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Russie : Réactions des blogueurs à l'attentat du marché de Vladikavkaz

L'explosion d'une voiture piégée devant un marché [en anglais] à Vladikavkaz, la capitale de la république d‘Ossétie du Nord-Alanie, a fait au moins 18 morts et une de centaine de blessés le 9 septembre. Cet attentat n'est pas le premier perpétré à cet endroit (62 personnes y ont été tuées en 1999, 12 en 2008 [en anglais]) ; et il s'est produit quelques jours à peine après le sixième anniversaire de la tragédie de la prise d'otages de l'école de Beslan, localité située à 15 km au nord de Vladikavkaz.

Les premières réactions des blogueurs d'Ossétie du Nord à l'attentat de jeudi sur le marché ont été d'exaspération devant la violence continue dans la région.

L'utilisatrice LJ liza-valieva, une journaliste de Vladikavkaz, a écrit (en russe) :

Encore une explosion au marché central, il y a une demi-heure. On l'a entendue même ici.

Des morts et des blessés.

Ça ne finira jamais ?

Voici un échange dans les commentaires :

maxialla:

Je n'ai jamais soutenu ce point de vue – “[le meilleur moyen d'en sortir est de partir ailleurs]” – mais à présent cela [paraît rationnel] :( […]

liza_valieva:

C'est toujours possible de partir, mais ceux à qui je tiens resteront en arrière, et où que je sois, je m'inquiéterai pareil pour eux.

L'utilisateur LJ de Moscou glazastikk a écrit (en russe):

[…] Ma soeur a dit que papa allait bien, et ensuite j'ai pu lui parler moi-même, lui ai demandé de s'éloigner du marché, car j'avais peur qu'il y ait une deuxième explosion. […]

Alors, j'ai eu très peur pour tous ceux qui n'avaient pas pu joindre les leurs par téléphone, et je n'arrête pas d'y penser depuis […].

[…]

Je suis malade d'angoisse et d'inquiétude, et je ne vois pas d'issue. […]

L'utilisateur LJ manavar, un étudiant en médecine de Vladikavkaz, se trouvait à l'hôpital local au moment de l'explosion. Voici ce qu'il écrit (en russe):

[…] Ambulances, [minibus publics], voitures ordinaires affluaient. Nous avons déchargé une femme au bras arraché. Puis une autre, un oeil en moins. Dix-sept personnes ont été amenées. Deux cadavres. Une personne, déjà morte, était étendue sur le sol d'un minibus jaune, un homme. Une femme est morte aux urgences. La plupart des victimes avaient des coupures dues aux éclats. […]

Comme toujours, on manquait de médicaments. […] Pendant une heure et demie, ce fut le chaos à [l'hôpital], des étrangers au service partout. Ce n'est que lorsque la police a encerclé le bâtiment que les choses ont commencé à s'améliorer.

Les gens disaient qu'à l'école près du lieu de l'explosion, toutes les vitres avaient été soufflées et les que les enfants avaient des coupures dues aux éclats.

Putain ! Quand est-ce que ça cessera !

Dans un autre billet, manavar raconte (en russe) ce que sa mère a vécu ce jour-là :

[…] Maman était au marché à ce moment, elle marchait à travers les allées à l'intérieur et s'apprêtait à aller dans un magasin […]. Elle est restée [à l'intérieur] une seconde de plus pour jeter un coup d'oeil aux légumes. L'explosion a été tellement forte que ces oreilles se sont bouchées. […] Elle a réussi à se faufiler dans une sorte de niche et a ainsi évité la bousculade. Les gens couraient, tombaient, se relevaient, couraient à nouveau. Des centaines venaient en courant de là où montait de la fumée noire ; seuls quelques-uns s'y dirigeaient. Les uns pour porter secours, d'autres parce qu'ils y avaient laissé leurs proches. Ce n'est que lorsque la foule a diminué que maman a pu sortir du renfoncement et qu'elle s'est aussi dirigée vers la sortie.

Ses mains tremblent encore. Et je vois toujours cette femme à l'oeil manquant. Elle aussi est une mère.

Le premier billet de l'utilisateur LJ manavar a été publié (en russe) dans la section des blogs de la radio Echo de Moscou. S'il a admis qu'une telle publicité le contrariait, son billet n'en a pas moins provoqué un débat qui a fait ressortir une perception largement partagée du Nord Caucase russe comme d'un “ailleurs” mal géré :

osokin:

Il y a constamment des attentats terroristes là-bas ! Alors pourquoi n'y avait-il “pas assez de médicaments” ? Qui est responsable des fournitures ?

crafty:

Je suis Moscovite. Et c'est LÀ-BAS en Russie qu'il y a des attentats terroristes et c'est LÀ-BAS qu'il y a le chaos avec les médicaments. Le poisson pourrit par la tête. Imaginez seulement que l'explosion ait eu lieu dans un marché près de chez vous – il n'y aurait même pas assez de plasma sanguin à l'hôpital local, sans parler du reste.

L'utilisateur LJ gagloyev, un blogueur Ossète habitant Moscou, a décelé une même nuance de détachement dans la déclaration du Premier Ministre Vladimir Poutine relative à l'attentat du marché de Vladikavkaz :

“Ils ont tout le nécessaire LÀ-BAS…”?
Tels sont les mots de Vladimir Vladimirovich Poutine extraits de son échange avec le vice-ministre russe de la Santé et du développement social Belov lors du conseil des ministres d'aujourd'hui (diffusé sur toutes les télévision ce jour).

Question: M. Poutine ne considère plus l'Ossétie du Nord comme faisant partie de la Fédération de Russie ?!

Et ce monsieur se veut le leader national ?! […]

L'utilisateur LJ de Vladikavkaz alan_tskhurbaev écrivait ceci, entre autres, en commentaire au billet de gagloyev :

[…] Tout compte fait, à quoi bon relever leurs paroles alors qu'il y a tant de leurs actes qui sont criticables […].

L'utilisateur LJ firmozadasso a commenté (en russe) la promesse du gouvernement de payer 1 million de roubles (25.300€) aux familles des victimes :

[…] Qui veut d'un million en échange de la vie d'un membre de sa famille ?

Un commentateur de la radio Echo de Moscou a relevé un autre aspect financier des relations entre le Nord Caucase et le reste de la Fédération de Russie, en exprimant son mécontentement devant cet arrangement:

evgeniy_pak:

La Russie a-t-elle vraiment besoin du Caucase ?

Dépenses du budget fédéral pour le district fédéral du Nord Caucase – crédits [annuels] alloués par habitant :

Kabardino-Balkarie – 12.000 roubles [304 €]
Karatchaevo-Tcherkessie – 13.000 roubles [329 €]
Daghestan – 14.000 roubles [354 €]
Ingouchie – 27.000 roubles [684 €]
Ossétie du Nord-Alanie – 12.000 roubles [304 €]
Région de Stavropol – 6.000 roubles [157 €]
Tchétchénie – 48.000 roubles [1.215 €]

Dépense moyenne par habitant ailleurs en Russie – 6.000 roubles [157 €]

Il y a des braves gens qui vivent là-bas (et la majorité ne soupçonne même pas à quel point l'affaire – la Fédération – est profitable), mais n'est-il pas temps [d'arrêter]? N'y a-t-il pas d'autre façon de dépenser des milliards ?

L'utilisateur LJ chuchundrrra, commentant un billet de l'utilisateur LJ dondzendervish (en russe) sur l'implication supposée [en anglais] de combattants de l’Ingouchie voisine dans l'attentat de jeudi, a explicité la connexion entre dépenses du budget fédéral, corruption et terrorisme :

Après chaque attentat terroriste, l'argent se met à couler – vers où ? Pour assurer la sécurité. Vous avez remarqué un renforcement de la sécurité ? Pas moi. Alors où va l'argent ? Dans les poches de quelqu'un. Et que faire pour garantir que l'argent arrive dans la poche en assez grande quantité ? Exact, il faudrait donner plus d'argent pour un nouvel attentat. […]

La volatilité de la relation entre Ossétie et Ingouchie [en anglais] a été un autre thème récurrent à la suite de l'attentat du marché. L'utilisateur LJ dondzendervish écrivait ceci dans le billet précité :

Les terroristes ont bien une ethnie. Ils ont bien des noms de famille. Une Volga avec une immatriculation ingouche, le conducteur du nom de Archiev, enregistré avec Dobriev. Beaucoup disent que les terroristes n'ont pas d'ethnie, mais pourquoi viennent-ils tous d'Ingouchie ?!

Il est grand temps d'installer un champ de mines, une haute clôture électrifiée et des miradors avec des mitrailleurs sur tout le périmètre frontalier avec l'Ingouchie. […]

L'utilisateur LJ magas-dedyakov a écrit (en russe) :

[…] Fermer la frontière [avec l'Ingouchie], complètement, pour cinq ans d'abord. Décréter la garde de la frontière par des volontaires et [les Cosaques], et les salarier.

Madina Sageeva a écrit ceci (en russe) sur le portail de blogs nord-ossète region15.ru :

Je sais ce qu'il faut faire pour mettre fin aux attentats terroristes en Ossétie du Nord. Les visiteurs en d'Ingouchie doivent être interdits d'entrée dans la république.

[…]

Et si nos voisins entonnent la chanson de leur droit à se déplacer librement à travers leur patrie bien-aimée – la Russie – nous pouvons leur rétorquer que les Ossètes ont aussi un droit – le droit à la vie.

[…]

[…] Je n'accuse pas le peuple ingouche en entier. Mais hélas, les policiers du poste de contrôle où des centaines d'Ingouches s'engouffrent chaque jour dans Vladikavkaz, ne peuvent pas reconnaître les terroristes simplement à leur mine. […]

Ce serait bien si le président ingouche proposait une telle initiative. […]

L'utilisateur LJ kaloy (Kaloy Akhilgov, secrétaire de presse du président de l'Ingouchie Iounous-bek Evkourov) avait prévu de se rendre sur la tombe de son grand-père dans le village ingouche de Djeyrakh le jour de l'attentat (qui coïncidait avec le premier jour de la fête musulmane de l’Aïd el-Fitr) – et le chemin normal passait par Vladikavkaz. Il écrit (en russe) :

[…] Le peuple ingouche a maintenant l'habitude que les attentats terroristes à Vladikavkaz tendent à tourner à l'épreuve pour eux. Parce que toutes les urgences causées par des explosions en Ossétie sont reliées aux Ingouches, malheureusement. C'est peut-être devenu inconscient.

En tous cas, nous avons décidé de ne pas passer par [Vladikavkaz]. Non que j'aie peur des flics ossètes […]. Mais parce que je comprends qu'on ne devrait pas énerver les flics et les résidents en leur donnant à voir des [plaques d'immatriculation ingouches] […].

Nous rencontrons également  [la même violence] dans notre république chaque jour, et nous comprenons parfaitement l'absurdité de [verser le sang innocent]. […]

L'utilisatrice LJ agunya – la survivante de Beslan Agunda Vataeva, dont l'histoire a été traduite sur GV le 4 septembrea écrit (en russe) :

Une horrible provocation.

[…] J'en suis malade de voir comment on nous tue. J'en suis malade d'avoir peur. Je n'en peux plus de téléphoner toute la famille […] avec [toujours le même discours] : “Ça va ? Tout va bien à la maison ? Personne n'est blessé ?” Nulle part pour échapper à ça. Nulle part dans le pays.

[…]

Je ne veux pas vivre dans ce pays, dans un tel monde. Je hais les imbéciles ingouches qui se réjouissent du malheur des autres et sont prêts à danser sur les os et le sang des Ossètes […]

[…]

Ma grand-mère est musulmane, et je n'ai jamais dit que tous les terroristes sont musulmans, ou que la terreur a une ethnicité. La terreur a des visages particuliers. Et les autres gens doivent préserver les qualités humaines, même si leurs ennemis se font tuer ; ils ne devraient pas se réjouir de la mort d'innocents. […]

L'utilisatrice LJ liza-valieva a écrit ceci (en russe) dans un billet ultérieur :

Du fait de l'attentat terroriste, nous avons reçu tout au long de la journée des appels téléphoniques, des SMS et des lettres d'amis de Moscou, de Rostov, de France, d'Italie, de Slovaquie, Turquie, Géorgie et d'ailleurs.

Amis, merci d'être là ! Merci de votre sollicitude.

Que n'ai-je pas lu aujourd'hui sur Internet… Des forums où les Ingouches se réjouissaient de la mort d'Ossètes […], les Géorgiens qui jubilaient sur “la voilà la Grande Russie !”, les blogs où les Russes écrivaient des choses du genre “Le Caucase n'est pas la Russie. L'essentiel, c'est que ça n'arrive pas dans la ‘vraie’ Russie, peu importe ce qui se passe LÀ-BAS” […].

Après tout ça, difficile de ne pas être déçu par les gens. Merci encore donc à ceux qui compatissent. Cela peut arriver à n'importe qui d'entre nous. Personne n'est à l'abri.

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