux intérêts – en plus de ses écrits et de ses illustrations – est le forum qu'il a mis en place (et auquel il participe très souvent), s'en servant de moyen de communication direct avec ses milliers de lecteurs. On le connait aussi comme compositeur de musiques et d'illustrations par ordinateur, ce qui fait de lui un artiste avec une approche contemporaine des choses. Il peut être surprenant d'apprendre qu'il a plus de soixante ans, quand on connait sa parfaite maîtrise des nouvelles technologies pour communiquer avec les jeunes. Il a aussi la réputation de parler aux jeunes en utilisant leur propre terminologie (il sait même utiliser les émoticônes [en français], au point qu'il a créé ses propres émoticônes et expressions qui sont communément utilisées par les coréens sur Internet aujourd'hui!). Cela suggère simplement que l'Internet peut être pour les artistes un puissant outil de communication directe avec leur public et, dans un sens, de création artistique.

Concernant l'intérêt ou non que porte Oisoo à nos traductions et s'il nous fait des commentaires, je dois dire qu'Oisoo a vraiment été un soutien important de ce projet. Il ne donne pas personnellement son point de vue car il ne parle pas anglais, mais ses apprentis et amis lui rapportent les traductions publiées et lui donnent leur avis. Comme je l'ai mentionné plus tôt, Oisoo est très accessible et il répond toujours aux questions que nous pourrions avoir sur le sens de ses textes. Je n'insisterai jamais assez sur le fait que la fluidité de la communication via Internet est la clé du projet.

Quelle sera la suite, en ce qui concerne ce projet?

Nous avons l'intention de traduire les messages tant qu'Oisoo utilisera Twitter. Une importante société d'édition, qui publie toutes les œuvres d'Oisoo, a l'intention de publier un livre de ses tweets. En mars 2008, un livre comprenant une sélection des écrits mis en ligne sur Playtalk fut publié ; il aurait atteint 500 000 exemplaires vendus dans l'année de sa parution en Corée du Sud. Dans un sens, ce type de projet n'est pas nouveau pour Oisoo, mais un ouvrage qui contiendrait, en plus de ses écrits, leurs traductions, serait un nouveau développement. Nous espérons que, si cette publication est un succès, nous travaillerons à la traduction de certains de ses romans qui ont eu une grande influence sur la culture moderne sud-coréenne. Nous souhaitons que ce mouvement incitera des gens à trouver des solutions pour promouvoir l'art et la littérature coréens car ils restent relativement inaccessibles aux non-coréanophones. Si cela pouvait encourager des projet similaires et des collaborations avec d'autre artistes (peut-être même depuis des lieux hors de la Corée du Sud), je pense que cela justifierait ce projet. J'aimerais aussi traduire en langue arabe certaines de ses œuvres, au vu de l'accueil fait aux traductions anglaises.

30년 이상을 글밥만 먹고 살았는데도 국수틀에서 국수가닥 뽑아내듯이 글을 뽑아낼 수는 없습니다. 140자밖에 안 되는 단문을 올리는 데도 장인정신이 필요합니다.

J'ai beau avoir mangé du texte comme on mange du riz depuis plus de 30 ans, je ne peux toujours pas produire des écrits comme une machine à pâtes fait des pâtes. Même publier des messages de 140 caractères sur Twitter demande un esprit d’artisan.

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