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Nigéria : Les blogueurs s'interrogent sur le terroriste nigérian Umar Abdulmutallab

Cette revue de blogs a été publiée sur Global Voices en anglais le 15 janvier 2010

[Les liens sont en anglais] Le 25 décembre 2009, le monde entier a été surpris lorsqu’Umar Farouk Abdulmutallab, un Nigérian de 23 ans, a presque réussi à actionner des explosifs sur un vol de la compagnie Northwest Airlines entre Amsterdam et Detroit. Cet incident est le dernier d'une série de tentatives en matière de terrorisme aérien depuis les attentats du 11 septembre 2001 et fut le premier cas où un Nigérian a tenté de perpétrer un attentat-suicide sur le sol américain.

Immédiatement après cette la tentative, on a beaucoup spéculé sur les antécédents du jeune Nigérian, ses motivations et ses liens possibles avec Al-Qaïda. Dans les jours qui suivirent, il est apparu que Umar Abdulmutallab était le plus jeune fils d’un important banquier nigérian, Alhaji Umaru AbdulMutallab ; très vite, il s’est avéré que le kamikaze en « sous-vêtements » – comme Abdulmutallab a été surnommé – , bien que dévot, était tourmenté par sa foi mais était également un jeune homme solitaire qui a principalement étudié à Dubaï, au Royaume-Uni, et au Yémen.

Deux mois avant l'attaque, Abdulmutallab s'était volatilisé dans ce dernier pays. Avant de disparaître, il aurait demandé à sa famille de « l'oublier » parce qu’il ne reviendrait jamais. Inquiet, son père avait informé l'ambassade américaine à Abuja ainsi que d’ autres agences de sécurité. Abdulmutallab avait ainsi été rajouté aux bases de données anti-terroristes des États-Unis, mais n'avait pas été rajouté à la liste des personnes interdites d'embarquement dans un avion.

Après avoir quitté le Yémen, Abdulmutallab av passé une courte période en Éthiopie et au Ghana, puis est brièvement passé par le Nigeria, en route vers les Pays-Bas où il a pris le vol NWA 253 pour Detroit.

Lorsque la nouvelle de la tentative d'attentat est parue, de nombreux Nigérians ont été surpris, certains ont même douté que Abdulmutallab soit vraiment Nigérian.

Imnakoya a écrit sur Grandiose Parlor :

Je me demandais, si ce Mutallab est vraiment Nigérian ? Détenir un passeport nigérian n'est pas une preuve irréfutable de nationalité étant donné l'ampleur de la corruption dans ce pays.

Jide Salu en convient :

Croyez-moi, les Nigérians sont trop lâches pour être terroristes. Notre attitude envers la mort est simple: qu'elle soit le plus naturelle possible, de préférence après une bonne soirée, se mettre au lit, et mourir dans son sommeil.

Lorsqu’il fut admis qu’Abdulmutallab était sans doute possible Nigérian, certains se sont consolés en disant que la plupart de ses expériences et formations s’étaient déroulées à l'étranger. Dans un billet argumenté, intitulé « Qu'est-ce que cela signifie d'être Nigérian ? », Seyi du blog Soigner le Nigéria écrit :

Si Umar Abdul Mutallab était le fils de « personne », il est probable que nous serons encore en train de remettre en question sa nationalité. Il n’aurait pas était surprenant que le gouvernement décrète que son père est un « immigrant illégal » au Nigeria.

Beaucoup ont fait valoir qu’Umar AbdulMutallab ne pouvait être vu comme typiquement Nigérian vu le nombre d’années qu'il a passées à l'étranger …. Donc, pour la plupart des Nigérians, Umar Abdul Mutallab n'a pas eu une éducation traditionnelle nigériane. Et compte tenu du peu de temps il a vécu dans son pays d'origine, il n'y avait aucune chance qu'il puisse avoir été « radicalisé » au Nigéria.

Jennifer Ehidiamen s'inquiète que les actes d'Abdulmutallab finissent de ternir la réputation déjà mauvaise du Nigéria :

Il ya un proverbe Igbo qui dit: « Si on trempe un doigt dans de l'huile de palme, elle salit tous les autres doigts. ». Ceci illustre bien le sentiment éprouvé par les Nigérians partout dans le monde lorsqu’ils ont entendu la nouvelle du jeune homme qui a tenté de faire exploser une bombe sur le sol américain, au nom d'Al-Qaïda. Beaucoup d'entre-nous craignons que les actes de cet individu s’étendent aux 150 millions de Nigérians.

Elle a réussi cependant à trouver une lueur d'espoir dans les événements :

Puis, le lendemain, il est apparu que le père du jeune homme avait prévenu quelques mois plus tôt les forces de sécurité en leur disant qu'il craignait que son fils ne se soit radicalisé et qu’il pouvait même constituer une menace. En un instant, j'étais de nouveau fière d'être nigériane. J'ai été soulagée de la honte qui aurait plané sur la réputation de mon pays, qui ajoutait le terrorisme à la liste des vices déjà connus. Et pourtant, le bulletin d'infos de CNN n'a pas réflété cette évolution avec autant de ferveur que j’aurais espéré.

Elle conclut :

Si tous les citoyens britanniques n'ont pas à porter le stigmate de la chaussure piégée, si tous les habitants de l'Oklahoma, n'ont pas à supporter la honte des attentats à la bombe d’Oklahoma-City, alors le monde devrait être sceptiques face aux déductions injustes, si faciles lorsqu'une personne issue d’un pays pauvre commet des crimes similaires. Et si ce ne n'est trop demander, laissez l'huile des actions nobles et très généreuses de son père recouvrir les 150 millions d’autres doigts.

Et en effet, comme beaucoup le craignaient, le 4 janvier, le gouvernement américain a ajouté le Nigéria à la liste des 14 pays à surveiller. La liste désigne quatre « états financeurs du terrorisme d'État », (Cuba, Iran, Soudan et Syrie) ainsi que 10 « pays d'intérêt », comprenant – en plus du Nigéria – le Yémen, le Pakistan, l’Irak, et l'Algérie. Les passagers des vols vers les États-Unis en provenance du Nigeria et des 13 autres pays listés seront soumis à des contrôles de sécurité renforcés, dont une fouille au corps complète.

Dans les jours suivants, de nombreux Nigérians ont manifesté leur mécontentement en commentant sur des forums tels que Facebook « 150 millions de Nigérians désavouent Umar Farouk Abdulmutallab » et « Sortez-nous de cette liste : les Nigérians ne sont pas des terroristes ».

Chippla Vandu voit les choses différemment pour ce qui est de « renier » Abdulmutallab :

« Renier » renvoie à un refus d'accepter comme l’un des siens ou à répudier. Indépendamment de ce que l'on peut dire ou pense,r Umar Farouk est Nigérian. Et même si ses actes ne représentent certainement pas ce à quoi on pouvait s’attendre d'un adulte « typiquement » nigérian de sexe masculin (musulman ou pas), le renier ne signifie en aucune manière aider à comprendre pourquoi il a fait ce qu'il a fait et s'assurer que de telles choses ne se reproduisent plus.

Citant un sondage du Pew Research Center, d'où il ressort que 43 % des musulmans du Nigéria soutiennent l’attentat-suicide, Chippla continue :

Comment le renier aiderait-il les Nigérians à comprendre le rôle joué par l'idéologie islamiste extrémiste qui l’a obligé à essayer de déclencher une bombe à bord d'un avion de ligne américain ? Comment cela peut-il aider les Nigérians à comprendre l'interaction complexe entre la foi religieuse, l'accès aux groupes religieux extrémistes et le lavage de cerveau idéologique ?

Seyi sur Soigner le Nigéria a également vu des implications plus larges aux actes d’Abdulmutallab, soulignant que l'ajout du Nigéria à la liste des pays terroristes n'était pas seulement dû aux événements du 25 décembre. Soulignant les récents affrontements entre les forces de sécurité nigérianes et les groupes de militants islamistes tels que Boko Haram et Kalo Kato, Seyi écrit :

Quiconque pense que gouvernement américain a seulement agi en réaction à l'expédition de terroristes Umar AbdulMutallab est naïf.

Vu le niveau de corruption du Nigéria, je suis convaincu qu'un(e) terroriste peut s’acheter sa place dans un avion. En y mettant le prix, cette personne peut même s’offrir un siège en première classe  C’est au Nigéria que des responsables des douanes facilitent l'importation des médicaments contrefaits. C’est au Nigéria que les fonctionnaires de l'immigration délivrent en toute connaissance de cause des passeports à des non-Nigérians utilisant des fausses identités. Il ne fait aucun doute que la nouvelle politique des États-Unis aura une incidence sur chaque Nigérian, indépendamment de son statut social. Malheureusement, 150 millions de personnes vont maintenant payer pour les péchés d'une personne stupide. Déjà, un Nigérian qui se rend à l'étranger est suspecté de vouloir y demander l’asile, soupçonné de vouloir y séjourner plus que son visa ne l’y autorise, d’être un immigrant illégal, d’utiliser des faux papiers, d’être un passeur de drogue, et maintenant il sera présumé terroriste.

Seye Abimbola s'interroge également sur l'augmentation de l'extrémisme religieux au Nigeria, en décrivant de récents petits affrontements dans son université. Seye conclut :

Aussi mineurs que ces incidents soient, si cela est possible dans le bastion même du libéralisme qu’est le sud-ouest du Nigeria, il n’est pas difficile de s’imaginer ce qui se passe peut-être dans le nord où certains états régionaux ont déjà adopté le système juridique de la charia islamique.

Chxta fait remarquer que ce n'est pas la première fois que “des gens « importants » au Nigéria s’en tirent tout simplement parce qu'ils sont « importants” :

Au début, notre bien-aimé Ministre de l'information a tenté de rejeter la faute sur nos gentils « frères » du Ghana, en soulignant que le jeune homme égaré n’avait passé que trente minutes en transit au Nigeria en provenance du Ghana avant de monter dans l'avion de KLM. La note de service qu'elle n'a apparemment pas lu affirme que s'il en avait eu envie, il aurait effectivement pu prendre une moto de l'aéroport à Surulere, y prendre les explosifs, et retourner à l'aéroport. Le tout en moins de trente minutes. Bien sûr, à l'aéroport, personne ne lui aurait posé des questions étant donné qu'il est le fils de quelqu’un « d’important ».

Certains ont pu ironiser sur la tentative d'attentat : « Réjouissez-vous !!! Car le suspect, n'est pas Igbo » écrivait Sugabelly le 26 décembre. Elle a publié une mise à jour plus tard, sur un ton plus sérieux :

Oh, on dirait que tout le monde a perdu son sens de l’humour ! Les gens sur Twitter m’allument parce que j’ai tweeté cela. OK, je suis désolée.

Nous sommes tous Nigérians et nous allons tous passer un mauvais moment la prochaine fois que nous mettrons les pieds dans un aéroport, mais rions du côté plus léger de la situation (puisque personne n'a été blessé).

Soyez honnêtes, quand vous avez entendu qu’un Nigérian avait tenté de commettre un acte terroriste en Amérique, combien d'entre-vous ont immédiatement pensé : pourvu qu’il ne soit pas [insérer ici votre groupe ethnique] ?

Avec ironie, Arukaino lie l'affaire à la campagne du gouvernement pour améliorer l’image du Nigéria. Il commente :

Et voilà pour le slogan « Le Nigéria : des gens biens, une grande nation ». Après la tentative ratée Abdulmutallab à Detroit, peut-être que les États-Unis pourraient l'interpréter comme aujourd'hui : « Le Nigéria : des gens biens, un terroriste, mais toujours une grande nation … hmmn »

(Pour lire plus de réactions de la blogosphère nigériane cliquez ici, ici, ici et ici).

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