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Liban : Les blogueurs libanais et la campagne “Kolena Laila”

Cette revue de blogs est parue le 7 janvier dernier sur Global Voices en anglais.

La campagne Kolena Laila (Nous sommes toutes des Laila) est une initiative en ligne dont le but est de sensibiliser le monde au statut de la femme arabe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Cette initiative a débuté en Égypte il y a 4 ans : des blogueurs avaient décidé de consacrer une journée par an à discuter de ce sujet en ligne. Quatre ans plus tard, ce projet s’est étendu à d’autres pays arabes comme le Liban, la Syrie, la Jordanie, la Palestine, le Maroc, la Tunisie et bien d’autres. La blogosphère de chaque pays aborde les problèmes et les questionnements de leurs « Lailas » respectives durant la semaine du 24 au 31 décembre.

Voici ce que des blogueurs libanais ont écrit durant la campagne [liens en anglais ou en arabe].

Sur son blog Café Thawra, Paola considère que ce n’est pas le voile islamique qu’il faudrait combattre :

Les vrais ennemis sont les régimes oppressifs, l’ignorance, les pratiques néfastes et l’intolérance. L’ennemi n’est pas le voile mais l’homme ou les régimes qui contraignent les femmes à se couvrir de peur qu’elles ne soient traitées de « prostituées » et qu’on les punisse. C’est bien l’homme qui exige que sa femme s’habille d’une façon provocante pour pouvoir l'exhiber devant les autres.

Sur son blog Ninar, Tony aborde le problème du voile avec une autre perspective :

من دون شكّ، إن خطايانا في العالم العربي لكثيرة، لكن خطيئتنا بحقّ الأنثى في مجتمعنا هي أسوأها. فنحن لا نعرف حلولاً وسط، فإمّا نريدها مريماً عذراءمسجونة بقماش أسود لا ترى النور ولا البشر، وإمّا نريدها مجدليّة عارية وSois belle et tais toi على حدّ تعبير المثل الفرنسي (كوني جميلة واخرسي). وفي الحالتين، تبقى الأنثى بالنسبة لنا مجرّد جسد ولا ترتقي إلى رتبة إنسان. وفي الحالتين كذلك، يكون الذكر الذي يقف مشجّعاً لهذا الواقع رجلاً يخاف من الأنثى لأنه لا يرى أبعد من شهوته من دون أن يدري أنّه في هذه الحالة يعامل نفسه كذلك على أنّه مجرّد جسد لا يرتقي إلى رتبة إنسان.

Sans aucun doute, notre pire péché dans la société est celui contre la femme. Nous n’avons pas de solution intermédiaire. Nous voulons que la femme soit une sainte vierge, prisonnière sous son voile noir, isolée de la lumière et des êtres humains ou alors une Madeleine dénudée – comme dit le proverbe « Sois belle et tais-toi » – où elle est réduite à un objet. Dans les deux cas, le mâle – qui contribue à cette réalité, -craint cette femelle parce qu’il ne peut pas la considérer au-delà de sa passion, et elle devient ainsi un objet et non un humain.

Sur The Show is About Nothing, Overandout raconte comment la société mesure le succès d'une “Laila”.

On mesure son succès dans cette société en trouvant un mari qui ne soit pas n’importe qui. Inutile de rechercher l’amour de sa vie, ni d’attendre jusqu’à en perdre sa fertilité ou encore de trouver quelqu’un d’une autre religion ou d’une autre nationalité, aussi compatible que l’on soit l’un avec l’autre. Il faut rechercher l’argent, se marier avec l’argent. Si tu es une femme libanaise, ce n’est pas suffisant de gagner de l’argent toi-même, tu risques d'entendre dire : « La pauvre, elle est si ancrée sur la réussite de sa carrière qu’elle ne se trouvera jamais un mari ! »

Sur Maya's Amalgam, Maya évoque le même problème à travers une bande dessinée comique sur sa grand-mère. Elle ajoute :

Je pensais que la pression sociale pour se marier commençait vers la trentaine pour les femmes. Mais non ! Dès leur naissance, les filles sont élevées à « espérer » et à rêver du jour où elles vont se marier (la majorité des femmes que je connais rêvent de ce jour). Se marier et avoir des enfants représente toujours le plus grand accomplissement dans la vie d’une femme, tandis que les autres réalisations, celles d'une carrière, sont secondaires et ne devraient pas être prises en considération, si la situation financière le permet.

La discrimination ne concerne pas seulement les « Lailas » libanaises. Hanibaeel aborde celle qu’endurent tous les employés domestiques étrangers au Liban, et qui les pousse jusqu’au suicide. Il écrit :

وبينت أرقام سوء معاملة العمالة الأجنبية في لبنان، حسب تقرير منظمة “هيون رايتس ووتش” نشر العام الما

ضي، عن أنّ عاملة أجنبيّة على الأقل تنتحر كل أسبوع لأسباب تعود إلى ظروف العمل وقساوته. وأشار التقرير إلى وجود 100 ألف عاملة يتعرضن للقدح والذم، 60 ألفا إلى 70 ألفا يتعرضن لعقاب جسدي، و10 إلى 20 ألفاً يتعرضن لاعتداء جسدي وجنسي.

Les chiffres sont les preuves des abus contre les ouvriers étrangers au Liban. Selon le rapport de l’an dernier de l’organisation Human Rights Watch, un travailleur étranger au moins se suicide chaque semaine en raison de la cruauté et de la dureté de son travail. Le rapport montre également que 100 000 ouvriers sont sujets à la calomnie, 60 000 à 70 000 ouvriers subissent des châtiments corporels et 10 000 à 20 000 autres subissent des abus physiques et sexuels.

Sur Identity Chef, Darine décrit un profil de Laila libanaise superficielle qui arrive à obtenir ce qu’elle désire sans effort. Elle écrit :

Il est vrai que nous nous moquons beaucoup de la Laila libanaise et nous la critiquons en la traitant d'idiote, de superficielle. Elle manque de perspicacité et n’a pas d’ambition… Mais d’un autre côté, Laila n’atteint-elle donc pas son but sans grand effort ? Et n’est-ce pas cela que tout le monde souhaite, pas seulement les marchands ? Vous écoutez, à présent?  Eh bien, prenez des notes…

La photographe libanaise Lara a publié une photo intitulée « Dualité » :

Ma participation à Kolena Laila est axée sur la double pression sociale que chaque femme autour de nous endure à un moment donné de sa vie. Devrait-elle se consacrer à sa carrière et réussir financièrement dans un monde où la richesse est mesurée par l’argent? Ou bien devrait-elle s’arranger pour trouver un mari et élever des enfants? Dans la plupart des cas, les femmes finissent par jongler entre les deux aspects, rendant la mission à atteindre presque impossible.

Nadine a réécrit la célèbre histoire du Petit chaperon rouge (qui s’appelle Laila dans la version arabe). Dans sa version, Laila représente le féminisme arabe et le grand méchant loup incarne les médias qui essayent de réprimer ses idées et sa liberté en manipulant les faits.

Sur son blog Indépendance 05, Liliane parle des différences entre l’ancienne Laila et la Laila moderne du 21ème siècle. Elle écrit [en arabe] :

ليلى القرن الواحد وعشرين، صار مطلوب منّها اكتر بكتير، كان كل شيء لازم تعملو من قبل هوي تطبخ، تهتمّ بالبيت، وتربّي هل الاولاد، هلئ صار عندا “كرّير”، يلي هو شي ضروري لتنمية المرأة من الناحية الفكرية والشخصية.

Au 21ème siècle, Laila a beaucoup plus d’exigences que dans le passé. Auparavant, tout ce qu’on attendait d’elle, c’était de cuisiner,de s’occuper de la maison et d’élever les enfants. Aujourd’hui, elle a sa propre carrière qui est très importante pour son développement intellectuel et personnel.

Assaad a participé en écrivant un poème intitulé “بلادٌ تغتال الحب..”(Les pays qui tuent l’amour) :
<

أينَ للحبّ أن يعيش في بلادٍ تحترفُ قتل المشاعِر..
أينَ لعِصفورينِ أن يغرّدا سويّة..
بين قضبانٍ تملء البيوت والقصور والأكواخ.. والمحاكم والمخافِر..
في بلادٍ صار فيها الحبّ حراماً ..
وليس للعشقِ فيها سبيلاً سوى أن يُهاجِر..
بلاد تتزوّجُ نساؤها قسراً، وتنجب قسراً..
وتعيش في عبوديّة الزوجيّة قسراً… ولا تُكابِر..

[…]

Où donc peut fleurir l’amour dans des pays qui oppriment les sentiments
Où donc peuvent chanter deux oiseaux ensemble…
Derrière les barreaux dans les maisons, les châteaux, les cabanes, les tribunaux et les postes de police
Dans des pays où l’amour est considéré comme un péché
Où la passion n’a d’autre choix que de s’en aller
Dans des pays où les femmes se marient et enfantent malgré elles
Des femmes traitées comme des esclaves dans leur mariage…et qui ne se plaignent pas…

[…]

Ms. Tee a choisi de donner à ses lecteurs une recette pour que Laila la Libanaise puisse donner à ses enfants la nationalité libanaise, au cas où elle épouserait un non-Libanais :

Par un hasard du système, je suis une des rares femmes libanaises qui vivent seules. Il y a quelques années, je discutais avec une amie sur comment maintenir cette indépendance institutionnelle si j’épousais un Libanais. Finalement, je ne l’ai pas fait. Aussi, aujourd'hui, je vous offre la solution générique que nous avions trouvée pour mon nouveau problème :  comment donner la nationalité libanaise à mes futurs enfants.

Sur Nuits Libanaises, Layal explique que la société ne trouve jamais la femme assez bien, même si elle travaille très dur, juste parce qu’elle est une femme. Elle blâme les femmes également d’accepter cette réalité et de ne pas croire en elles-mêmes :

Ce n’est pas seulement moi. C’est ce que chaque femme endure dans cette société dominée par les hommes. Le problème est que la plupart des femmes acceptent l’idée qu’elles ne sont pas assez capables. Elles acceptent d’être traitées comme des objets ou même des esclaves sexuelles. Et elles élèvent leurs filles avec cette mentalité !

Vous pouvez voir les contributions d’autres pays à cette initiative en consultant le site web de l’initiative, ou suivre le compte @KolenaLaila sur Twitter et/ou la page de Laila sur Facebook.

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