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“Marocaine, 40 ans et vivant toujours chez ses parents”

D'après le dernier recensement, les célibataires représentent 39 % de la population marocaine adulte, un des taux les plus élevés des pays arabes. Les célibataires ont plus de probabilité d'être des hommes, mais le célibat féminin est aussi important et atteint le taux étonnant de 33.3%. On s'interroge sur les raisons de la discrimination auxquelles sont confrontées les femmes et des études récentes (voir le rapport de l'ONU sur le développement humain arabe) ont conclu que si les croyances religieuses peuvent expliquer une partie des limitations opposées aux femmes, ces pratiques résultent plus probablement des difficultés économiques, du manque d'instruction, de l'absence de démocratie et du conservatisme. Et certes, le Maroc est une société à prédominance conservatrice : un récent sondage a établi que près d'un Marocain sur deux trouvait que le Code de la famille récemment réformé, loué sur le plan international pour son cadre libéral, est allé trop loin dans les nouveaux droits accordés aux femmes.

Sans titre, par albe! sur Flickr

Samira est une blogueuse marocaine. Elle se décrit comme “une vieille fille de 40 ans, au chômage et vivant toujours chez ses parents.” Samira confie sans fard son vécu quotidien sur le blog qu'elle vient de créer, Marocanication. Elle écrit :

Vivre chez ses parents à 40 ans peut sembler banal, voire évident dans notre société et tout naturellement fatal quand on est née dans le sexe faible. Car au Maroc, tant que tu n’es pas casée, tu es traitée en être jeune, irresponsable et potentielle source à problèmes, ben voyons!
Pas étonnant en un sens. Une société à la sexualité refoulée ne peut qu’associer liberté à débauche. Je me suis longtemps demandé, comme tout le monde je suppose, pour quelle raison l’homme échappait à ces restrictions. Je suis partie dans toute une analyse à la noix que j’ai dissoute dans un bol de hrira un jour de grosse déprime. Mais ça, j’en ferai un autre billet.

Samira poursuit en se demandant comment elle pourrait arriver à dire à ses parents qu'elle veut avoir sa vie et les quitter :

[J]e pense en ce moment à la liberté de vivre seule, au bled. J’ai passé la nuit à imaginer la scène où je leur dirai que je vivrai seule. Ma mère me regardera avec dédain comme si j’avais dit une énième bêtise qui ne ferait que renforcer le manque d’estime qu’elle a pour moi.
Parce que le manque d’estime est quasi indissociable du statut de vieille célibataire : vieille fille c’est certainement une invention féminine, seule une femme peut et sait blesser une autre femme !

Car il y a une terrible stigmatisation contre les femmes non mariées, explique Samira :

[C]e n’est même pas pris pour une malédiction mais pour une incompétence, un échec, une incapacité à attirer, à séduire, à donner envie à un homme de faire sa vie avec toi. Même si c’est toi qui refuse l’homme, tu seras toujours la bête en attente d’un maître. Et tu finis par devenir une vieille bête errante parce que personne n’adopte de vieux chiens.

Le manque de soutien financier est crucial :

Vieille fille qui ne bosse pas, c’est le comble. Pourtant, j’ai une formation littéraire assez bonne. Je ne sais pas, je peux rédiger des idioties comme ça à longueur de journée, par exemple… ou taper sur une machine… ou préparer des cafés. Mon chômage ne m’aide pas. Je suis non seulement sans foyer mais également sans revenu. Je suis bonne à tout faire dans les maisons de mes parents, mes oncles et tantes et de mon frère. [Ma soeur] Jamila n’arrête pas de se révolter contre la tyrannie générale et contre mon exploitation, mais je ne parle pas.

Samira a pourtant des projets :

Quand je leur dirai que je partirai, ils vont crier au scandale, à l’ingratitude, à la honte ! Une « fille » ne vit seule que parce qu’elle veut batifoler… quand ils ont pas cette idée tordue, ils pensent d’elle qu’elle est fille indigne qui lâche ses vieux parents après tout ce qu’ils ont fait pour elle. Ils feront tout pour étrangler l’idée dans son berceau, ignorant qu’elle a déjà pris des dimensions adultes. Je ne peux pas le leur annoncer avant d’avoir trouvé où me nicher.
[…]
Je trouverai l’argent pour me louer 8m³ quelque part. Et je m’en irai.
Je parle au futur, pour garder vivant cet espoir, en ultime porte de sortie possible.

Samira n'est certainement pas la seule dans cette situation, et d'autres voix, surtout dans la société civile, appellent à davantage de solidarité, d'égalité et de justice sociale.

1 commentaire

  • gongoro

    Logique , on dirait qu’il est plus simple pour un marocain d’approcher son reve européen , ( qui était encore nommé il n’y a pas longtemps un reve américain ) et dans le cadre de la mondialisation réduite transméditerranéenne , participer à la destruction de l’écologie libidinale en misant sur une belge , une suisse , une allemande , une française , qui représente pour lui un tremplin d’émulation plus “porteur” . La fable des mariages mixtes irait de concert si la préoccupation premiere des sociétés “migratrices” était la promotion de la femme avant tout investissement ailleurs !

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