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Japon : le Premier ministre démissionne, vive son successeur !

Affaires de corruption, promesses non tenues, effondrement des coalitions gouvernementales… Ce sont les causes principales qui ont fait plonger la cote de popularité du gouvernement de Yukio Hatoyama à 17% fin mai, conduisant au bout du compte le Premier ministre japonais à la démission [en anglais]..

Peu de jours ont passé depuis qu’il a annoncé sa démission à la nation dans un discours retransmis en direct à la télévision – et perçu par certains comme son « meilleur discours » – dans lequel il déclare, comme sur Twitter un peu plus tard, vouloir  « rétablir un Parti Démocrate du Japon (PDJ) sans reproche ».

Le PDJ est arrivé au pouvoir en septembre 2009 après une victoire écrasante [en anglais] sur le “dinosaure” du Parti Libéral-Démocrate (PLD), le parti conservateur qui a dirigé le Japon durant 40 ans sans discontinuer (avec une pause de courte durée en 1993). Après l’élection d’Obama aux États-Unis, beaucoup de Japonais avaient espéré que le temps du « changement » arriverait au Japon ; mais en quelques mois, les critiques sur le manque de leadership politique de Hatoyama apparaissaient déjà. Lorsque le moment est venu de communiquer la décision finale sur la re-localisation de bases militaires américaines à Okinawa [en anglais], Hatoyama avait dû admettre qu’il ne pouvait rien faire, et son gouvernement est tombé comme un château de cartes.

Seiken Koutai 2: La colère de Kan, par Curzon du Mutantfrog Travelogue. Photo publiée avec l'accord de l'auteur

Brad Rice du blog Japanator récapitule les événements qui ont secoué la politique japonaise ces derniers jours [en anglais] :

Voilà, cela s’est finalement produit : nous avons encore vu un autre Premier Ministre succomber après moins d’un an de fonction. Jamais, depuis Junichiro Koizumi, personne ne semble être capable de faire face aux défis incombant à la gestion du gouvernement japonais.

Huit mois après avoir délogé le PLD du Kôtei (la résidence du Premier Ministre) en incluant les notions « d’espoir » et de « changement » dans son discours, le PDJ s’est rapidement embourbé, problème après problème, le plus controversé sur le plan international étant la relocalisation de la base militaire de Futenma, à Okinawa. Sur le plan national, le règne d’Hatoyama s'est fait couper les jarrets par de nombreuses affaires de corruption et par l'éminence grise Ichiro Ozawa, secrétaire général du PDJ.

Outre les scandales qui ont entaché l’image du PLD, il est dit que la cause première de la démission de Hatoyama est d’avoir échoué à tenir sa promesse et à transférer les bases militaires d’Okinawa dans une autre région, ou même hors du pays.

Esquire exprime des critiques envers l’attitude des médias japonais, qui ont tendance à relayer uniquement les manifestations du mécontentement sans signaler les résultats positifs du gouvernement, lorsqu’il y en a. Le blogueur invite aussi ses compatriotes nippons à prendre leurs responsabilités en tant qu’électeurs, car le gouvernement qui a échoué a été porté au pouvoir par eux.

なぜならば、安倍政権以降、福田、麻生、鳩山とこういった短期政権としてしまっている最大の原因が、マスメディア、ひいては有権者である我々にあることを自覚すべきと考えるからです。
安倍、福田、麻生、鳩山に対し、我々は十分な時間と猶予を与え、それぞれの政権の行った成果の部分を正当に評価してきたでしょうか。

Les médias et nous, électeurs, ne devrions pas oublier que les échecs de ces gouvernements éphémères – ceux de Abe, Fukuda, Aso, et Hatoyama – sont largement à mettre à notre crédit.

Avons-nous réellement pris la bonne mesure des résultats de ces gouvernements, et leur a-t-on donné – à Abe, Fukuda, Aso et Hatoyama – assez de temps pour faire leurs preuves ?

[…]

結局のところ、我々有権者は、「良くも悪くも自分たちが選んだ政権だ」という意識が非常に薄弱です。

Le problème est que les électeurs ont très peu conscience du fait que, pour le meilleur ou pour le pire, ce sont des gouvernements qu’ils ont choisis.

[…]

責任ある有権者になるためには、次の総理が発する発言一つ一つを自分の耳と目で見聞きし、残りの衆議院の任期中にきちんとした成果を出してくれる人物なのかを自分の頭で考えることが必要だと思います。

Pour devenir des électeurs responsables, nous devons voir et écouter avec nos yeux et nos oreilles chaque phrase prononcée par le nouveau Premier ministre. En cette période qui précède les prochaines élections à la Chambre des Représentants, nous devons utiliser nos cerveaux et juger s’il est un élu capable de produire des résultats concrets dans l’exercice de ses fonctions.

Conseil de dernière minute. "Un dernier conseil ?" "Oui, inutile de faire suivre tes abonnements à ta nouvelle adresse !" par Roberto De Vido. CC License

Vendredi 4 juin, le PDJ a élu Naoto Kan, ancien Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances, nouveau Président du parti (ce qui lui ouvre la voie pour devenir Premier Ministre). M. Kan deviendra officiellement Premier Ministre seulement après que l’Empereur l’aura intronisé à la cérémonie d’Investiture Impériale qui se tiendra la semaine prochaine.

Nombreux sont ceux au Japon qui se souviennent de M. Kan comme celui qui, alors qu’il était Ministre de la Santé en 1996, avait fait éclater la vérité sur un scandale de sang contaminé que les bureaucrates de son propre ministère tentaient de cacher.

Tobias Harris, de Observing Japan, considère que ses qualifications et son caractère en font un leader politique naturel.

Etant donné qu’il est un homme politique de conviction, son expérience à la tête d’un ministère (que Hatoyama n’a pas), et sa volonté de rendre la politique accessible, Kan pourrait être la personne convenable pour rétablir la confiance du peuple dans le gouvernement dirigé par le PDJ, et il pourrait permettre à son parti de faire des résultats honorables lors des élections de la Chambre Haute du mois prochain. La tâche principale du gouvernement Hatoyama était de rétablir une relation de confiance entre les citoyens et le gouvernement après des années de mauvaise gouvernance du PLD. Dorénavant la tâche principale du gouvernement Kan serait de rétablir la confiance des citoyens après des années de mauvaise gouvernance du PLD – plus les neuf mois d’Hatoyama. Si le peuple ne fait pas confiance à son gouvernement, il sera difficile de deviner comment le Japon sortira de sa stagnation économique. Comme je l’ai dit précédemment, si le peuple ne peut faire confiance à son gouvernement sur l'honnêteté de ses intentions et sa franchise sur la dépense publique, aucun gouvernement ne sera en position de demander à sa population quelque chose comme une augmentation de la taxe sur la consommation.

Sur le blog Sora wo Minagara, un blogueur rappelle l’activité politique de Kan, lorsqu’il était jeune :

菅さんは、若いときから、政治に関わってきた。その姿勢や良し、彼の手腕に大いに期待したい。
政権交代の、本当の意味が、いよいよ始まるという予感がある。政治が本当に弱者のサイドに眼が行き、国民第一の政治が、どのように、展開されていくのか、また、誰が、どのように、これに挑んでくるのか、よくよく、国民は見抜かなければならない。

Depuis sa jeunesse, Monsieur Kan s’est toujours engagé dans la politique. Il a une bonne attitude et est très compétent. J’espère qu’il fera de grandes choses.

J’ai le pressentiment qu’une alternance politique, une vraie cette fois, est sur le point de démarrer. La politique est vraiment en train de changer de perspective au profit des plus faibles, et les citoyens devront être attentifs au devenir de cette politique « pro-citoyenne », à qui relève le défi et comment.

Ikeda Nobuo, professeur d’économie, blogueur et commentateur très suivi, exprime ses doutes sur l’élection de Kan. Ikeda craint que l’influence des hommes politiques tels que Ichiro Ozawa [en anglais], dont l’implication dans un scandale de grande ampleur a été perçue par certains comme une cause du déclin de la popularité du parti au pouvoir, risque d’entraîner le PDJ dans une spirale d’échecs.

民主党は過去の失敗に学び、小沢氏の影響力を断ち切って自前の政権を構築すべきです。このまま政治が迷走して問題を先送りしていると、財政破綻などの取り返しのつかない事態になります。具体的に誰が望ましいかはわかりませんが、anyone but Kanです。

Le PDJ devrait apprendre de ses erreurs du passé, construire son propre gouvernement et se détacher de l’influence d’Ozawa. Si le statu quo continue, avec des mesures politiques illusoires et des problèmes inlassablement reportés, nous nous retrouverons en fin de compte dans une catastrophe financière dont il sera impossible de sortir. Je ne peux pas vraiment prédire qui serait le meilleur candidat, mais [ce que je peux juste dire] : n’importe qui, sauf Kan.

Avec le gouvernement Hatoyama qui a échoué seulement huit mois après sa formation, les Japonais, comme le blogueur de Yukkuri Nonbiri, se demandent s’ils ont enfin trouvé leur Monsieur Parfait en la personne de Kan :

菅首相誕生
明るい未来は
来るのだろうか

Le gouvernement Kan est né
Mais je me le demande…
Amènera-t-il un avenir meilleur ?

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