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L'Egypte aime-t-elle les Egyptiens?

A travers sa lecture quotidienne des blogs, l'auteur de ce billet n'a pas manqué de relever une tonalité entre jeunes Egyptiens, nombreux à se demander s'ils aiment ou non l'Egypte, et si l'Egypte leur rend leur amour ou pas.

Jeune Egyptienne elle-même, l'auteur se dit volontiers que cela peut se comprendre après les séries quotidiennes de crises dont on ne cesse de parler, cependant, à travers l'histoire le sentiment de frustration, de déception et d'étouffement parmi la jeunesse semble n'avoir jamais été aussi prégnant que durant cette époque particulière. Et malheureusement, le fossé entre les rêves et la réalité s'élargit, ce qui ne fait qu'approfondir le sentiment de perte, et de détestation de leur pays.

Tigress, une blogueuse égyptienne, a écrit un billet intitué “Je n'aime plus l'Egypte” [en arabe]:

اصبح لى سنوات الآن ادافع عندما يهاجم احد مصر.. اقول بحرارة ؟؟ ..ليس العيب فى البلد ، انما هى ضحية ساكنيها..[…]
ولكننى مؤخرا استسلمت للارهاق…انا مرهقة من هذه البلد.. ثم ادركت ان الوطن هو الارض وماعليها.
Pendant des années j'ai vigoureusement pris la défense de l'Egypte et répété que le problème n'est pas l'Egypte, mais ses habitants […] Mais ces derniers temps je me suis lassée. Je suis lasse de ce pays, et j'ai compris que le foyer, c'est la terre et ses habitants.

Elle poursuivait son billet en poussant à l'extrême, affirmant que la seule solution était la survenue d'une catastrophe plus grande :

احيانا افكر انه ربما من الافضل ان يبتلينا الله بغزو يحررنا وينظف البلد..ثم انفض رأسى من بأس الفكرة .ثم اقرر اننى سأنسحب واتقوقع واصبح وحدة منفصلة ناجحة..ثم ادرك اننى احلم …لا يمكن الانفصال عن الوطن
Je me prends à penser qu'une invasion pourrait contribuer à nettoyer le pays. Mais je chasse vite cette idée de mon esprit, et décide de ne me soucier que de moi-même. Je m'aperçois alors que je rêve… Je ne peux pas être séparée de mon chez-moi.

Et de conclure par l'aveu qu'elle n'aime plus l'Egypte :

هكذا فى لحظة نادرة من الصراحة والوضوح ..اعترفت لنفسى بأسوأ اعتراف فى حياتى
اعترفت اننى رفعت يدى…وتوقفت عن الايمان بمصر
Et c'est ainsi que, dans un rare accès de franchise et de lucidité je me suis fait à moi-même le pire des aveux… Je reconnais que j'ai cessé d'avoir foi en l'Egypte.

Egyptoz, un blogueur Egyptien, travaille depuis un an en Europe et vient de rentrer au Caire pour une visite de deux jours. Il a écrit lui aussi un billet [en arabe] sur ce qu'il a ressenti pendant ce retour, et le choc culturel qu'il a éprouvé :

يومين فى القاهرة و مش قادر استحمل دقيقة واحده فى المدينة العشوائيه دى…و بصراحه ما كنتش حاطت امل كبير يعنى… لما ارجع اجازه اسبوعين تلاته لمصر بعد ما عيشت اكتر من سنه فى اوروبا…عاوز ارجع اقول ايه…مصر حلوه…
Deux jours au Caire et je ne peux plus supporter cette ville chaotique une minute de plus. Honnêtement, je n'attendais pas grand chose, même si après une année en Europe j'espérais rentrer et admirer la beauté de l'Egypte.
Bridge of 6th October

Photo de Daveness_98 sous CC, de la circulation sur le pont du 6 Octobre au Caire.

Aliaa, une jeune Egyptienne qui étudie à l'université à Beyrouth, demande quant à elle “L'Egypte m'aime-t-elle, voilà la question ?” [en anglais] :

J'aime toujours l'Egypte, je suis seulement en colère contre ce qu'elle est devenue, on peut être en colère contre ceux qu'on aime, on ne peut jamais les haïr.

Elle a cité un vers d'un poème de Tamim Al Barghouti, un jeune poète palestinien/égyptien, dont le titre est “Ils ont demandé si j'aimais l'Egypte”. El Barghouti écrivit ce poème alors qu'il quittait l'Egypte pour 20 jours – après avoir participé à des manifestations contre l'invasion américaine de l'Irak, avec ces mots :

قالولي بتحب مصر فقلت مش عارف
أنا لما اشوف مصر ع الصفحة بكون خايف
Ils m'ont demandé si j'aimais l'Egypte, et j'ai dit je ne sais pas.
Quand je vois l'Egypte sur la page je suis effrayé.

Aliaa explicite alors son sentiment :

Mon pays et ses habitants se traitent comme des humains de seconde catégorie […]. Alors, est-ce que j'aime l'Egypte ? Je me le suis déjà demandé, et je me le demande à nouveau aujourd'hui, voilà donc ma réponse : l'Egypte M'AIME-T-ELLE ?

Parmi les commentaires au billet d'Alyaa, Hicham rattache le problème aux Egyptiens et non à l'Egypte :

Je réfléchis à nos problèmes en termes d'Egyptiens et non d'Egypte. Notre pays pour beaucoup de choses doit être aimé, mais ce que font les Egyptiens depuis des décennies, voilà ce qu'il faut remettre en question.

De même Serag, un Libyen qui a longtemps vécu en Egypte, a écrit un “billet” décrivant ses sentiments envers un endroit qu'il considérait autrefois comme chez lui après une courte visite [en anglais] :

Un endroit peut-il vieillir ?! voilà une des questions qui m'ont gardé éveillé pendant les nuits chaudes et humides de ma dernière visite en Egypte. Entre Alexandrie et le Caire j'essayais de trouver mon Egypte et n'y suis pas arrivé. Etre hors de chez soi, c'est un exil, mais comment exprimer qu'on est hors de son foyer.
[…]
J'ai pu avoir un jour un foyer en Egypte, mais tout ce que j'ai maintenant c'est une chambre d'hôtel.

Dans une tonalité étrangement malheureuse mais positive, Mermaid a écrit un billet profond intitulé “O Egypte, miel amer” [en arabe] après sa journée à Alexandrie venant du Caire. Elle y explique les contrastes dans son vécu quotidien en Egypte. L'un des moments de beauté et de sincérité qu'elle cite lui est arrivé au dernier Ramadan:

في رمضان اللي فات، رحت المسجد متأخرة فا إضطريت أصلي برة قاعة السيدات مع ناس كانوا متأخريين برضه. ماكنش المكان مفروش للصلاة وللأسف ماكنش معايا مصلية. الست اللي قدامي لما شافت إني هاسجد على البلاط، رجعت المصلية بتاعتها لورا بحيث إني أقدر أسجد عليها وهي سجدت على كيس بلاستيك.
Au dernier Ramadan je suis allée tard à la mosquée pour les prières, et j'ai dû prier à l'extérieur. L'endroit n'était pas bien aménagé, et je n'avais pas mon tapis de prière. Une dame qui était devant moi a poussé son tapis de prière vers moi, quand elle m'a vue prier sur le sol nu, et elle a prié sur un sac en plastique.

Elle citait aussi une autre expérience agréable, d'un homme qui l'avait aidée à trouver son chemin au centre ville, pour s'étendre ensuite sur les autres misères quotidiennes :

كل يوم باسوق مسافات طويلة بحكم مكان شغلي. كل يوم أعصابي بتتحرق في السواقة من ناس بتكسر عليا أو ناس ماشية بمزاجها من غير ما تراعي قواعد المرور أو حتى قواعد الذوق. كل يوم أعصابي بتتشد وانا باسمع الدين بيتسب في الشارع… شتايم بتخليني أتمني إني أكون مابسمعش.
Chaque jour, j'ai une longue route à faire jusqu'à mon travail. Chaque jour, je suis stressée par la mauvaise façon de conduire des gens, qui ne se soucient pas de respecter les règles de la circulation ou de la simple courtoisie. Chaque jour j'entends des insultes dans la rue, qui me font souhaiter être sourde.

Photo de jay galvin sous CC, d'employés attendant la rupture du jeûne du ramadan à 18 h avant de rentrer chez eux, sous la bretelle d'autoroute. Le repas sera fourni par un riche local.

Elle poursuit sa description :

الناس ديه كلها من نفس البلد.. نفس البلد الحلوة.. القذرة. البلد اللي لسة بتدي خير… وبتاخد عمر وشباب ولادها. […] البلد الزحمة الملوثة… واللي الصبح بدري بتبقى أجمل مكان ممكن الواحد يمشي فيه. البلد الدوشة.. اللي ساعة المغرب في رمضان الأذان بيبقى مالي الشوارع الفاضية المسالمة. البلد اللي بتخلف ناس بتاكل حق ناس… وناس سايبة فطارها في رمضان ونازلة تدي بلح ومية وتمر هندي للناس اللي في الشارع اللي مالحقتش الفطار في بيتهم.

بادعي ربنا إن كرهي مايخلنيش عامية عن الحاجات الحلوة اللي فيها.

Tout ces gens sont du même pays, beau et sale. Le pays qui donne toujours le “bien” mais prend les vies de sa jeunesse et de ses enfants. […] Le pays pollué et surpeuplé, qui peut être le meilleur des endroits où marcher, au petit matin. Le pays bruyant, dont le magnifique Adhan du Couchant emplit les recoins paisibles et déserts.. Un pays qui a donné naissance à ceux qui violent les droits d'autrui, et à ceux qui s'absentent de leur Iftar pendant le Ramadan pour distribuer aux inconnus dans les rues des dattes, et de l'eau pour leur Iftar – au cas où ils le manqueraient avant de rentrer chez eux.
Je prie Dieu que ma haine ne me rende pas aveugle aux beautés dans ce pays.

Que le sentiment soit général ou seulement propre à quelques-uns, beaucoup s'accordent à dire que l'Egypte d'aujourd'hui n'est plus celle dont parlent leurs livres d'histoire, ou la patrie que chantent la radio et la télévision.

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