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Pérou : La grâce de José Enrique Crousillat

La confusion engendrée par ses derniers développements a poussé le gouvernement péruvien à revenir sur la grâce accordée à l'ancien homme d'affaires du secteur des médias José Enrique Crousillat. Cette décision a conduit M. Crousillat à se cacher, et certains pensent qu'il aurait déjà quitté le pays. M. Crousillat et son fils étaient actionnaires et membres du conseil d'administration de la chaîne de télévision América TV [en anglais] durant les années 1990.

Lors du scandale des vidéos [en anglais], où l'on pouvait voir l'ancien chef des services de renseignements du Pérou, Vladmiro Montesinos, en train de donner des pots-de-vin en échange d'un traitement médiatique favorable, José Enrique Crousillat et sa chaîne avaient été accusés de recevoir de l'argent en contrepartie d'une couverture médiatique favorable de la campagne électorale de l'ancien président Alberto Fujimori [en français] Il avait alors fui le pays, avait finalement été arrêté puis extradé au Pérou, où il fut jugé et condamné à de la prison ferme.

Le palais du gouvernement péruvien. Photo de martintoy sous license Creative Commons.

Le palais du gouvernement péruvien. Photo de martintoy sous licence Creative Commons

Alors que sa peine devait prendre fin en 2014, il a été question en novembre 2009 de le gracier pour raison humanitaire, car il se plaignait de problèmes cardiaques. Le 11 décembre, M. Crousillat a été gracié par le président Alan García [en français] et libéré le jour même. Cela a déclenché une série de réactions divergentes.

Après sa libération, M. Crousillat a fait part de son intention de reprendre le contrôle de son ancienne chaîne de télévision. Mais ce qui retourné l'opinion publique contre lui ont été les photographies le montrant dans un club de vacances privé et dans un café du quartier bourgeois de Miraflores. Elles étaient la preuve que M. Crousillat n'était pas mourant, comme on le prétendait.

Sous la pression des médias et face à la colère des Péruviens, le président Alan García a fait appel de la grâce. Cette grâce, dont la récente révocation a poussé M. Crousillat à se cacher, avait été accordée sur la base de preuves peu crédibles fournies par le ministre de la Justice Aurelio Pastor, depuis démis de ses fonctions par M. García. Premier homme politique à faire les frais de cette affaire, l'ancien ministre Aurelio Pastor, avant d'être démis, ou, selon les termes du gouvernement, “d'avoir démissionné”, avait déclaré qu'un groupe économique cherchait à le “crucifier” [ce lien et les suivants sont en espagnol]. Après son départ, il a laissé ce message sur son profil Facebook.

Ces événements rappellent des souvenirs à certains citoyens, comme au blogueur de Plan H, qui fait preuve de sarcasme :

Esta historia me parece haberla escuchado antes. Un presidente que sale ante cámaras, proclama ante el país que el otro hombre es un peligro nacional y que ha dañado la imagen del país, además de ser un corrupto. El presidente lo declara enemigo numero 1 y posteriormente se lanza en su captura,.. esto se repite en las mismas circunstancias que hace 9 años, cuando Fujimori, aterrado por los reveladores vladivideos, salió a la “caza” de Montesinos en una patético demostración de la poca dignidad que le quedaba a ese gobierno. Ahora, reemplaza la palabra Fujimori por Alan y Montesinos por Crousillat y tenemos lo mismo.

Je crois avoir déjà entendu cette histoire. Un président se présente devant les caméras et déclare à la nation que l'autre personne est un danger national et qu'il a causé du tort à l'image du pays, en plus d'être corrompu. Le président le déclare ennemi numéro 1 puis le recherche pour l'emprisonner… cela s'est produit dans les mêmes circonstances il y a 9 ans, lorsque Fujimori, mis à mal par les révélations des vladivideos (des vidéos montrant Vladmiro Montesinos en flagrant délit de corruption), a fait la chasse à Montesinos dans une manifestation pathétique du peu de dignité qu'il restait au gouvernement. Maintenant, remplacez le nom de Fujimori par Alan (García) et Montesinos par Crousillat et vous obtenez la même histoire.

Cependant, tous les blogueurs n'ont pas pris la chose avec humour, et au mois de décembre 2009, Silvio Rendón sur le blog Gran Combo Club avait donné son opinion sur le dangereux et douteux précédent que la grâce avait créé :

El monto de reparacion civil que debe al estado quedo “sin efecto”. Después el estado se queja de que no hay dinero para pagar las reparaciones de derechos humanos. … A este paso sólo falta indultar a Fujimori. La puntada es con hilo: García prepara indulto a ex dictador Fujimori.

Le montant des réparations civiles qu'il doit à l'état est désormais “nul”. Alors que l'état s'était plaint du manque d'argent pour payer les sanctions financières infligées suite aux atteintes aux droits de l'homme… A ce rythme, il n'y a plus qu'à gracier Fujimori. On peut imaginer le scénario suivant : García se prépare à gracier l'ancien dictateur Fujimori.

Victor Liza Jaramillo du blog Metiendo la Pata fait part d'une opinion similaire :

Todo esto transcurrió en una semana que acaso, en opinión del que suscribe, es la más vergonzosa que ha vivido este régimen. Incluso más que cuando ocurrieron hechos como los “petroaudios” y el “baguazo”. Porque estas idas y venidas reflejan algo más que sentirse “burlado”, además de una tremenda descoordinación. Reflejan, sin duda alguna, que el gobierno buscaba algo más, y que esta rectificación tardía es una vergüenza para el país. Es un pésimo precedente, tanto en materia jurídica como la política.

Selon moi, tout cela s'est produit au cours de . C'est même plus embarrassant que les scandales “petroaudios” et “baguazo“[NdT : affaires de corruption]. Ce qu'indiquent ces atermoiements va au-delà du simple sentiment d'être “berné”, ou d'un extraordinaire manque de coordination. Cela montre, sans aucun doute, que le gouvernement aspirait à quelque chose de plus important, et que cette révocation tardive est embarrassante pour le pays. Il s'agit d'un terrible précédent, à la fois judiciaire et politique.

Juan Sheput, homme politique et blogueur sur Mate Pastor rend directement responsable de cette débâcle le président Garciá :

El doctor Alan García ¿habría procedido a revocar el indulto sin la presión e indignación ciudadana? No, por supuesto que no. A pesar de que sus compañeros de partido afirmen que ha sido “sorprendido” yo pienso que no es así. Si se indultó a José Enrique Crousillat fue porque había una decisión política en ese sentido, y el hasta ahora ministro Aurelio Pastor fue un eficiente operador…. los esfuerzos de dos gobiernos anteriores, el de Valentín Paniagua y de Alejandro Toledo, en materia de lucha contra la corrupción, han involucionado. Hoy se hace lo posible por deteriorar la institucionalidad y ser permisivo con la corrupción.

Le président Alan García aurait-il révoqué la grâce sans toute cette pression et la colère des citoyens? Non, bien sûr. Même si les membres de son parti se sont déclarés “surpris” je ne pense pas que c'était le cas. Si José Enrique Crousillat a été gracié, c'est à cause d'une décision politique, et jusqu'à maintenant le ministre Aurelio Pastor était un exécutant efficace… Les efforts pour lutter contre la corruption des deux précédents gouvernements, ceux des anciens présidents Valentín Paniagua and Alejandro Toledo, ont subi un revers. Aujourd'hui, il est possible de déshonorer les institutions et de tolérer la corruption.

Le fameux et controversé ex-chef de la Direction Nationale Contre le Terrorisme (DINCOTE en espagnol), le colonel Benedicto Jimenez, expose sur son blog El Pacificador sa perception des événements et l'implication des groupes de médias :

Cuando el Grupo Plural (El Comercio y La República) sintió que sus intereses eran amenazados, soltaron los “perros de presa” o “seudos” investigadores periodísticos para husmear, perseguir, ubicar, fotografiar, filmar o seguirle los pasos a José Enrique Crousillat , personaje que cometió el error de sentirse invencible, intocable, soberbio, tal vez, confiaba en que nunca iba a ser tocado porque el indulto es irrevocable o se sentía seguro y confiado porque cuenta con grabaciones sobre la negociación del indulto … porque existe la sospecha que el indulto no cayó por gracia del Espíritu Santo que se apiadó de un septuagenario próximo a morir y que debía pasar sus últimos días en compañía de sus seres queridos. Desde ese momento, dos grupos económicos se han declarado la guerra y los ciudadanos miran impávidos como se destrozan o atacan los dueños del país para hacerse dueño de América TV. Por un lado está el Grupo Plural, por otro lado, el grupo económico que representa José Enrique Crousillat

Quand le Groupe Plural (propriétaires de El Comercio et La Republica) ont compris que leurs intérêts étaient menacés, ils ont lâchés les “chiens” ou de “pseudo” journalistes d'investigation pour fureter, chasser, localiser, photographier, filmer ou suivre José Enrique Crousillat qui a commis l'erreur de se croire invincible, intouchable, d'être arrogant. Il était peut-être persuadé qu'il ne serait jamais atteint car une grâce est irrévocable, ou  alors, il se sentait en sécurité et en confiance car il possédait des enregistrements vidéos des négociations de sa grâce… parce qu'il est clair que la grâce n'est pas arrivée par l'action du Saint Esprit qui aurait eu pitié d'un septuagénaire proche de la mort qui, de fait, devrait passer ses derniers jours avec ses proches. Depuis lors, deux groupes économiques se sont déclarés la guerre et les citoyens les regardent, impassibles, détruire ou attaquer les propriétaires du pays afin de devenir les maîtres de la chaine América TV. D'un côté, nous avons le Groupe Plural, de l'autre le groupe économique qui représente José Enrique Crousillat.

L'affaire est toujours en cours car sont attendus les résultats de la plainte déposée de M. Crousillat, même si elle a été déclaré irrecevable par une décision de la ville de Motupe, dans le nord du pays, car elle était établie sur la base d'un certificat de domicile invalide. L'avocat de M. Crousillat a été accusé de cacher son client. En attendant, il se dit que José Enrique Crousillat pourrait demander la restitution de sa grâce en recourant à l’habeas corpus [en français]. Un groupe Facebook a été créé, appelé : “Avis de recherche : Crousillat” qui compte déjà plus de 1300 membres.

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