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Colombie : Tollé après la demande d'indemnisation de l'ex-otage des FARC Íngrid Betancourt

Dans la matinée du vendredi 9 juillet, Caracol Radio révélait [en espagnol, comme la plupart des liens suivants] que l'ex-candidate à l'élection présidentielle et Franco-colombienne Íngrid Betancourt –libérée il y a deux ans (lors de l'”opération Jaque“) après avoir été enlevée par les FARC en 2002– et sa famille (sa mère Yolanda Pulecio et ses enfants Lorenzo et Mélanie) sollicitaient [en anglais] 12.5 milliards de pesos colombiens (6,69 millions de dollars /5.280.000 €) en dédommagement de ses 6 années de captivité (en une procédure juridique connue sous le nom de conciliación en espagnol, qui en cas d'échec conduirait à un procès contre l'Etat). Mme Betancourt prétendait que l'Etat colombien avait été défaillant à lui assurer une protection adéquate pour son déplacement dans la zone où la guérilla l'avait finalement enlevée.

Íngrid Betancourt in Pisa, Italy, September 2008

Íngrid Betancourt à Pise, en Italie, en septembre 2008. Photo sur Flickr de fabiogis50 (Fabio Gismondi), utilisée sous licence Creative Commons.

L'information a été accueillie avec indignation et quelque scepticisme. Les responsables de l'administration d’Andrés Pastrana ont affirmé que celle qui était alors candidate à la présidence était avertie des risques à se rendre dans la zone démilitarisée obtenue par les FARC en 1999 pour démarrer un processus de paix manqué qui prit fin début 2002 [ces liens sont en anglais]. Finalement, le service de renseignements, le DAS devait divulguer un document signé par la coordinatrice de sécurité, par lequel il lui était conseillé de ne pas pénétrer dans la zone.

La twittosphere colombienne n'a pas manqué de réagir promptement, la plupart des utilisateurs pour fustiger Mme Betancourt [en anglais], certains même se moquant d'elle en forgeant des mots comme “ingrititud” (Íngrid + ingratitud) ou “Ingreed” (Íngrid + le mot anglais ‘greed’, avidité). Quelques-uns ont cependant trouvée justifiée sa requête. Voici un florilège des réactions recueillies sur Twitter :

@IvanLecter

Una cosa es señalar el oportunismo y otra empezar a destilar odio. #colombianidadpura

Signaler l'opportunisme est une chose et commencer à distiller la haine en est une autre. #colombianidadpura

@anameretriz

Si fuera otro de los secuestrados “no importantes” sí demandaría al Estado por liberarme sólo cuando les conviene y no cuando han podido.

Si j'étais l'un des séquestrés “non importants” je poursuivrais l'Etat de ne m'avoir libéré que quand ça les arrange, et pas quand ils le pouvaient.

@Oyerista

Si IngridB tuviera Twitter, ya habría demandado a la ballena

Si ÍngridB avait un compte twitter, elle aurait poursuivi la baleine échouée.

@monicaeche

Entiendo q digan q Ingrid es oportunista, pero no q demanda x cualquier cosa. Supongo q a uds les pasa cosas más terribles q un secuestro.

Je comprends qu'on dise qu'Íngrid est une opportuniste, mais pas qu'elle réclame quoi que ce soit. Je suppose qu'il peut vous arriver des choses pires qu'un enlèvement.

@jsromerol

A mi Ingrid me parece frívola, manipuladora y utilitarista. Pero Colombiano que dejen pudrir en la selva tiene derecho a q lo indemnicen.

Je trouve Íngrid frivole, manipulatrice et utilitariste. Mais les Colombiens qu'on a laissé pourrir dans la jungle a un droit à être indemnisés.

@simonwilchesc

Ingrid se ha vuelto tan detestable y oportunista, que ahora depronto sí logra ser presidenta de Colombia.

Íngrid est devenue si détestable et opportuniste, qu'elle arrivera dorénavant à être présidente de Colombie.

@MaisAngel (1, 2)

Para mí Ingrid Betanc[o]ur[t] no es una ingrata. El Estado no le hizo un favor rescatándola, era una obligación hacerlo. Otra cosa es que ella sea oportunista e interesada. Pero el Estado no rescata gente por querida o antipática, es una obligación.

Pour moi, Íngrid Betancourt n'est pas une ingrate. L'Etat ne lui a pas fait une faveur en la sauvant, c'était une obligation de le faire. Qu'elle soit opportuniste et intéressée, c'est autre chose. Mais l'Etat ne secourt pas les gens parce qu'ils sont aimables ou antipathiques, c'est une obligation.

@Tuiteretera

Me cuentan que los de las FARC están ofendidos con Ingrititud,les parece el colmo que ellos la secuestren y sea ella quien cobre el rescate

On me dit que ceux des FARC sont vexés par l'Íngridtude, cela leur paraît le comble qu'ils l'aient enlevée et que ce soit elle qui touche la rançon.

@stultaviro

¿Qué es aquello tan valioso que hace #IngridBetancourt que pretende cobrarnos 6.5 millones de pesos por cada día que pasó secuestrada?

Que fait #IngridBetancourt de si valable en prétendant nous faire payer 6,5 millions de pesos (US$3.480 / €2.750) pour chaque jour qu'elle a passé en captivité ?

@Filipogs

¿suicidio político lo de Íngrid? comentario más risible, para que aquí un político muera políticamente también debe morir clínicamente.

Suicide politique pour Íngrid? commentaire des plus risibles, parce qu'ici, pour qu'un personnage politique meure politiquement il doit aussi mourir cliniquement.

@AMAV

Porque si algo saben hacer los Betancourt y los Pulecio es vivir del Estado… Francés, colombiano, qué más da. Detalles menores.

Parce que s'il y a quelque chose que savent faire les Betancourt et les Pulecio, c'est vivre aux crochets de l'Etat… Français, colombien, peu importe. Détails minimes.

@Ciudadanita

Si la desigualdad, la corrupcion, las mafias -armadas y economicas- causaran un 50% d indignacion q lo de Ingrid #TampocoMeSimpatizaIngrid

Si l'inégalité, la corruption, les mafias -armées et économiques- causaient seulement 50% de l'indignation provoquée par Íngrid… #jen'aimepasingridnonplus

Dimanche soir, Caracol TV et Caracol Radio ont diffusé simultanément un entretien exclusif [vidéo, en espagnol] avec Mme Betancourt, où elle déclare n'avoir pas voulu réellement faire un procès à l'Etat colombien, mais souhaiter plutôt donner une légitimité aux revendications des victimes du terrorisme qui cherchent à se faire indemniser par les autorités. Elle a ajouté que la somme élevée et “absurde” exigée était “symbolique.” (Accessoirement, Caracol TV est le distributeur d'une mini-série hispano-colombienne sur l’opération Jaque dont la diffusion est programmée au courant de cette année).

Le sujet a aussi été discuté sur des blogs. Catalina Velasco défend les demandes de réparations de Mme Betancourt, et s'étonne de ce qu'elle soit autant haïe en Colombie :

En primer lugar, parece que acudir a la justicia no es una práctica que veamos con buenos ojos. Altos funcionarios del gobierno se han pronunciado con indignación rechazando la intención de Madame Betancur. Y de igual manera los medios de comunicación, varios columnistas y muchos colombianos han criticado su actuación. Y creo que estamos equivocados porque en este país afortunadamente todos los ciudadanos tenemos derecho a pedirle a los jueces (o a la Procuraduría en busca de conciliación como es el caso) las pretensiones que consideremos ajustadas a la ley. De manera especial las víctimas de la guerra para quienes la reparación directa es un derecho.

En premier lieu, il semble que se tourner vers la justice n'est pas une pratique que nous voyons d'un bon oeil. Les hauts fonctionnaires du gouvernement se sont prononcés avec indignation contre les intentions de Madame [Betancourt]. Et de la même manière les médias, divers éditorialistes et de nombreux Colombiens ont critiqué sa conduite. Je crois que nous nous trompons parce que, heureusement, dans ce pays tous les citoyens ont le droit de demander aux juges (ou au bureau du Procureur pour rechercher une conciliation dans ce cas) les prétentions que nous estimons conformes à la loi. En particulier les victimes de la guerre, pour qui la réparation directe est un droit.

Catalina Velasco conclut son billet es ajoutant que, après avoir regardé l'entretien télévisé, “[son] impression est que [Mme Betancourt] veut revenir dans l'arène politique et qu'elle demande à participer à l'Union Nationale du [président élu Juan Manuel Santos].”

Le journaliste Ricardo Galán critique à la fois Mme Betancourt et celui qui l'a interviewée, le présentateur de radio vétéran Darío Arizmendi :

No creo una palabra de lo que dijo Ingrid en su entrevista con Dario Arismendi en simultánea nacional y espacio Triple A en Caracol Radio y TV. No le puedo creer porque faltaron preguntas importantes y fue evidente el interés de Ingrid por desviar la entrevista hacia lo que pasó el día de su secuestro y no por hacer claridad sobre los detalles de su reclamación.

Je ne crois pas un mot de ce qu'a dit Íngrid dans son entretien avec Ari[z]mendi lors des émissions simultanées à l'heure de grande écoute sur la radio et la télé Caracol. Je ne puis la croire, parce que des questions importantes n'ont pas été posées, et il était évident qu'Íngrid s'attachait à détourner l'entretien vers ce qui s'est passé le jour de son enlèvement au lieu de clarifier les détails de ses prétentions.

Tandis que Bárbara Morales conclut en demandant, méfiante :

No nos llamemos a engaños. Ingrid no juega a ganarse la simpatía de nadie, incluso parece estarse poniendo en un sitio muy difícil ante la opinión pública. ¿Descubriremos qué hay detrás o solo nos encontraremos con otro velo?

Ne soyons pas dupes. Íngrid ne joue pas à se gagner la sympathie de quiconque, elle semble même se mettre dans une situation très difficile devant l'opinion publique. Découvrirons-nous ce qu'il y a derrière ou tomberons-nous sur un autre voile ?

Mardi matin, l'avocat de Mme Betancourt a annoncé qu'elle retirerait sa demande [en anglais]. L'affaire pourrait toutefois avoir des conséquences involontaires après le tollé qu'elle a provoqué, comme le laisse entendre l'inquiétude de @carloscuentero :

Me preocupa que el episodio de Íngrid cause un ‘linchamiento’ generalizado hacia las víctimas que reclaman atención del Estado.

Je suis inquiet que l'épisode Íngrid ne cause un ‘lynchage’ général des victimes qui réclament l'attention de l'Etat.

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