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Chili : des prisonniers mapuches en grève de la faim pour protester contre une loi anti-terroriste

[Les liens sont en anglais ou en espagnol] Le 12 juillet 2010, 14 mapuches, détenus dans les prisons de Concepción, Angol, Temuco et Valdivia, ont commencé une grève de la faim pour dénoncer la manière dont le gouvernement chilien traite les communautés mapuche au sud du Chili. La grève a surtout pour but surtout de mettre fin à l'utilisation de la loi chilienne d'exception contre le terrorisme envers les prisonniers mapuche.

Hier, les prisonniers Carlos Muñoz Huenuman et Eduardo Painemil Peña se sont joints à la grève dans une prison à  Lebu – un total de 31 prisonniers mapuche sont maintenant en grève. Muñoz et Painemil déclarent  dans un communiqué de presse publié sur le blog Pais Mapuche (Mapuche Nation) :

Con esta medida extrema y justa, extendemos la resistencia llevada a cabo por los presos políticos Mapuche en los distintos penales chilenos, que busca denunciar las injusticias cometidas en contra de nuestro pueblo, las que se ven reflejadas en violentos allanamientos, donde sus víctimas son principalmente ancianos y niños; la utilización indiscriminada y arreglada de testigos protegidos incluyendo menores de edad; el excesivo tiempo de las investigaciones encabezadas por el Ministerio Público que sólo perpetúan la prisión preventiva y en definitiva, rechazar los montajes político-judiciales, sustentados por la aplicación de la Ley antiterrorista, que buscan encarcelar a luchadores sociales Mapuche que hacen frente a la guerra de exterminio que nos declaró el Estado chileno.

Par cette action extrême et juste, nous soutenons la résistance des prisonniers politiques mapuche détenus dans différentes prisons chiliennes, qui dénoncent les injustices commises contre notre peuple.[Ces injustices] sont illustrées par les raids violents, durant lesquels les victimes sont principalement des personnes âgées et des enfants ; par le recours excessif à des témoins sous protection [qui] incluent des enfants mineurs; par la durée excessive des enquêtes conduites par le bureau du procureur général, qui prolonge seulement la détention préventive. Enfin, nous demandons le rejet du cadre politico-judiciaire, créé par l'application de la loi contre le terrorisme, qui vise à emprisonner des militants mapuches qui s'opposent à la guerre d'extermination déclarée contre nous par l'état chilien.

Photo prise par Patricio Valenzuela, utilisée sous licence Creative Commons

Les prisonniers mapuches de la prison d'Angol ont publié un communiqué sur le site web Kilapan posant ces exigences :

a) Devolución inmediata del Territorio ancestral Mapuche.

b) Fin a la aplicación de la Ley Antiterrorista, a las justas demandas y movilizaciones sociales del Pueblo Nación Mapuche.

c) NO más montajes Políticos Judicial, bajo la utilización de Testigos Protegidos o sin Rostro.

d) Nulidad al juicio de Lorenzo Alex Curipan Levipan, comunidad Mapuche Rankilko.

e) Desmilitarización de las Comunidades Mapuche.

f) Basta de Persecución Política Judicial del Estado Chileno al Pueblo Nación Mapuche, no mas asesinatos.

g) NO más doble procesamientos de la Justicia Civil y Militar.

h) Libertad a todos los Prisioneros Políticos Mapuche.

i) La inhabilitación del fiscal anti-mapuche miguel Ángel Velazquez por su actitud inconstitucional, en los procesos judiciales, mafioso, torturador y racista.

a) Restitution immédiate des terres ancestrales mapuches.
b) Fin de l'application de la loi contre le terrorisme en réponse aux exigences légitimes et aux manifestations publiques de la Nation mapuche.
c) Plus de cadre politico-judiciaire [basé] sur l'utilisation de témoins protégés ou anonymes.
d) Annulation des procédures contre Lorenzo Alex Curipan Levipan [de la] communauté Rankilko Mapuche.
e) Démilitarisation des communautés mapuches.
f) Plus de poursuites politico-judiciaires de l'état chilien contre le peuple [la Nation] mapuche, plus jamais d'assassinats
g) Plus de doubles jugements dans [les systèmes] juridiques civils et militaires.
h) Liberté pour les prisonniers politiques mapuches.
i) Suspension du juge Miguel Ángel Velazquez, ennemi des mapuches, pour son attitude anticonstitutionnelle dans les procédures judiciaires, un mafieux, tortionnaire et raciste.
Les demandes de tous les prisonniers qui participent à la grève semblent coïncider. Leurs déclarations respectives diffèrent principalement dans le ton, mais toutes dénoncent la loi chilienne contre le terrorisme.

La loi

La loi chilienne contre le terrorisme, un décret de l'ère Pinochet largement utilisé dans les années 70 sous la dictature, autorise le jugement de civils par des tribunaux militaires, ainsi que la présentation de témoins “sous protection” dont les témoignages sont entendus et enregistrés de façon anonyme.

Montserrat Nicolas (@Curvaspoliticas) commente sur Twitter :

chile no tiene por qué seguir con la ley antiterrorista. es aberrante y corresponde a 1 idea POLITICA. chile no es colombia ni EEUU.

Le Chili n'a pas de raison de continuer avec la loi contre le terrorisme. C'est aberrant et ça relève d'une autre idéologie politique. Le Chili n'est ni la Colombie ni les États-Unis.
A propos de cette loi, le blog Mira lo que pasa Chile (Regarde ce qui arrive, Chili) publie l'opinion du co-directeur de l'organisation des droits humains Observatorio Ciudadano :

Esta legislación ha sido aplicada preferentemente y casi exclusivamente a personas vinculas a los movimientos okupas, anarquistas y a personas mapuches […E]s una paradoja que el Gobierno […] valore la liberación de los presos políticos en Cuba […] y no tenga el mismo criterio con quienes claramente pueden ser considerados como presos políticos, en el caso de los mapuches encarcelados por la ley antiterrorista.

Cette loi a été appliquée principalement, presque exclusivement, aux militants proches du mouvement des squatters, aux anarchiste [ainsi qu'aux] mapuches […]. C'est un paradoxe que le gouvernement […] milite pour la libération des prisonniers politiques à Cuba […] et n'applique pas les mêmes critères à ceux qui pourraient être clairement considérés comme des prisonniers politiques, comme les mapuches emprisonnés en vertu de la loi contre le terrorisme.

Le Chili a été critiqué par les organisations internationales pour l'utilisation de cette loi. Dans le rapport “Undue Process,” l'organisation Human Rights Watch a qualifié la situation des mapuches en ces termes :

Outre les problèmes de procédure que présente l'usage de la loi contre le terrorisme (de tels cas sont entendus dans les tribunaux ordinaires), des mapuches sont accusés de violence contre la police et jugés par des tribunaux militaires lors de procès qui ne remplissent pas les conditions premières d'indépendance et d'impartialité. C'est peu surprenant que les mapuches pensent que le nouveau système judiciaire progressiste du Chili, en vigueur depuis 2000 dans les régions les plus touchées par les conflits, confère des avantages à tout le monde sauf à eux.

Plus tôt, en juin 2010,  des activistes mapuches ont fait appel à la Commission des Nations Unies pour les droits de l'homme contre cette loi et contre ce qu'ils considèrent comme une persécution politique menée par l'état contre eux.

Photo sur Flick de antitezo, utilisée sous licence Creative Commons

Des médias sourds et aveugles

Bien que plus de vingt prisonniers mapuches soient maintenant en grève de la faim et malgré le fait qu'ils constituent environ un tiers du nombre total de mapuches incriminés sous la loi anti-terroriste, les médias chiliens n'ont pas donné à l'affaire l'importance qu'elle mérite.

Gonzalo Larenas (@GonzaloLarenas) réfléchit à l'insuffisance de la couverture médiatique :

Esto es noticia y no se comenta, q pasa? 29 mapuche siguen en huelga de hambre en protesta por la Ley Antiterrorista http://bit.ly/cThwzp

C'est une nouvelle et elle n'est pas commentée, qu'est-ce qui arrive? 29 mapuches continuent leur grève de la faim pour protester contre la loi anti-terroriste http://bit.ly/cThwzp.

Jusqu'à présent seules les autorités régionales, plus précisément le gouverneur de la  Province de Cautín, ont commenté la grève en cours. Le gouvernement chilien de Sebastián Piñera n'a pas encore fait de déclarations publiques sur la situation des 31 détenus mapuches.

Des manifestations sont programmées pour le 2 aout 2010 à Concepción, Valdivia et Santiago.

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