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Equateur : Les blogueurs analysent le rapport de la Commission de la vérité

[Les liens sont en espagnol ou en anglais] En mai 2007, une Commission de la vérité a été créée en Équateur par un décret présidentiel dans le but d’enquêter et de collecter des informations sur les atteintes aux droits de l’homme dont se sont rendues coupables la police et l'armée ces 25 dernières années. Le 7 mai dernier, après 3 ans d’existence, la Commission de la vérité a remis son rapport au Président Rafael Correa. Elle identifie 831 atteintes aux droits de l’homme sur 456 victimes entre 1984 et 2008. Les blogueurs analysent ce rapport sous différents angles.

Le Président Correa a reconnu que la violence au sein de son administration posait quelques problèmes mais a signifié à la police et l’armée que ses hommes ne sont pas obligées d’obéir à des ordres qui seraient contraires aux droits de l’homme. En accord avec la loi, une enquête va débuter par une enquête préliminaire, a annoncé le procureur de la République Washington Pesantez. L’Etat va mettre en place une unité spéciale de procureurs et une équipe d'enquêteurs pour enquêter sur les crimes mis en lumière par le rapport.

La présidente de la Commission de la Vérité équatorienne en séance. Photo de Guillermo Sornoza utilisée sous licence Creative Commons.

La plupart des violations recensées (68%) ont été perpétrée lorsque le gouvernement conservateur de Leon Febres Cordero [en anglais] (1984-1988) était au pouvoir. Lillie Langtry a écrit sur le blog Memory in Latin America [en anglais]qu’elle est perplexe de cette « soi-disant commission de la vérité » [en anglais] à laquelle l’Associated Press fait référence. Mais elle récapitule aussi les points-clés de ce rapport :

=>Entre 1984 et 2008 il y a eu 456 victimes avérées de violations des droits de l’homme en Équateur (en fait il y en avait plus, mais une commission de la vérité a toujours des limites de budget et de temps, et est aussi mandatée pour enquêter sur des crimes particuliers – dans le cas présent, principalement sur les meurtres, les disparitions, et les tortures).
=>Plus de la moitié des violations ont été perpétrées au cours de la présidence de Leon Febres Cordero entre 1984 et 1988.
=>La Commission a identifié 32 cas d’exécutions sommaires sans procès, 12 tentatives d’homicide, 9 cas de disparitions, 214 privations illégales de liberté et 275 victimes de torture.
=>Le rapport met en cause la police dans 50% des affaires, l’armée dans 28%, des agents du gouvernement 10%, des fonctionnaires de la justice 6%, et des agents étrangers 6%.
=>La Commission a découvert que le gouvernement a systématiquement exagéré les menaces des groupes rebelles et que les abus n’étaient pas des faits isolés mais le résultat d’une stratégie contre-insurrectionnelle constante.

La parlementaire Maria Paula Romo indique que ce rapport ne constitue pas encore une décision de justice, mais plutôt une collecte d’informations et de données sur une partie de l’histoire de l'Équateur. Ce qu’elle ne mentionne pas est que la Commission de la vérité a pu mener à bien sa mission grâce à la coopération de l'armée et du Conseil de Sécurité des États-Unis, qui a fourni pas moins de 30 000 pages de documents à la Commission, ainsi que de la Police Nationale de l'Équateur, qui a joué le jeu en fournissant 250 000 autres pages jusque là classifiées secret d’Etat.

Cependant, des Équatoriens remettent en question ce rapport. Le blogueur Victor Vizcaino de La plegaria de un pagano cite un ancien chef de police, le général Edgar Vaca, qui réfute avoir torturé qui que ce soit, et prétend que le rapport a été écrit “sous influence”, que l’enquête de police sur les affaires criminelles est une procédure technique et que interrogatoire ne signifie pas torture.

Le blogueur ajoute qu’il y a une différence avec les commissions similaires mises en place dans d’autres pays. Dans ce cas, selon lui, certains groupes cherchent à gagner gros : des membres d’anciennes guérillas comme Alfaro Vive Varajo [en anglais] et Montoneras Patria Libre vont recevoir une compensation de 50 000 dollars, imposée comme un dédommagement standard, afin d’oublier leur intention de poursuivre l’Etat et de réclamer des millions de dollars.

Le blogueur Saulo Ariel de La cueva de Saulo pense aussi que le rapport est biaisé et écrit pourquoi cette commission devrait être constituée après la fin du mandat présidentiel de Correa. La Commission de la vérité de Correa, selon Saulo, ne cherche qu’à faire éclater leur propre vérité et non pas la vraie vérité. Il met en doute la réputation de la présidente de la commission, Elisie Monge :

[Ella es] una persona que ha estado vinculada con las asociaciones y negocios socialistas o seudo comunistas dirigidos a proteger a sus brazos armados, a sus grupos de choque, en su enfrentamiento fratricida con los grupos violentos del conservadorismo. Persona que hace gala de un humanismo siniestro cuando se desgañita en favor de los derechos de los delincuentes contumaces, mientras ignora la violencia que sufren las víctimas inocentes; actividades inmorales encubiertas con el disfraz de activismo a favor de los Derechos Humanos. Una persona de ese calibre, nada tiene que hacer en una Verdadera Comisión Investigadora.

[Elle est] une personne qui a été impliquée avec des associations et des officines socialistes ou de pseudo communistes pour protéger leurs bras armés [et] leurs troupes de choc dans la lutte fratricide qui les opposaient aux groupes conservateurs violents. C’est une personne qui se vante d’être une humaniste alors qu’au même moment elle défend les droits de criminels récalcitrants et ignore la violence endurée par des victimes innocentes ; on découvre des activités immorales sous le camouflage de l’activisme en faveur des droits humains. Une personne de ce calibre n’a rien à faire dans une Vraie Commission d’Enquête.

Guillermo Sornoza du blog El Ecuador de Hoy n’a jamais été un partisan de Correa, mais il pense que c’est grâce à  cette « violence d’Etat » que le crime ne prospère pas en Équateur :

Honestamente hablando, gracias a esos “excesos”, no se permitió que germine la semilla del terrorismo aquí en el país. No me malinterpreten: no apruebo los métodos, no me gusta la violencia (solamente en los juegos de video), pero como dice Uribe: no eran angelitos.

Honnêtement, c’est à cause de ces « excès » que les graines du terrorisme sont dans l’incapacité de germer dans notre pays. Ne vous y trompez pas : je n’approuve pas ces méthodes, je n’aime pas la violence (seulement dans les jeux vidéos), mais comme le dit le président Uribe : « Ils ne sont pas des saints ».

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