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Uruguay : la marche silencieuse en mémoire des victimes de la dictature

Chaque 20 mai, depuis 15 ans, les Uruguayens se rassemblent à Montevideo pour participer à une marche silencieuse à la mémoire des disparus pendant la période de la dictature militaire, de 1973 à 1985. La marche est organisée par l'association Mujeres y Familiares de Detenidos Desaparecidos (Épouses et familles des prisonniers disparus). Cette année, une vidéo a été produite [en espagnol, comme tous les liens suivant] où un orateur explique l'origine de la marche et les objectifs de l'association :

persigue los objetivos de verdad, justicia, memoria y nunca mas terrorismo de estado.

elle poursuit la recherche de la vérité, de la justice et de la réhabilitation de la mémoire des disparus, de manière à ce qu'il n'y ait plus jamais un terrorisme d'état.

Photo prise pendant une marche silencieuse précédente. La banderole "Nous choisissons la mémoire", Photo de l'utilisateur de Flickr Xanti Revueltas utilisée sous licence Creative Commons

Rosa Zarina Loureiro Malán écrit sur son blog Mburucuya :

Esta Marcha recuerda los asesinatos enigmáticos ocurridos y se reclaman datos sobre más de 200 personas Desaparecidas – acaecidos en el Uruguay – en tiempos de la Dictadura. Para sanar las heridas de nuestro pueblo, tienen que ser aportadas a la población, las: Informaciones Necesarias, para que tomen conocimiento de ellas todos los uruguayos

La marche commémore les meurtres non résolus qui ont eu lieu et elle exige des informations sur les plus que 200 personnes disparues – en Uruguay – pendant la dictature. Pour guérir les plaies de notre peuple, la population doit être informée : des informations pour que tous les Uruguayens sachent ce qui s'est passé.

Les blogueurs uruguayens en faveur de la marche ont écrit des billets expliquant sa signification en faisant allusion à la situation actuelle des familles de disparus, toujours à la recherche de justice. L'année dernière, un référendum sur l'annulation d'une loi garantissant l'impunité aux criminels de la dictature a échoué, provoquant la colère de nombreux Uruguayens et la perte de confiance dans le système législatif. Le président actuel, José Mujica — qui a souffert personnellement des atrocités de la dictature — a aussi suggéré la libération des officiers de l'armée actuellement détenus pour avoir participé à la dictature, et qui sont âgés maintenant de plus de 70 ans.
Le blog Uruguay Antinatural a publié plusieurs billets sur la marche. Un article intitulé “Esto Continúa”[Ça continue] décrit la marche de cette année et sa signification :

Había expectativa. Prometía ser multitudinaria. Y lo fue. Cuadras y cuadras de personas caminando en silencio, para no callar. Pero, sobre todo, fue diferente. Las personas así lo sintieron. Fue la primera Marcha del Silencio después del fracaso del plebiscito por la nulidad de la Ley de Caducidad. Y la primera después de que el presidente José Mujica (que acompañó la caminata durante dos cuadras) hablara de reconciliación. De unidad nacional. De convivencia. Pero sin consultar a las víctimas, se quejaban.

Decían que la multitud era una señal de que no se perdió la batalla. De que todavía se puede anular. Decían que la multitud es la reafirmación de que no hay derrota y una señal de que hay que seguir luchando contra la impunidad. Decían que esa multitud era dolor y que las respuestas para ese sentimiento habrá que construirlas entre todos. Y decían que todavía quedan marchas. Hasta que haya verdad. Hasta haya justicia. Algo que quizás muchísimas personas que ayer marchaban no lleguen a ver. Por el tiempo, por los años de lucha.

Il y avait beaucoup d'attentes. Elle promettait d'être massive. Et ce fut le cas. Des groupes et des groupes de personnes qui marchaient en silence, d'une manière qui ne pouvait être plus silencieuse. Mais surtout, c'était différent. C'est ainsi que la foule le percevait. C'était la première Marche silencieuse après la défaite du référendum sur l'annulation de la loi d'amnistie. Et c'était la première après que le Président Jose Mujica (qui a marché avec le cortège le temps de parcourir deux pâtés de maisons) ait parlé de réconciliation. D'unité nationale. Mais sans consulter les victimes, leurs plaintes.

La mobilisation d'une grande foule a été le signe que la lutte n'était pas perdue. Elle signifiait que la loi pouvait encore être modifiée. La forte participation était une réaffirmation qu'il n'y avait pas eu de défaite et que nous devions continuer la lutte contre l'impunité. Elle a témoigné de sa douleur et que les réponses à ce sentiment devait encore être trouvées, ensemble. D'autres marches auront encore lieu. Jusqu'à la vérité. Jusqu'au triomphe de la justice. Quelque chose que probablement beaucoup parmi les participants à la marche d'hier ne verront jamais.

Image intitulée "ils sont quelque part" prise pendant la dernière Marche silencieuse. Photo de l'utilisateur de Flickr Pachakutik utilisée sous licence Creative Commons

Ivonne Leites espère sur le blog El Polvorín qu'une marche pour demander la justice n'aura pas lieu l'année prochaine et que des mesures pour se débarrasser de la “loi de l'impunité”  auront été prises :

No olvidamos ni perdonamos a los asesinos de ayer, pero tampoco nos congraciamos con los traidores de hoy. Ojala que el próximo año no sea necesaria la marcha, ojala que el mayo del 2011 nos encuentre con esta ley caduca ya anulada. Pero si llega mayo y nos encuentra igual que hoy, ojala que decidamos quebrar el silencio… que ya va siendo hora.

N'oublions pas et ne pardonnons pas aux assassins d'hier, mais n'aidons pas les traitres d'aujourd'hui. Espérons que l'année prochaine la marche ne sera pas nécessaire, j'espère qu'en mai 2011 cette loi aura été annulée. Mais si le mois de mai de l'année prochaine nous trouvait dans la situation actuelle, j'espère que nous déciderons de briser le silence… Il est temps maintenant.
Victoria, une Uruguayenne âgée de 21 ans a publié le poème Desparecidos (Les disparus) du poète uruguayen Mario Benedetti sur son blog. Le blogueur Master of Puppetz a commenté le billet de Victoria en écrivant :

Ojalá me equivoque, pero tengo tan poca esperanza en que algún día sabremos que pasó con todas estas personas. Ayer participé en mi ciudad junto con mi madre (que tiene un tío desaparecido) de la marcha en cuestión. Solidaridad, dolor en algunas caras, una mezcla de feas sensaciones se veía en las caras de algunas personas, espero se sepa algún día, de corazón, lo dudo.

Eso si, que esto NUNCA MÁS suceda

J'espère me tromper, mais j'ai si peu d'espoir de jamais découvrir ce qui est arrivé à toutes ces personnes. Hier, j'ai participé à la marche dans ma ville avec ma mère (un de ses oncles a disparu). De la solidarité, de la douleur sur quelques visages, un mélange de sentiments pénibles se lisaient chez certaines personnes. J'espère qu'un jour nous saurons la vérité, mais dans le fond de mon cœur, j'en doute.

Une chose est sûre : PLUS JAMAIS ÇA!

L'Uruguay est l'un des pays d'Amérique latine qui se bat encore pour traduire devant la justice les auteurs de crimes et de violations des droits humains durant les périodes de dictature. Comme les parents des disparus vieillissent, de nombreuses personnes craignent que les plus jeunes  ne soient plus aussi actifs pour demander justice ; cependant, les plus de 10 000 manifestants de tous les âges qui ont défilé cette année – selon la presse nationale — et l'intérêt de jeunes blogueurs comme Victoria montrent que le combat pour la justice en Uruguay ne s'achèvera pas de sitôt.

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