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Malawi : réactions du monde entier après la condamnation d'un couple homosexuel

[Mise à jour : le Président du Malawi a modifié le jugement initial et les deux hommes ont été libérés. Lien (en anglais)]

Au lendemain de la dernière Journée internationale contre l'homophobie [en anglais comme tous les liens de ce billet], un tribunal du Malawi a condamné un couple homosexuel à 14 ans de prison.

Le couple homosexuel, Steven Monjenza et Tiwonge Chimbalanga, a fêté ses fiançailles le 27 décembre dernier. Il sont été immédiatement arrêtés et emprisonnés. La mise en liberté provisoire sous caution leur a été refusée pour des raisons de sécurité. Ils ont été contraints à subir une expertise psychiatrique ainsi qu'un examen médical, obligatoire afin d'entériner les accusations de sodomie.

D'après le Nyasa Times, ils ont été déclarés coupables de “délit contre nature” (Article 153) d'homosexualité et de “pratiques indécentes entre personnes de sexe masculin” (Article 156) du Code pénal du Malawi, un jour après que le Malawi ait été qualifié de centre d'intérêt par les organisateurs de la FIDH.

Le tribunal de première instance de Blantyre déclaré coupable le couple Steven Monjenza, 26 ans, et Tiwonge Chimbalanga, 20 ans, pour délits d'homosexualité.

Le juge d'instruction Nyakwawa Usiwa Usiwa a rendu un jugement de culpabilité envers les deux hommes mardi dernier.

Les deux adultes de sexe masculin on été arrêtés le 27 décembre dernier, après avoir célébré leurs fiançailles de façon publique et traditionnelle, ce qui n'avait jamais été effectué par un couple du même sexe auparavant.

Selon  le blog African Activist, non seulement la liberté provisoire sous caution leur a été refusée, mais ils ont également été humiliés durant leur procès et Tiwonge, malade, a par exemple été forcé à nettoyer ses déjections. Ils auraient été placés en détention pour des raisons de sécurité, le juge ayant déclaré qu'ils étaient plus en sécurité en prison qu'à l'extérieur.

En plus de l'humiliation des examens médicaux obligatoires, le couple aurait été humilié à plusieurs reprises lors du procès, y compris par des membres du public et ont été forcés à nettoyer des vomissures quand l'un d'entre a été malade. Depuis leur arrestation, ils ont placés dans la Prison Chichiri à Blantyre en “détention protégée”, bien qu'ils aient affirmé, ainsi que leurs avocats, qu'ils étaient en danger en prison. La liberté provisoire sous caution leur a été refusée à tous les deux, une décision qui a été condamnée par la Société du droit du Malawi (Malawi Law Society). La Société du droit du Malawi a déclaré dans une interview : ” Nous estimons que les motivations du refus de mise en liberté provisoire ne sont pas justifiées… C'est comme dire “Gardons-les ici jusqu'à leur condamnation”. Réellement, les raisons pour refuser la mise en liberté provisoire ne sont pas conformes à la Constitution.

Cette affaire a provoqué des réactions très contrastées dans le monde entier. La Commission internationale des droits humains des gays et des lesbiennes (IGLHRC) a écrit une lettre au président du Malawi exprimant sa déception après ce jugement, et particulièrement après ses commentaires homophobes selon lesquels l'homosexualité était “anti-Malawite, diabolique et dégoûtante”, qu'elle était liée à la corruption, la violence, au vol et à la prostitution. La lettre demande au président, en tant que président de l'Union Africaine, d'annuler le jugement et garantir le respect des droits de l'Homme pour tous les Africains :

Le jugement a eu lieu peu de temps après vos commentaires sur l'homosexualité et les récents incidents de harcèlement sur les participants d'une conférence sur l'inclusion des  lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) dans un programme sur le VIH/SIDA. En tant que président du Malawi et président de l'Union Africaine, nous vous demandons d'agir en faveur du respect des droits de l'Homme pour tous les Africains, comme mentionné dans la charte africaine et autres accords locaux, régionaux et internationaux, quels que soit leur orientation sexuelle ou leur sexe. […]

L'IGLHRC regrette que le jugement d'aujourd'hui et vos commentaires ne reflètent pas un engagement profond pour protéger et promouvoir ces garanties, que ce soit au Malawi ou à l'intérieur de l'Union Africaine. Nous vous demandons de proclamer rapidement et de manière publique le respect des droits de l'Homme pour tous les Africains, y compris les homosexuels au Malawi, le droit à la vie privée et aux libertés de rassemblement, d'association, d'opinion et d'expression. Nous vous demandons de prouver votre engagement pour le respect de ces droits en enquêtant sur le harcèlement des participants, conduit par la police, lors de la récente conférence de Liwange, en punissant ces comportements chez des policiers, en libérant et en graciant Messieurs Monjeza et Chimbalanga, et en abrogeant toutes les lois discriminatoires envers la communauté LGBT au Malawi, qui les privent de leurs droits fondamentaux.

Mia Kirshner, présidente de l'association I live here, dont le premier projet a été mené dans la prison pour mineurs de Kachere au Malawi, s'exprime ci-dessous :

Le Malawi est un pays magnifique, riche en culture et diversité. Ce jugement pèsera lourd sur sa beauté et sa richesse.

S'il vous plait. Je demande à la communauté internationale des activistes, aux Nations Unies, aux hommes politiques du Malawi et aux avocats spécialisés dans les droits de l'Homme internationaux de s'exprimer et d'aider ces deux hommes.

Ainsi, les droits des individus seront protégés et il y aura une jurisprudence, afin d'ouvrir la voie aux autres couples pour qu'ils arrêtent de vivre dans la peur.

Pour ma part, je continuerai à travailler au Malawi et je continuerai à parler haut et fort. Personne ne peut m'arrêter.

Je n'abandonnerai pas ce pays car je sais que ces lois draconiennes trahissent la beauté de ce pays que j'aime tant.

D'après Alex Engwete, cette affaire est un signe de la folie qui envahit l'Afrique :

Comme je l'ai toujours dit, les donateurs de l'Occident, qui financent ces gouvernements féodaux et obscurantistes, peuvent agir contre cette folie qui s'étale dans toute l'Afrique comme un feu de forêt : coupez les aides aux républiques bananières…MAINTENANT!

Amnesty International a qualifié le couple de prisonniers d'opinion :

Amnesty International estime que les deux prisonniers d'opinion sont emprisonnés uniquement pour ce qui semble être des relations sexuelles entre personnes de même sexe consentantes, et a demandé aux autorités du Malawi de libérer les deux prisonniers immédiatement.

Anengiyefa fait partie des blogueurs qui attendaient le jugement sur place. Il écrit que le gouvernement du Malawi est incapable de protéger son pays mais prêt à persécuter des homosexuels innocents :

Je rejette la responsabilité sur le gouvernement pour son incapacité à protéger les enfants du pays. Et ce même gouvernement va prendre plaisir à poursuivre et persécuter des homosexuels innocents. J'attends avec impatience le jugement de mardi et ses répercussions si le couple est emprisonné. […]   La Société du droit du Malawi (Malawi Law Society ou MLS), l'organisme professionnel qui regroupe 200 avocats, a exprimé son soutien au couple, déclarant qu'ils n'étaient “pas un danger pour la société” et qu'ils devraient être libérés.  Il s'agit d'un changement radical d'opinion par rapport à il y a quelques mois,  lorsque les avocats avaient déclarés que le couple n'avait pas respecté la loi et devait être présenté devant la justice. Cet exemple est une preuve de l'efficacité des campagnes menées par des activistes pour le respect des droits dans le monde entier.  Depuis le début de cette campagne en décembre 2009, ils n'ont cessé d'insister sur l'injustice évidente de l'incarcération du couple et sur la très faible probabilité d'un procès juste, au regard de l'opinion publique locale, extrêmement hostile.

Tiwonge a remercié le monde entier pour son soutien. Lui et son compagnon ont fait une déclaration dont voici deux extraits qui réduisent au silence :

“J'aime Steven si fort. Si les gens ou le monde ne peuvent pas me donner la possibilité et la liberté de continuer à être son amant, alors, je préfère mourir ici en prison. La liberté sans lui est inutile et n'a pas de sens”.

“Nous avons parcouru un long chemin et même si les membres de nos familles ne sont pas heureux, j'aimerai encore et toujours Tiwonge”.

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