Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Jordanie : Big Brother vous surveille en ligne

La communauté en ligne jordanienne a connu un réveil brutal en apprenant la condamnation à de deux années de prison prononcée contre Imad Al-Ash, pour avoir “insulté” le roi de Jordanie sur une messagerie instantanée. L'étudiant en informatique a été détenu et torturé pendant 5 mois, avant que son cas ne soit examiné par une cour de sûreté de l'État. Des blogueurs jordaniens s'expriment ici.

Naseem Al Tarawnah écrit que la sentence est “si lourde qu'on ne peut même pas en rire”.

Il ajoute :

Premièrement, le fait d'être au 21ème siècle et que les Jordaniens puissent être poursuivis pour crime de lèse-majesté – une loi si archaïque qu'on peut se demander comment un pays peut vouloir continuer à l'utiliser, tout en se proclamant progressiste – me dépasse. Ce serait plutôt une de ces lois dont l'Histoire du monde a prouvé qu'elle était inutile et inefficace. Cela n'empêche pas les gens d'insulter les dirigeants du pays, au contraire : cela les encourage à les critiquer à cause de cette pratique (comme au Maroc ces derniers jours) ; de plus, cela enracine l'idée que l'on vit dans un État autoritaire.

Al Tarawnah continue :

Deuxièmement, la Cour de Sûreté de l'État qui poursuit un étudiant pour avoir dit quelque chose sur une messagerie instantanée ? Non seulement cela diminue la crédibilité et la légitimité de cette instance judiciaire, mais en plus, cette même cour, qui juge les personnes pour trahison, ne devrait pas s'en prendre aux citoyens pour les critiques insultantes qu'ils peuvent exprimer.

Plus loin,  il remarque :

Troisièmement, je mettrais de côté le fait que MSN Messenger est surveillé par la Mukhabarat (les services secrets), et remercie le bon dieu de ne pas être quelqu'un qui parle beaucoup sur les tchats.

Al Tarawnah conclut :

J'espère que ce billet n'est pas pris comme une suggestion ou même un encouragement aux Jordaniens, grand dieu, non, d'insulter le Roi. Et puis, je ne pense pas que quelqu'un devrait insulter qui que ce soit d'ailleurs. Mais une fois encore, je pense que personne ne devrait être condamné à 2 ans de prison pour l'avoir fait.

Peut être que la chose la plus dangereuse qui risque de ressortir de ce cas, c'est un renforcement des idées de certaines personnes de ce pays, qui sont en faveur d'une limitation de la liberté d'expression sur Internet.

Les lecteurs ont été rapides à faire des commentaire sur l'affaire et ses implications :

Farah est en colère de savoir que les messageries instantanées peuvent être surveillée, et dit :

C'est ce qui m'embête le plus. Quelqu'un du gouvernement doit donner une explication. Comment ont-ils pu ? Où sommes nous, dans 1984 ?

tambi ajoute :

C'est scandaleux. Je pense que les autorités doivent s'expliquer, clarifier ce qui s'est vraiment passé. Parce que si la condamnation est réellement basée sur une discussion en ligne ! Que Dieu nous aide tous, et qu'il maudisse les responsables de l'arrestation.

Reem dit qu'elle se sent plus en sécurité hors ligne pour s'exprimer lors de discussions. Elle note :

De telles nouvelles me font me sentir plus en sécurité hors ligne dans des groupes fermés plutôt qu'en ligne quand j'exprime mes pensées . Non pas que j'ai des idées révolutionnaires, mais parce que je ne sais pas quelles sont les limites et quelles sont les lois qui me protègent. En Jordanie, il semblerait que la technologie fasse plus pour le gouvernement, pour qu'il s'enracine dans le 18ème siècle, que pour les personnes qui souhaitent aller de l'avant.

Monty est surpris :

Même si je ne devrais pas être surpris…que ce soit votre email, votre blog, votre compte Facebook, votre téléphone, vos tweets, MSN, Skype ou quoi que ce soit d'autre qui se passe en ligne, je suis presque sûr que tout ceci est stocké quelque part et que ce sera ressorti dans la minute où un idiot pensera que vous avez dépassé les bornes. Pour ceux d'entre nous qui sont actif sur la Toile, cela signifie qu'ils savent à peu près tout sur vous.

Là où je suis surpris, c'est d'apprendre qu'ils ont les moyens et la capacité de surveiller nos tchats…Comme partout dans le monde, la révolution technologique a d'abord commencé avec les services de sécurité.

Thamer s'interroge sur la manière dont les discussions sur messagerie instantanée peuvent être surveillées :

Malheureusement, c'est un grand pas en arrière pour le pays. Est-ce que quelqu'un sait si la personne en question était sous surveillance (je ne suis pas sûr qu'on puisse techniquement surveiller une discussion MSN localement) ou si quelqu'un l'a dénoncé aux autorités en disant qu'il avait insulté le roi ? J'imagine que s'il discutait sur MSN en groupe, et qu'un policier ou un informateur prenait part à la discussion, il pourrait être celui qui a informé les autorités. Sinon, j'espère que quelqu'un qui a des notions d'informatique pourra nous éclairer un peu plus sur le sujet.

D'autres lecteurs sont intervenus pour affirmer qu'Imad Al-Ash avait été arrêté pour avoir publié des commentaires sur un site jihadiste et non pour avoir insulté le Roi de Jordanie via une messagerie instantanée.

La section commentaires est fermée

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site