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Mauritanie, Algérie : analyses des retombées du raid lancé pour la libération de Germaneau

Le 25 juillet, le raid franco-mauritanien lancé contre la branche maghrébine d’Al Qaida (AQIM) sur le territoire malien a échoué à libérer le travailleur humanitaire Michel Germaneau, qui a été exécuté par les preneurs d’otage. Le raid a provoqué des tensions diplomatiques alors même que la France réaffirme sa volonté de renforcer la lutte contre le terrorisme [en anglais] et contre l’AQIM en particulier. Les blogueurs de la région du Sahel sont las de ces tendances révélées par les derniers événements, telles la montée de la radicalisation chez les jeunes de la région et les dynamiques diplomatiques complexes à l'œuvre entre les différentes nations.

La région d’Azawargh via Wikimédia

La radicalisation de la jeunesse est symbolisée par le nom d’Abdelkader Ould Ahmednah, un combattant mauritanien de l’AQIM tué durant le raid. Le blogueur et activiste mauritanien Nasser Weddady explique pourquoi il faut prêter d'avantage attention à la manière dont Abdelkader Ould Ahmednah en est venu à s’engager dans l’AQIM [en anglais]:

Ould Ahmednah avait un chemin tout tracé pour devenir, comme beaucoup d’autres jeunes de sa tribu, un businessman prospère. Il en a décidé autrement. Ould Ahmednah et ses frères et sœurs font partie de l’élite privilégiée de ce pays. Ils n’ont pas été poussés dans le Jihadisme violent par la pauvreté. Ils ont été séduits par cette idéologie car le système éducatif mauritanien en deliquescence les a nourris de l’idée que l’Islam est le cœur de leur société et qu’il sont les citoyens de la République Islamique de Mauritanie. Or, ils ne peuvent réconcilier cet idéal avec les réalités d’un monde qui s’écroule sous leurs yeux. Le dernier sursaut de la foi pour eux est de se dire que si la société est égarée, ce doit être qu’elle a besoin de revenir à ses valeurs essentielles.

Nasser Weddady ajoute:

Je pense qu’aussi longtemps que le discours national mauritanien mettra l’accent sur l’Islam, un Islam bien vague d’ailleurs, comme le centre de notre identité nationale, nous créerons toujours plus de Ould Ahmednah. Il suffit de brandir l'Islam (ce que font d’ailleurs déjà les Frères Musulmans)  pour déguiser n’importe quel message idéologique, afin de recruter une génération à la dérive cherchant à quoi se raccrocher.

Le blogueur Kal at The Moor Next Door met l’accent sur le fait que l’idéologie de l'AQIM entre en résonance avec celle des jeunes Mauritaniens riches et ajoute [en anglais]:

C’est important dans le contexte de dé-tribalisation ( comme la population urbaine augmente, les journaux arabes internationaux, les médias par satellite et l’accès à internet, les gens, remplacent l'attachement exclusif à la famille ou la tribu par des attaches plus internationales, que ce soit nationalistes, arabistes, islamistes ou peu importe) qui s’est rapidement étendue en Mauritanie depuis la fin des années 70. Cela ne veut pas dire que les jeunes hommes « modernes » se détachent du tribalisme, mais simplement qu’ils entrent dans un nouveau niveau de conscience politique qui les rapproche de revendications plus larges (par exemple, AQIM est capable d’utiliser les liens familiaux/tribaux pour recruter, comme dans ce cas, mais seulement en traversant les frontières claniques qui autrement isolent les tribus de l’internationalisme).

Kal fait aussi le point dans ce billet sur le sentiment des autorités algériennes qui estiment qu’elles auraient pu être consultées pour plus d’informations avant d’entreprendre le raid :

Le raid s’est fait sans le soutien des Algériens, sans connaissance préalable du terrain et est allé à l’encontre des commandements mis en place à Tamanrasset après la conférence régionale contre le terrorisme qui s’est tenue plus tôt dans l’année. De leur point de vue, le raid n’a pas tenu compte des structures de sécurité régionales mises en place spécialement pour combattre l’AQIM. Les Français auraient apporté le soutien logistique et technique tandis que les Mauritaniens s’occupaient du gros équipement. Selon une source algérienne, le fait que la France se soit associée à ce raid va juste donner l’image que « la France a attaqué un camp africain et tué des musulmans. Ils vont se faire des ennemis. Ils mettent les efforts africains en danger s’ils s’associent trop publiquement à ces choses là, parce que cela va nous faire passer pour des larbins, comme si c’était les Français qui combattaient réellement le terrorisme, alors que c’est nous ». D’autres sources algériennes disent que l’implication algérienne pourrait discréditer les activités anti-AQIM autant que l’action de la France (pour des raisons de doctrine/mentalité et de l’attitude des Maliens envers les Algériens). D’autres croient que l’implication algérienne pourrait engendrer des querelles sanglantes et inutiles parmi la population locale. Les sources maliennes et mauritaniennes rapportent que, au cours des 6 derniers mois, des contrebandiers arabes du Mali ont ouvert le feu depuis des hélicoptères algériens près de la frontière algérienne.

Sur twitter, Kal informe qu’un second raid algérien s’est déroulé la même semaine que le raid franco-mauritanien et que : « les Algériens ont refusé de participer [à ce raid] car ils voulaient utiliser le raid français comme couverture ».

L’aire d’influence de l’ AQIM  via Orthuberra sur Wikimedia

Jeune Afrique rapporte que, contrairement aux allégations de l’AQIM, les autorités françaises ont annoncé ne pas avoir négocié avec l’AQIM avant le raid:

L'Élysée le martèle depuis le début : les ravisseurs de Michel Germaneau, l’otage français dont l’exécution a été annoncée le 25 juillet dernier, ont toujours refusé de négocier. Lundi 2 août encore, Paris n’a pas dévié de cette version.

Jeune Afrique a également indiqué que les autorités algériennes étaient peut être bien informées du raid pour libérer Germaneau, après tout :

D’habitude prompte à dénoncer « ce type d’ingérence, Alger s’est cette fois abstenu. Il faut dire que le Quai d’Orsay lui a coupé l’herbe sous les pieds en annonçant que les autorités algériennes avaient été informées au préalable.

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