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Chili : Le tremblement de terre révèle les inégalités sociales

Le tremblement de terre du 27 février dernier au Chili [en français] a laissé  2 millions de personnes sans abri, a fait officiellement 497 morts [en espagnol] et a causé 30 milliards de dollars US de dégâts matériels [en anglais]. Dans l'anarchie qui a suivi le tremblement de terre, les Chiliens se sont cependant posés une nouvelle question : la société au Chili est-elle juste ?

Après le séisme, la majorité des Chiliens se sont entraidés, ont soutenu leurs voisins dans le besoin, ont partagé les surplus de nourriture et contribué très généreusement au Téléthon organisé pour les rescapés [en anglais]. Néanmoins, une petite minorité a pillé des biens de consommation, cambriolé des logements et volontairement mis le feu à des grands magasins [en français] bien que le gouvernement chilien ait autorisé la population à se servir de denrées alimentaires de base comme le lait, la nourriture pour bébés, le pain et la farine.

Photo of empty supermarket in Concepción by heedmane and used under a Creative Commons license.

Photo de heedmane d'un supermarché vide à Concepción, sous licence Créative Commons

Les chaines de télévision chiliennes ont couvert ces informations de façon relativement exacte [en espagnol comme tous les liens suivant, sauf mention contraire] et les Chiliens ont pu voir des images des pilleurs emportant des écrans plasma, des frigidaires et des lecteurs de DVD. Ces images d'actes de délinquances et de pillages, particulièrement de pillages de denrées non essentielles, sont à l'origine d'un débat national sur les inégalités sociales et économiques au Chili.

Dans un article intitulé “De quel bois sommes-nous faits ?“, Ricardo Carbone, blogueur, professeur, et directeur du Centre pour la pensée sociale et l'action à l'université Alberto Hurtado, soutient que le séisme a dévoilé de graves problèmes sociaux et fait tomber les façades et les apparences de la société chilienne. Dans l'extrait suivant, Ricardo Carbone fait référence à ceux qui ont pillé des denrées non essentielles et aggravé une situation déjà difficile :

…al igual que en los edificios que cayeron, la fachada era de ciudadanos bien formados y conectados con el mundo y el consumo, pero el interior no estaba soportado por valores sólidos ni principios fuertes. Rápidamente y ante la primera dificultad corrieron a tomar lo que pudieron.

…comme les bâtiments qui se sont écroulés, la façade [des Chiliens] était celle de citoyens cultivés, connectés avec le reste du monde et sa consommation à outrance mais qu'à l'intérieur, ils restaient attachés à des valeurs solides et des principes forts. Rapidement, dès que les problèmes ont commencé, ils se sont empressés de prendre ce qu'ils pouvaient.

Le blogueur encourage les Chiliens à non seulement reconstruire les infrastructures, mais également à renforcer leur valeurs qui permettraient de construire une société meilleure, moins inégalitaire.
Il demande également aux lecteurs :

¿podemos esperar algo distinto en un sistema que genera segmentación y exclusión social?, ¿es el producto de una sociedad que obliga a competir y arreglárselas solo?

Pouvons-nous espérer quelque chose de différent dans un système qui génère la ségrégation et l'exclusion sociale ? Est-ce le produit d'une société qui impose la compétition et vous oblige à vous débrouiller tout seul ?

La plupart des lecteurs de ce blog soutiennent l'idée selon laquelle le Chili doit se concentrer sur l'éducation et l'apprentissage des valeurs, comme par exemple Alejandra Muñoz :

Se nos rompio la burbuja y duele ver la verdad. Ahora hay que entenderla, asumirla y trabajar por recontruir nuestros edificios y nuestra sociedad. Se puede perdonar, pero no podemos olvidar lo que ha pasado, ya que habra una proxima vez y no nos puede pillar sin aprender de lo errores.

Notre bulle a explosé et la vérité blesse. Maintenant, nous devons le comprendre, l'accepter et travailler pour la reconstruction de nos bâtiments et de notre société. Nous pouvons pardonner, mais nous ne pouvons pas oublier ce qui s'est passé, car il y aura une prochaine fois et nous ne pouvons pas nous faire attraper sans apprendre de nos erreurs.

De nombreux Chiliens reconnaissent que le système d'enseignement public n'a pas réussi à offrir des chances égales à tous les Chiliens, mais les pillages ne s'expliquent pas uniquement par un manque de “valeurs fortes” pour eux.

Coyuntura Política, un blog chilien, a publié l'article Le séisme et les fractures du Chili de José Aylwin, co-directeur de Observario Ciudadano, une association de défense des droits de l'Homme à but non lucratif, qui se trouve dans la région d'Araucanía.  Au sujet des pillage, José Aylwin écrit :

Tales saqueos, al menos en algunos casos, encuentran su explicación en la percepción de injusticia que existe en sectores de la población que, en momentos de emergencia como este, consideran válido vaciar los estantes de las grandes tiendas y supermercados que, con el aval del estado, han acumulado riquezas a sus expensas, mientras ellos permanecen empobrecidos.

Ces pillages, du moins certains, trouvent leur explication dans le sentiment d'injustice qui existe dans certaines couches de la population pour lesquels, dans un cas d'urgence comme celui-ci, il serait légitime de vider les étalages des grands magasins et des supermarchés qui ont fait fortune  à leur dépends avec le soutien de l'État, alors qu'ils sont toujours pauvres.

Dans l'article Dégâts collatéraux, Patricio Navia, blogueur et professeur, explique que lors de catastrophes naturelles similaires dans d'autre pays, des troubles avaient également eu lieu. Selon lui, le gouvernement est responsable :

De haber actuado en consecuencia con el discurso de la normalidad democrática y asumiendo como realidad las repetidas arengas sobre el buen funcionamiento de nuestras instituciones, Michelle Bachelet hubiera tomado las medidas necesarias- incluido el envío de tropas a las zonas afectadas- para asegurar la paz y el orden … mucho antes de que las imágenes de saqueos y pillajes se hayan convertido en parte dolorosa -y evitable- de esta tragedia que enluta al país en su bicentenario.

Si Michelle Bachelet avait agi conformément à la rhétorique de la normalité démocratique, et pris au sérieux les nombreux discours passionnés sur le bon fonctionnement de nos institutions, elle aurait pris les mesures nécessaires, y compris le déploiement des troupes, afin d'assurer la paix et le calme… bien avant que les images de pillages et de vols deviennent un épisode douloureux et évitable de cette tragédie qui a terni l'image de notre pays à l'occasion de la célébration de son bicentenaire.

Sur le blog Humanisme et Connectivité, Andrés Schuschny a publié un article intitulé Séisme. Il parle ainsi des pillages :

Es terrible como una catástrofe natural desenmascara el rostro de la desigualdad de un país cuyos dirigentes no quieren asumirla. Porque, por ejemplo, si el 10% de los ingresos del cobre se hubieran, hace años, destinado a la educación pública y los servicios sociales (deudas siempre pendientes en la región) y no a incrementar los presupuestos militares, las compras de armamento sofisticado y el pasaporte a vidas de lujo por parte de los militares de alto rango, tal vez otra sería la historia y los “comunicadores” del sistema no estarían ahora refiriéndose “al LUMPEN” como una caterba de extraterrestres desbocados que afloran sin razón.

C'est terrible comme une catastrophe naturelle peut dévoiler le visage de l'inégalité dans un pays où le gouvernement refuse de l'accepter. Car, par exemple, si 10 % des revenus provenant de l'exploitation du cuivre avaient été investis depuis longtemps, dans l'enseignement public et les services sociaux (la région est toujours endettée) et non pour augmenter les budgets de l'armée, acheter des armes sophistiquées et un passeport pour une vie de luxe pour les membres hauts placés de la milice, peut-être que les “communicateurs” de notre système ne feraient pas référence au lumpen prolétariat (classe sociale la plus basse) comme à une horde d'aliens incontrôlables qui ont fait surface sans raisons apparentes.

Le Chili, grâce à une économie prospère et en croissante au cours des dernières décennies, est considéré comme un pays avec un “important développement humain” par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Néanmoins, les inégalités de la redistribution des revenus du pays font ombre à cette croissance économique. D'après les données du rapport sur le développement humain 2009 du PNUD (format pdf) [en anglais], le Chili est classé 124ème sur 147 pays  dont on connait le coefficient de Gini [en français] (mesure utilisée pour calculer le degré d'inégalité de la distribution des revenus), alors qu'il est classé 44ème en termes de développement humain.

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