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Côte d'Ivoire : les trois journalistes emprisonnés sont libérés

[Liens en français ou en anglais] Les trois journalistes ivoiriens du journal Le Nouveau Courrier d'Abidjan qui avaient été écroués pour avoir refusé de révéler leurs sources ont enfin été libérés lundi 26 juillet au soir, après deux semaines d'incarcération. Le 13 juillet, Le Nouveau Courrier avait publié une enquête d'investigation sur la filière d'exportation cacao-café Côte d'Ivoire, ce qui avait entrainé une perquisition dans les bureaux du journal. Faute de trouver les documents utilisés pour l'article, et devant le refus de la rédaction de les transmettre à la police, le directeur de la publication Stéphane Guédé, le directeur de la rédaction Théophile Kouamouo [ qui a reçu une bourse Rising Voices] et le rédacteur en chef Saint Clavier Oula ont été placés en garde à vue. Deux jours plus tard, ils étaient écroués, et attendaient leur jugement depuis. Les charges, telles que citées par le site Rue89, étaient :

* « vol de document administratif »,
* « diffusion d'information sur un dossier judiciaire non encore évoqué à l'audience publique »,
* « révélation d'un document couvert par le secret ».

Théophile Kouamouo et Saint-Clavier Oula

Le juge devait rendre sa décision vendredi 23 juillet. De nombreux amis, collègues et blogueurs s'étaient rendus au tribunal pour soutenir les journalistes avec des t-shirts vendus via  Facebook et le bouche-a-oreille depuis la veille. L'inscription sur le t-shirt:

Devant :

Liberté Fragile
Pour le journalisme d'investigation

Dos :

Pour tous ceux qui:
-n'abandonnent jamais !
-œuvrent pour la vérité !
-croient en une liberté d'expression !

Vendredi, l'audience a été repoussée jusqu'au lundi, sans motivation. Le Comité ivoirien pour la protection des journalistes (qui a également publié un communiqué sur l'affaire) a organisé une manifestation pour leur libération devant le tribunal d'Abidjan. Selon des participants du site Avenue225, les journalistes qui manifestaient se sont repliés vers la cathédrale proche sous les menaces de la police. Un peu plus tard,  Jean-Patrick Ehouman annonçait sur Twitter:

à Abidjan, la police vient d'entrée dans la cathédrale pour s'en prendre aux journalistes manifestants.violation des franchises religieuses

Manifestation de journalistes ivoiriens le 23 Juillet

Le blog du journal Le Nouveau Courrier fait état de  violences de la part de la police :

Les hommes en tenue ont arraché, au vu et au su de tous les témoins, des portables de certains confrères. L’appareil photo d’un confrère de Nord-Sud quotidien – qui a essuyé des coups de matraque et bottes des agents de police – a été confisqué par les éléments du commissaire Oré. Il a dû se battre contre la horde de policiers pour retrouver son matériel de travail.

Théophile Kouamouo au tribunal

Lundi, la tension et les espoirs étaient vifs au tribunal. L'audience, qui a duré plusieurs heures, l'affaire étant examinée depuis le début, a été commentée en direct sur Twitter par une blogueuse présente sur place Nnenna Nwakanma (très active dans le milieu du logiciel libre) en utilisant le mot-clé #kouamouo. Elle a annoncé le jugement vers 20 heures, heure locale (en anglais) :

Non coupable. Not guilty. C'est le jugement. Merci à tous pour votre soutien.
Jugement charge n°2, recel de documents volés: non coupable
Jugement charge n° 3: vol de pièces d'instruction procureur : non coupable
Jugement charge n° 4 : Publication d'informations couvertes par le secret de l'instruction : coupable. Amende équivalente à  10 000 dollars US et suspension de la parution du journal pendant quinze jours

Cependant les journalistes ne devaient être réellement libérés que mardi matin. Après avoir fêté la bonne nouvelle, le blogueur et entrepreneur ivoirien  Christian Roland a demandé :

pourquoi un homme libre doit il dormir encore une nuit en prison a cause de la procédure????

Il a ajouté :

C'est décidé dans 15 jours je m'abonne au nouveau courrier

Sur Facebook, de nombreuses photos ont été publiées avec des messages de félicitation. Manasse Dehe, le créateur du groupe Facebook  “POUR LA LIBERATION DE THEOPHILE KOUAMOUO ET SES COLLABORATEURS” a publié le message suivant :

Vive la liberté de la Presse. Merci, merci, merci, nous n'oublierons jamais tous ceux qui ont signé les pétitions en ligne, qui ont mis à jour leurs statuts par rapport à la libération des journalistes du nouveau courrier, et qui sont allés les voir en prison. Maintenant on parlera de tout ceci au passé. Nous avons obtenu la victoire et c'est en partie grâce à vous !!!!!

Préparons nous à accueillir les héros du journalisme d'investigation, ceux qui mettent leurs vies en péril pour offrir aux ivoiriens l'information de qualité. Que du Bonheur ce soir au sein de la rédaction du Nouveau Courrier ce soir

2 commentaires

  • Nous ne devrions pas encore chanter victoire car la lutte n’est pas terminée. Exiger le paiement d’une caution de $10 000 et suspendre un média pendant 15 jours ce sont de lourdes condamnations.

    Si on n’arrivait pas à les annuler, je suggère qu’une collecte soit organisée en ligne pour aider Le Nouveau Courrier.

    L’Afrique ne pourra se libérer de la dictature et de la mal-gouvernance que par un journalisme vraiment indépendant capable d’ouvrir les yeux aux citoyens sur ce que les dictateurs et leurs laquais manigancent à leur dépens.

  • Pingback: TCOMTCHAD

    […] presse sont la clé du développement en Afrique. Assale le sait d’expérience personnelle. Non sans ressemblance avec ses confrères du Nouveau Courrier il y a quelques semaines, Assale a passé 12 mois derrière les barreaux de décembre 2007 à […]

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