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Soudan : Le Bon, la Bête et le Truand

Le 11 avril 2010, les citoyens soudanais sont allés aux urnes pour la première fois depuis 24 ans. Une génération entière née, élevée et diplômée sous le règne d'un même régime totalitaire a pu exprimer son suffrage.

Les élections soudanaises doivent paver la route à un référendum en 2011 au Sud-Soudan, qui pourrait redessiner les frontières du pays le plus vaste d'Afrique.

Allons ensemble voir ce qui se passe au Soudan en compagnie des blogueurs du pays et de la diaspora [les liens sont en anglais].

Dans son billet En observant les élections au Soudan, Fatma Naib écrit :

Le scrutin était supposé démarrer à 8 h heure de la Mecque. Je suis arrivée à un bureau de vote au centre de Khartoum, où le vote a commencé avec plus d'une heure de retard.

Mais le retard n'a guère assombri la ferveur de plusieurs femmes d'une soixantaine d'années, qui attendaient avec impatience le commencement des opérations de vote.

J'ai demandé à quelques-unes d'entre elles ce qu'elles ressentaient. Khadija, 63 ans, a dit qu'elle était excitée et que ceci est son “droit” de Soudanaise. J'ai remarqué qu'il y avait un grand nombre de femmes âgées et de militaires venus voter de bonne heure.

Au bureau de vote, elle a remarqué ceci :

Je n'ai pas vu beaucoup de jeunes de la tranche d'âge 18 à 35 ans. Peut-être cela changera-t-il dans les prochains jours.

Les opérations ont été suivies par des observateurs locaux et internationaux. Le Centre Carter était là, et Jimmy Carter, l'ancien président des Etats-Unis, est venu voir le déroulement des élections. Interrogé sur ce qu'il pensait des procédures électorales, il a dit que tout paraissait “en ordre”.

Un membre du collectif “Girifna” (ce qui veut dire “nous en avons marre”) déclare 

J'ai voté pour la première fois de ma vie aux premières élections soudanaises en 24 ans. Le premier suffrage que j'aie jamais exprimé l'a été dans une élection qui était truquée et fixée d'avance. Je me suis demandé si je devais même voter, car tous les candidats d'opposition s'étaient retirés, et il y avait tant de preuves de tricherie pendant la période d'inscription et jusqu'au scrutin, que cela paraissait sans intérêt. J'ai quand même voté, en partie parce que mon candidat était toujours sur le bulletin de vote malgré son retrait, et parce que je voulais exercer mon droit de voter contre le Président Bachir et le Congrès National (NCP) au pouvoir.

Girifna demande aux missions d'observateurs de cesser d'accorder de la crédibilité aux élections du Soudan :

Les missions d'observateurs internationaux ont été jusqu'à présent l'objet de sévères intimidations. Le gouvernement soudanais a étrillé le Centre Carter après la publication de son rapport du 17 mars 2010 qui détaillait des violations notables dans les opérations électorales à tous les stades, y compris la fraude et la répression des libertés d'expression et autres. Le rapport décrivait aussi les inégalités dans la compétition entre les partis politiques et l'accès aux médias, proposant des conseils techniques pour permettre à la Commission électorale nationale degérer le processus électoral. Depuis lors le gouvernement soudanais a menacé en de multiples occasions à plus grande échelle tous les groupes d'observateurs internationaux. Le 22 mars, le président Omar al Bachir a publiquement menacé de couper le nez et les doigts des internationaux qui “s'ingèrent dans les affaires intérieures” et endossent tout retard dans les élections. Il a réitéré cette menace le 5 avril sur Jazeera State. Les menaces contre les acteurs internationaux qui s'ingèrent pour s'opposer à tout report du scrutin—comme par exemple, l'émissaire spécial des Etats-Unis— sont notablement absents.

Dans le même texte, le collectif argue que les observateurs internationaux sapent le travail des observateurs locaux :

Cet acquiescement implicite des missions d'observateurs internationaux face à la répression grandissante mine aussi les tentatives des observateurs locaux du pays pour surveiller le processus. Aujourd'hui, par exemple, un certain nombre d'organisations locales, toutes reconnues internationalement comme experts indépendants de la société civile, ont été sommairement informées qu'elles ne seraient pas autorisées par la NEC à participer comme contrôleurs des élections. La NEC a refusé de fournir soit une copie écrite de cette résolution soit les motifs de la décision. Le silence contribue au climat de peur et d'insécurité qui se déploie autour des élections, ajoutant à la fois à l'appréhension et à la probabilité de la violence et d'une plus grande répression.

Sudan Tribune est d'avis que la présence d'observateurs internationaux au Soudan sert les intérêts du Parti National du Congrès (NCP) au pouvoir.

BlackKush conclut que l'ensemble du processus va s'avérer une imposture :

Si les élections ne vont pas être libres et équitables dans le Nord, comment cela sera-t-il dans le Sud ? Est-ce que ce ne sont pas les mêmes élections, les mêmes bulletins et la même NEC ? Quand il n'y a pas d'explications, les théories du complot abondent et j'aime ce que j'entends, parce que ça va avec ce que je crois depuis longtemps qu'il va arriver : que le SPLM donne le Nord Soudan au NCP et que le NCP donne le Sud-Soudan au SPLM. Voilà ce que seront les résultats des élections, chacun assurant sa mainmise sur le pouvoir. Et les partis d'opposition n'ont qu'à aller au diable.

L'opposition a déjà flairé cela et a déclaré que le SPLM avait conclu un pacte avec le NCP. Ont-ils raison ? Il se peut. Bachir a menacé de reporter le référendum crucial au Sud en 2011 si le SPLM se retire complètement des élections ou demande un report. Pour le SPLM, 2011 compte beaucoup plus que les élections.

Et pour finir, Sudan Thinker s'interroge sur le rôle des USA dans ces élections historiques :

Pourquoi l'émissaire américain au Soudan et Jimmy Carter paraissent-ils exprimer un avis plutôt optimiste, bien que prudent sur l'événement ? Eh bien, pour répondre, il faut d'abord noter que l'administration américaine a pris une position contraire à celle des partis d'opposition au Soudan.

Alors que beaucoup, dans l'opposition, voulaient que les élections soient reportées, les USA ont insisté qu'elles se poursuivent comme prévu, sans tenir compte des boycotts et menaces de nouveaux boycotts par l'opposition. ceci parce que l'Amérique voit l'événement historique dans le cadre plus vaste et plus important dans lequel il a lieu : la mise en oeuvre de l'Accord de paix global, qui a des étapes et une chronologie déterminées pour conduire au référendum du Sud-Soudan en janvier 2011.

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