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Porto Rico : Décès de la militante indépendantiste Lolita Lebrón

La militante indépendantiste porto-ricaine Lolita Lebrón [en anglais] est décédée le dimanche 1er août 2010 à l’âge de 90 ans. Elle était à la tête d’un commando indépendantiste porto-ricain qui attaqua le Congrès des Etats-Unis le 1er mars 1954 pour dénoncer la situation coloniale de l’île sous domination américaine.

Lolita Lebrón

Ce jour-là, les nationalistes Lolita Lebrón, Rafael Cancel Miranda, Irving Flores et Andrés Figueroa Cordero avaient ouvert le feu dans la Chambre des Représentants et avaient déroulé un drapeau porto-ricain. Lolita Lebrón avait crié “¡Viva Puerto Rico libre!” (Vive Porto Rico libre!). Elle aurait tiré au plafond. Cinq membres du Congrès avaient été blessés mais aucun d’entre eux n’était décédé des suites de ses blessures. Après son arrestation, elle déclara : « Je ne suis pas venue ici pour tuer qui que ce soit. Je suis venue mourir pour Porto Rico ». Elle passa 25 ans de sa vie dans une prison fédérale aux Etats-Unis. Le Président Jimmy Carter la gracia en 1979.

Lolita Lebrón était restée fidèle à ses convictions. En juin 2001, elle avait été arrêtée pour acte de désobéissance civile pacifique en signe de protestation contre la présence militaire de la flotte américaine sur l’île porto-ricaine de Vieques [en anglais]. Après des années d’intense activisme et d’actions massives de désobéissance civile, la flotte américaine s’était retirée de l’île qu’elle avaient utilisée comme base militaire et terrain de manoeuvre pour bombardements durant 60 ans. Plus tard, elle déclara publiquement qu’elle en était venue à penser que les actes non-violents étaient plus efficaces que la lutte armée [en espagnol].

Le jour de sa mort, dimanche dernier, Lolita Lebrón a été honorée une dernière fois par une centaine de personnes lors d’une cérémonie commémorative à l’Ateneo Puertorriqueño. Ils ont assisté à la messe à la cathédrale San Juan le lundi 2 août et à son enterrement dans le vieux cimetière de San Juan où reposent d’autres importantes figures de l’indépendance, comme le Président du Parti Nationaliste Porto Ricain Pedro Albizu Campos [en anglais].

Le cercueil de Lolita Lebrón recouvert du drapeau porto-ricain entre dans l'Ateneo. Photo utilisée avec la permission de Verónica Rivera Torres.

Lolita Lebrón a gagné le respect d’individus de différentes sensibilités politiques [en espagnol]. Mais elle suscite toujours la controverse dans certains groupes. Pour certains, c’est une combattante de la liberté, alors que d’autres condamnent ses méthodes violentes. La plupart des blogueurs porto-ricains ont néanmoins honoré sa mémoire. La blogueuse féministe Nahomi Galindo a rassemblé un groupe de femmes pour qu’elles écrivent à propos de Lebrón et a posté leurs textes sur son blog Poder, Cuerpo y Género [en espagnol]. Une des participantes, la militante féministe, journaliste et intellectuelle Norma Valle Ferrer, a décrit Lolita Lebrón comme le symbole de la femme independentista :

Lolita Lebrón ha sido la heroína emblemática de las mujeres independentistas de Puerto Rico durante décadas. Esto es así sin menoscabo de sus compañeras del nacionalismo, el independentismo y el socialismo, desde Mariana Bracetti hasta las lideresas universitarias de nuestros días. El desempeño de su tarea revolucionaria y la imagen pública de Lolita no fue mediatizada ni por el sexismo histórico ni por los medios de comunicación. No pudieron hacerlo. Su acto heroico y la foto que la convirtió en un ícono la marcaron como líder de un comando armado, como mujer a quien nadie calla, como decidida en la lucha por su patria.

Lolita Lebrón a été pendant des décennies l'héroïne emblématique des femmes indépendantistes de Porto Rico. Cela n’a pas fait ombrage à l’importance de ses compagnes, nationalistes, indépendantistes ou socialistes, de Mariana Bracetti aux leaders étudiantes actuelles. Son engagement révolutionnaire et son image auprès du public n’ont pas été influencés par le sexisme historique ou par les médias de masse. Ils n’en avaient pas la capacité. Son acte héroïque et la photographie qui l’ont érigée au rang d’icône l’ont montrée comme la meneuse d’un commando armé, comme une femme qu'on ne réduit pas au silence, déterminée à se battre pour son pays.

Sur le même blog, l’avocate et militante Eva Prados décrit Lolita comme une militante des droits de l’homme :

Lolita fue y será una de las grandes líderes femeninas de nuestro país. Ella nos (re)afirma el papel protagónico que han tenido las mujeres en la historia de éste pueblo, aunque nuestra historiografía oficial tienda a resaltar las figuras masculinas. Pero lo que la mantendrá viva por siempre en mi recuerdo fue su valor y entrega por el respeto a los derechos humanos de todos y todas con su lucha por la libertad y libre determinación del pueblo puertorriqueño, derechos humanos del más alto rango a nivel internacional, y el cual nuestra Lolita no renunció a reclamar hasta el final.

Lolita fut et reste une des plus importantes leaders féminines de notre pays. Elle est un exemple de rôle de meneur que les femmes ont endossé dans l’histoire de ce peuple, bien que notre histoire officielle ait tendance à mettre en avant les hommes. Je me souviendrai d’elle pour son courage et son engagement pour les droits humains par sa lutte pour la liberté et pour l’autodétermination de Porto Rico. Elle s’est battue jusqu’à la fin de sa vie pour défendre les droits humains de la plus grande importance à l’échelle internationale.

Liza Sabater, une blogueuse porto-ricaine qui habite New York et fondatrice de culturekitchen [en espagnol], rend également hommage à Lolita :

Une des erreurs les plus grossières que font les Américains est de dire que Lolita était une représentante d’une frange de nationalistes porto-ricains. Etre nacionalista à Porto Rico, c’est croire que nous avons le droit, en tant que pays, à notre propre identité culturelle ainsi que de gagner notre droit d’être une nation souveraine sur le plan politique et économique.

Le nacionalismo à Porto Rico est la réaffirmation sociale, culturelle et politique de notre souveraineté en tant que culture, nation et pays indépendant. Je veux bien être damnée si vous trouviez beaucoup de Portos-ricains prêts à réfuter qu’ils détiennent ces droits.

Si vous sondiez Porto Rico en posant cette simple question « Vous considérez-vous de culture porto- ricaine ou américaine ? », vous obtiendriez une écrasante réponse « de culture porto-ricaine », car d’un point de vue social et culturel, nous sommes tous des nacionalistas.

Lolita Lebrón n’était pas une marginale dans une masse de Porto-ricains colonisés qui chantent « Oh Hosay Canyu Sí ». C’était une marginale dans le sens où elle était disposée à ouvrir le feu sur le Congrès américain et probablement à mourir pour la cause de l’indépendance de Porto Rico. C’est pourquoi elle est considérée comme une terroriste par nombre de colonialistes américains alors qu’elle est considérée comme une héroïne par beaucoup de Porto-ricains comme moi.

La blogueuse féministe et avocate Verónica Rivera Torres se souvient à quel point ses parents admiraient Lolita [en espagnol] :

De niña, crecí escuchando la historia de cómo mi papá y mi mamá (antes de yo haber nacido) fueron a recibir a Doña Lolita Lebrón, cuando ella, Irving Flores y Rafael Cancel Miranda fueron liberados. Habían pasado más de 25 años en prisión por haber disparado en el Congreso de los Estados Unidos.
La esperaron en la Avenida Baldorioty de Castro y, en caravana, la acompañaron hasta la tumba de don Pedro Albizu Campos.
Hoy Lolita ha fallecido. Mi madre ha encendido dos velas en su nombre. Todas aquellas y aquellos que soñamos con otro país estamos de luto.

Lorsque j’étais enfant, j’ai grandi en écoutant l’histoire de mon père et de ma mère (avant ma naissance) allant accueillir Doña Lolita Lebrón à sa sortie de prison en compagnie de Irving Flores et Rafael Cancel Miranda. Ils avaient passé plus de 25 ans en prison pour avoir ouvert le feu dans le Congrès américain. Ils l’ont attendue avenue Baldorioty de Castro, et ils l’ont suivie en cortège jusqu’à la tombe de Pedro Albizu Campos.
Aujourd’hui, Lolita est morte. Ma mère a brûlé des cierges en sa mémoire. Nous tous, qui rêvons d’un autre pays, sommes en deuil.

* Première image : Lolita Lebrón par le projet artistique Dignidad Rebelde sous licence Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike

The Washington PostThe New York Times et The Los Angeles Times ont publié des nécrologies sur Lolita Lebrón.

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