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Timor Oriental : L'expansion du secteur énergétique fait débat

Ces derniers mois ont fait apparaître au Timor Oriental de sérieuses tensions entre les dirigeants du pays, l'Australie et Woodside, la multinationale qui espère tirer profit des nouvelles ressources pétrolières du territoire timorais.

Don Voelte, le PDG de Woodside Petroleum, s'est rendu à Dili le mois dernier, et a été fraîchement accueilli par le gouvernement est-timorais y compris le Premier Ministre Xanana Gusmão. Le Président Ramos Horta a pris ses distances du gouvernement et a finalement reçu M.Voelte.

L'enjeu, c'est le développement de nouvelles ressources pétrolières dans la Mer de Timor au sud du pays.

Le Timor Oriental a vu s'accroître ses revenus tirés des taxes sur l'exploitation du pétrole en mer de Timor dès avant la reconnaissance formelle de son indépendance en 2002. On estime que le total cumulé de ces revenus atteindra dans les 8 milliards de dollars sur toute la durée de vie du gisement (analyse ici).

Photo United Nations sur Flickr, CC

Mais il existe des réserves potentiellement énormes de gaz naturel à proximité, dans le champ nommé Greater Sunrise, et avec la demande mondiale en hausse pour le gaz naturel liquéfié (GNL), le Timor Oriental a l'espoir de trouver en mer de Timor un deuxième fabuleux coup de chance.

L'ONG timoraise La'o Hamutuk cite sur son nouveau blog le passage sur le gaz naturel liquéfié du rapport annuel 2009 de Woodside [en anglais] :

Le projet de GNL de Sunrise implique le développement des champs gaziers de Sunrise et Troubadour, connus ensemble sous le nom de Greater Sunrise, situés offshore, à environ 450 km au nord-ouest de Darwin, dans le Territoire du Nord [de l'Australie]. […] Les gouvernements du Timor-Leste et de l'Australie recevront une part égale (50% chacun) des revenus publics en amont du développement des champs de Greater Sunrise. Ces revenus fourniront au Timor-Leste et à l'Australie un flux de trésorerie de long terme, stable et significatif pendant une trentaine d'années.

Le Premier Ministre timorais Xanana Gusmão a laissé entendre que l'avenir du gisement de Greater Sunrise dépasse l'aspect économique, et qu'il a une signification historique particulière, faisant allusion aux accords entre l'Australie et l'Indonésie pendant l'occupation forcée du pays qui a duré 24 ans. L'organe d'information timorais Tempo Semanal a décrit récemment comment M.Gusmão rappelait le passé à un auditoire de Dili [en tetum] :

Ho lampu verde xanana hatudu ba mapa area konjunta Timor leste ho Australia nia dehan, “iha ne’e area ida ne’ebe ita esplora hamutuk. Iha 1989, bainhira bapa sira sei kaer ita, dadur ita, oho ita, Ali Alatas ho Garreth Evans, Menlu Indonesia ho Australia sa’e aviaun ida, iha loos klaran ne’e, hemu tiha sampainia, fui ba ita nia ran leten hodi asina lima puluh persen ba Australia. Tan ba Australia rekonese integrasaun no lima puluh persen ba Indonesia tan nia simu integrasaun.”

Eis lider maximu da rezistensia iha luta ba libertasaun nasional Timor Leste ne’e reitera ho hatudu lampu verde ba area konjunta hodi dale, “Loloos ida ne’e hotu ita nian.”

Avec un rayon vert, Xanana montra la zone commune entre Timor et l'Australie, disant “voici la zone que nous allons exploiter en commun. En 1989, lorsque les Indonésiens nous capturaient, nous emprisonnaient, nous tuaient, Ali Alatas et Gareth Evans, les ministres des Affaires étrangères d'Indonésie et d'Australie montaient dans un avion, et en plein milieu de cet endroit, ils buvaient du champagne, au-dessus de notre sang, pour signer les 50 pour cent en faveur de l'Australie. Grâce à leur reconnaissance de l’ “intégration” ils ont reçu 50 pour cent de l'Indonésie.

L'ancien chef de la résistance pendant la lutte pour la libération nationale du Timor Leste répéta, montrant la zone avec le rayon vert, “En vérité tout cela est à nous.”

Dessin de Gus Leonisky de Your Democracy (Gusmão) – Ce n'est quand même pas pour piquer notre pétrole que vous vous êtes battus pour notre indépendance ? (Howard) – Notre morceau est le gros morceau…

La question du futur gazoduc et de l'usine de liquéfaction a été la principale pierre d'achoppement entre l'Australie et le Timor Oriental, d'une part, et Woodside, la compagnie qui a la plus grande part dans le projet. Aux termes du Traité du détroit de Timor [en anglais], le développement du champ de Greater Sunrise doit être fixé par les deux pays [en anglais]. Fin avril, Woodside et ses partenaires annoncèrent leur conclusion, que seules deux options étaient économiquement viables, une usine de liquéfaction flottante ou un gazoduc vers l'Australie, rejetant formellement celle d'un gazoduc vers la côte méridionale du Timor Oriental.

Les Timorais de tous bords ont poussé en faveur d'un gazoduc de GNL et une usine au Timor Oriental, dont ils espèrent des créations d'emplois et le développement économique. Cependant certains ont une approche plus pragmatique et admettent la complexité de la négociation.

Une autre ONG timoraise Luta Hamutuk écrivait en mars [en tetum], après avoir vu sa loyauté mise en question par le pouvoir,

Bainhira Luta Hamutuk halo vizita ba iha Viqueque, lideransa komunitariu nomos povu barak husu kona-ba posibilidade kadoras ba iha neba, tamba ofisiais guverno dala barak promete buat oi-oin iha neba nune to’o agora povu hein hela ho laran metin hodi simu kadoras. Problema lolos ne’e iha nebe? Bainhira guverno tun ba baze hateten tun-sae kona-ba kadoras atu mai ona; maibe realidade hatudu momos katak iha tensaun antre guverno Timor Leste ho Woodside nebe agora buat hotu sai la-klaru tiha.

Lorsque Luta Hamutuk a visité le [District] de Viqueque, les responsables locaux et beaucoup de gens ont posé la question de la possibilité d'un gazoduc vers Viqueque, parce que les représentants du gouvernement continuent à faire des promesses ici mais jusqu'à maintenant les gens attendent toujours de pied ferme de recevoir le gazoduc. Quel est au juste le problème ? Les autorités viennent sur le terrain évoquer le gazoduc comme s'il arrivait déjà ; mais la réalité montre qu'il y a une tension entre le Timor Leste et Woodside telle que les choses ne sont toujours pas claires.

Loron Económico, le seul blog consacré à l'analyse économique de Timor, analyse l'accent mis sur la “rapide expansion du secteur pétrolier et gazier” dans l'esquisse de Plan de Développement Stratégique actuellement promu par M. Gusmão. Le blogueur Lino Freitas écrit [en portugais]

Quanto àquele pressuposto, ele parece ser de tal maneira forte e central a todo o Plano que qualquer “desaire” neste domínio — por exemplo, a não concretização a curto-médio prazo da instalação da fábrica de liquefacção do gás natural na costa sul do país — pode deitar por terra todo o “castelo” construído sobre essa base.

Quant à cette hypothèse [la rapide expansion du secteur pétrolier et gazier], elle paraît tellement forte et centrale pour l'ensemble du Plan que la moindre “rebuffade” dans ce domaine — par exemple, la non-concrétisation à court ou moyen terme de la réalisation d'une usine de liquéfaction du gaz naturel sur la côte sud du pays — pourrait jeter à bas tout le “château” construit sur cette base.

Cependant le journaliste indépendant et blogueur Matt Crook observait il y a peu [en anglais] :

Le gouvernement de Timor-Leste continue à être à couteaux tirés avec Woodside au sujet du développement de Greater Sunrise. […] Le gouvernement de toute évidence ne se presse pas d'avancer sur Greater Sunrise.

La'o Hamutuk bloguait fin avril lors de l'annonce par Woodside de son choix d'une usine flottante de  GNL :

La'o Hamutuk, organisation timoraise qui suit la question depuis de longues années, espère que le projet [Greater Sunrise] bénéficiera au maximum au peuple timorais. Ce qui nous inquiète est que de nombreux observateurs donnent une fausse représentation des faits, qui ont un aspect économique, juridique, technique et environnemental, et pas seulement politique.

Ce billet est le second d'une série de deux sur la richesse de Timor en ressources naturelles. Le premier billet traitait du Fonds Pétrolier de Timor et de l'affectation budgétaire des revenus du pétrole.

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