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Brésil : les revendications des afro-brésiliens pour une discrimination positive sont rejetées

La discrimination positive, l'une des questions les plus controversées au Brésil, en débat au Congrès brésilien depuis les débuts des années 2000, a finalement été écartée du Statut de l'Égalité Raciale qui a été adoptée le 16 juin dernier par le Sénat. La proposition de loi, qui devait mettre en œuvre un système de quotas temporaires obligatoires pour les Afro-Brésiliens dans les universités, les entreprises et les partis politiques, a été rejetée ainsi que les mesures d'incitations pour les entreprises privées adoptants ce système [en portugais, comme tous les liens]. Selon les groupes pro-discrimination positive, la décision d'exclure la proposition de loi n'a pas pris en compte l'histoire des processus qui ont conduit aux inégalités socio-raciales du Brésil d'aujourd'hui. De l'autre côté, les adversaires de ce type de politique pour l'intégration des afro-brésiliens parlent de discrimination à rebours et d'incitation aux tensions raciales.

La veille du vote au congrès, le blog No Race, qui se dit tout à la fois anti-raciste et contre les politiques publiques basées sur la race, a mis en ligne les arguments du sénateur Demóstenes Torres, opposé à la discrimination positive. Le sénateur, membre du DEM (Parti Démocrate), un parti d'opposition au parti  PT du Président Lula,  explique que le concept de race n'existe pas et pourquoi il a fait retirer du texte – mais pas du titre du «Statut de l'égalité raciale» – les termes «race», «raciale» et «ethno-raciale».

O genoma humano é composto de 20 mil genes. As diferenças mais aparentes (cor da pele, textura dos cabelos, formato do nariz) são determinadas por um conjunto de genes insignificantemente pequeno se comparado a todos os genes humanos.

Le génome humain est composé de 20 000 gènes. Les différences les plus apparentes (couleur de la peau, texture des cheveux, forme du nez) sont déterminées par un groupe restreint de gènes insignifiants au regard d'ensemble des gènes humains.

Quilombola (NdT: descendante d'esclaves en fuite), sur Flickr, Galerie de Gabriela Amorim, sous licence CC

Cette perspective ne prend pas en compte l'Histoire et les politiques qui ont jadis fait usage du concept de race et de racisme scientifique pour l'exploitation et la colonisation (des terres). Ce problème remonte à bien plus que sept ans et dépasse le cadre d'une loi au Congrès. Le blog Controvérsia raconte une histoire bien différente de l'histoire à  fin heureuse que les Brésiliens ont fréquemment de l'abolition  de l'esclavage. Il raconte combien la lutte des afro-brésiliens pour l'intégration et des réparations (NdT: pour l'esclavage) a été importante, bien plus que les Brésiliens le pensent généralement.

O final do século XIX e o início do XX foram marcados por uma batalha pela memória das lutas populares abolicionistas e pelas demandas de integração e cidadania.
Em várias regiões do país surgiram associações, entidades e clubes formados por libertos e pela população negra em geral, pertencentes tanto aos setores literários quanto aos meios operários ou recreativos. O principal apelo organizativo era reunir-se para tratar de assuntos do interesse dos “homens de cor” ou das “classes de cor”. Nessa época, surgiu um vocabulário político próprio dos negros, por meio do qual avaliavam sua inserção na sociedade, suas demandas, seus comportamentos, suas estratégias, suas formas de atuação e suas denúncias e protestos contra a ordem social vigente.

La fin du 19e siècle et le début du 20e ont été marqués par une bataille pour la mémoire des luttes pour l'abolition de l'esclavage et par des revendications d'intégration et de citoyenneté.
Aux quatre coins du pays ont surgi des associations, des mouvements et des clubs composés d'esclaves libérés et de la population noire en général, des intellectuels aux milieux ouvriers ou artistiques. Le principal attrait de ces organisations résidait dans les réunions pour discuter de sujets concernant les “hommes de couleur” ou les “classes de couleur”. C'est à cette époque-là qu'est apparu un vocabulaire propre aux noirs, au moyen duquel ils mesuraient leur insertion dans la société, leurs exigences, leurs comportements, leurs stratégies, leurs manières d'agir et leurs revendications et manifestations contre l'ordre social en place.

Sur le Blog da Preta, Jaqueline Lima Santos exprime aussi sa déception de voir l'état brésilien s'exonérer de sa responsabilité historique dans ses réponses aux très anciennes revendications des Noirs brésiliens :

O acordo que possibilitou a aprovação do Estatuto (e que será usado como bandeira no processo eleitoral tanto pelo PT quanto pelo DEM), simplesmente enterrou as reivindicações históricas do povo negro, uma vez que o texto aprovado excluiu as cotas para negros nas universidades, nos partidos e nos serviços públicos; excluiu a garantia do direito a titulação das terras quilombolas; excluiu a defesa e o direito a liberdade de prática das religiões de matriz africanas e não fez referência a necessidade de atenção do Estado ao genocídio cometido pelas polícias que vitimam a juventude negra.

L'accord qui a rendu possible l'approbation du Statut de l'égalité raciale (et qui sera utilisé comme un drapeau au cours des campagnes électorales tant par le PT que par le DEM), a simplement enterré les revendications historiques du peuple noir, puisque le texte approuvé exclut les quotas pour les Noirs dans les universités, les partis politiques et les services publics ; il exclut la garantie du droit à la propriété des terres “marrons” (NdT: les terres des anciens esclaves en fuite) ; il exclut la défense et le droit aux pratiques religieuses de racines africaines et ne fait aucune référence à la nécessité de reconnaitre la part que l'état a pris au génocide à travers ses différentes polices (NdT: Fédérales et d'état), et dont a été victime la jeunesse noire brésilienne.

Galerie de Canhotagem, sur Flickr, sous licence CC

Selon le Movimento Cisne Negro [Mouvement Cygne noir], le refus du gouvernement de concéder le droit de réclamer des terres au statut litigieux aux quilombolas est atténué parle fait que l'État reconnait qu'elles  doivent bénéficier d'un traitement spécial des pouvoirs publics. De leur point de vue, il existe des points positifs dans le Statut qui doivent être défendus. Parmi ceux-ci, le fait d'inclure l'histoire des Noirs dans les manuels de l'école primaire, ainsi que la reconnaissance de la contribution des Noirs brésiliens (à l'histoire de ce pays).

O primeiro mérito do Estatuto da Igualdade Racial é derrotar definitivamente o mito da democracia racial entranhado nas instituições públicas brasileiras e iniciar sua construção na prática. Através dele, o Estado reconhece que a desigualdade social pesa negativamente sobre a população negra, reconhece que o racismo é um elemento construtor de desigualdade e reconhece a necessidade de implantar políticas públicas para superar as desigualdades sociais, educacionais e econômicas no seio do povo brasileiro. Num país que sempre negou suas imperfeições, se recusou a mudar, naturalizou o fosso social que separa pobres e ricos, negros e brancos, uma lei que estabelece resgate de direitos demonstra grande evolução civilizatória.

Le premier mérite du Statut de l'égalité raciale est de vaincre définitivement le mythe de la “démocratie raciale”, si bien ancré dans les institutions publiques brésiliennes, et de commencer ainsi sa construction dans la pratique. Par ce moyen, l'état reconnaît que l'inégalité sociale pèse négativement sur la population noire, il reconnaît que le racisme est facteur d'inégalités et la nécessité d’ introduire des politiques publiques pour dépasser les inégalités sociales, économiques et dans l'éducation au sein du peuple brésilien. Dans un pays qui a toujours nié ses imperfections, qui s'est toujours refusé à changer, et qui a institutionnalisé le fossé social séparant pauvres et riches, noirs et blancs, une loi qui établit le retour des droits démontre une grande évolution de civilisation.

D'autres, qui se positionnent contre la discrimination positive, pensent que le problème vient du fait que tout, dans ce système, est basé sur des critères raciaux, au détriment de la condition sociale. Tel est le cas de Vandeler Ferreira, un avocat blogueur de Rio de Janeiro:

Me perdoem aqueles que defendem as denominadas “políticas afirmativas” por questões raciais que, ao meu ver, nada tem de afirmativas, exatamente porque ferem o tratamento igualitário, constitucionalmente previsto. Repito, as cotas nas universidades gratuitas deveriam ser por nível social para àqueles menos favorecidos. Aliás, o que temos que buscar é o acesso ao ensino, em qualquer nível, até mesmo pós-universitário, para todos, sem exceção, de forma universal e gratuita. Pela enorme carga tributária brasileira, seria o mínimo de devolução do Estado para o cidadão.

Qu'ils me pardonnent, ceux qui défendent les prétendues “politiques de discrimination positive” pour des questions raciales qui, à mon avis, n'ont rien de positives, exactement parce qu'elles vont à l'encontre de l'égalité prévu par la Constitution. Je le répète, les quotas dans les universités gratuites devraient être basés sur des critères sociaux, pour ceux qui sont moins favorisés. Et de toute façon, ce à quoi nous devons aspirer est l'accès à l'enseignement, à quelque niveau que ce soit, jusqu'au troisième cycle universitaire, pour tous, sans exception, de manière universelle et gratuite. Vu l'énorme taux d'imposition au Brésil, ce serait bien le minimum que l'état pourrait faire, en terme de redistribution pour les citoyens.

Le Statut, sans les points revendiqués, doit encore être validé par le Président Lula. Mais même s'il n'est pas approuvé, les associations d'afro-brésiliens promettent de continuer leur lutte maintenant que, finalement, leurs revendications historiques ont officiellement été reconnues.

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