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Pakistan : Internet toujours sous surveillance

Image de Mikey G Ottawa. CC BY-NC-BD

[Liens en anglais]  Le 16 juin  la Haute Cour de Lahore, au Pakistan, décidait que le PTA (Autorité Pakistanaise des Télécommunications ) devrait bannir neuf sites et services internet qui hébergeaient des contenus “blasphématoires”.  Cependant, pour éviter les critiques internationales, le gouvernement décidait ensuite de ne pas faire appliquer cette décision mais promettait de surveiller de près plusieurs services et plateformes très populaires dont Google, Youtube, Facebook et Hotmail qui pourraient contenir des contenus blasphématoires discutables pour les musulmans.  Cette décision fait suite à un ordre de la même cour au mois de mai dernier de complètement bannir Facebook puis à sa décision (sous la pression publique) de lever le blocage du très populaire réseau social.

Toute cette agitation trouve sa source dans la création du groupe Facebook “Draw Muhammad Day” qui avait causé des réactions très négatives dans quasiment tous les pays musulmans du monde et entrainé des condamnations parfois féroces.   Des manifestations avaient été organisées par les groupes d'extrême droite au Pakistan et le site y avait été complètement bloqué, comme au Bangladesh.  Cependant la question n'est plus de savoir qui avait tort ou qui avait raison.  La boite de Pandore de la censure est ouverte et toutes sortes de démons s'en échappent pour interférer avec les nouveaux média et surveiller les activités en ligne.

Le blog Pak Point rapporte :

Aussitôt que le Ministère des Télécommunications reçoit une information ou une plainte, de quelle source que ce soit, n'importe quel site internet peut être bloqué au niveau du domaine ou de l'url après une évaluation par un comité inter-ministériel.

Jenkin's ear souligne que tout cela est de mauvais augure :

Malheureusement, cela risque de créer plus de problèmes que d'en résoudre.  Après tout, le site internet du Vatican est certainement contre l'Islam mais il n'est probablement pas bloqué.  Un autre problème est que les enseignements de l'Islam sur le sujet de ce qui est acceptable ou non sur un site internet ne sont probablement pas clairs.

Sana Saleem sur Mystified Justice demande :

Est-ce que nous, en tant que citoyens de ce pays, avons même simplement le droit d'avoir une opinion ? Pourrons-nous avoir des conversations sans être surveillés ?  En tant que nation, serons-nous jamais capables de nous auto-réguler ? Cette chasse aux sorcières sur l'internet semble être plus politique que religieuse.  Mais comme pour tout, nous adorons utiliser la carte de la religion pour soutenir nos positions et faire taire l'opposition.

Pour tous ceux qui sont intransigeants sur le besoin de nettoyer Internet au nom de la religion, s'il vous plait, ayez une pensée pour les milliers de sites de pornographie enfantine qui sont toujours accessibles au Pakistan, et qui ne sont pas sur la liste des 10 428 sites qui vont être bloqués.  Quand apprendrons-nous à avoir des priorités ?
En fait, il semble que certains Pakistanais plus éduqués réalisent que nous ne pouvons pas en tant que pays communiquer et fonctionner avec le reste du monde si nous nous coupons de services comme Hotmail, Google, etc.  Mais le gros de la population et les dirigeants qui veulent les satisfaire ne semblent pas comprendre quel impact une censure aussi généralisée pourrait avoir.

Invité à publier un billet sur le blog de Teeth Maestro, Shaista Kazmi, Azhar Aslam écrit :

En tant que musulman ordinaire, je ne suis peut-être pas une autorité crédible pour parler de l'Islam, (même si l'Islam n’ a jamais limité le droit d'avoir une opinion aux ‘autorités’), mais le concept de blasphème, au moins comme il est entendu au Pakistan, semble déformé, manque de bon sens et j'ose même dire être à l'opposé de ce que nous apprenons en tant que musulmans comme étant les enseignements de ces mêmes prophètes dont nous essayons de protéger l'honneur.  Est-ce que cela ne ressemble pas à la définition du mot ‘hypocrisie’ ?

Asif Shehzad sur Taragana rapporte que quelques observateurs ont noté que le Pakistan avait été plus loin que d'autres pays musulmans en bannissant Facebook, et conclu que cela reflétait l'émergence d'un Islam conservateur dans le pays.  Créé en 1947 pour être une patrie pour les musulmans, le Pakistan s'est éloigné des influences de l'Islam modéré soufi, répandu en Asie du sud, pour se rapprocher d'une version plus rigide de la religion empruntée au monde arabe.

Pour moi,  installé à Shanghai, ce qui arriverait si un blocage général de Youtube, Google, Hotmail, Facebook et autres était imposé, est évident, comme les effets négatifs de la censure en Chine l'ont déjà montré. Même si ces actions peuvent avoir des effets désastreux pour l'image du pays à l'étranger, il y a toujours de nombreux moyens de contourner ces blocages et, comme on a pu le constater en mai, la fréquentation de Facebook n'a pas beaucoup baissé malgré son interdiction.  De nos jours, le flot de l'information est devenu une arme à part entière et je doute que qui que ce soit puisse la bloquer complètement.

Le seul moyen pour le Pakistan d'avancer vers le progrès sera notre capacité à autoriser la liberté d'expression et les débats qui ont lieu surtout en ligne.  Ne pas suivre cette voie nous serait fatal et nous, citoyens, ne pouvons pas l'autoriser.

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