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Slovaquie : Pas un sou pour la Grèce

En 2006, après huit ans de réformes en tout genre diminuant la dette publique et le déficit budgétaire en vue de remplir les critères de Maastricht, les électeurs slovaques ont estimé que le temps était venu de souffler. Mais le nouveau Premier Ministre, Robert Fico, sous la pression des milieux d'affaires, contredisant sa position d'avant les élections, maintint le déficit en-dessous de 3% du PIB, et en janvier 2009 la Slovaquie entra dans la zone euro.

Dès lors, et à l'instar de nombreux autres pays membres de la zone euro d'alors et d'avant, M. Fico cessa de redouter les accroissements de dépenses publiques sans augmentations de recettes, ce qui se traduisit par un déficit de 8% en 2009. On peut admettre que pour une économie de petite taille, surtout liée à l'économie allemande, c'était le fruit d'une situation mondiale généralisée. Pourtant, les opposants à M.Fico se plaisent à rappeler ses paroles de 2008 : “La Slovaquie ne sera pas attrapée par la crise.”

C'est alors qu'ont commencé à se faire jour les problèmes de la Grèce, avec sa dette extérieure élevée, largement détenue par les banques allemandes et françaises [en anglais]. Un large écho a été donné à un entretien avec Stefanos Manos [homme politique grec, lien en anglais], publié par un journal tchèque, dans lequel il décrivait la situation alarmante du secteur public grec : des salaires élevés, assortis de garanties d'emploi à vie, des pensions de retraites approchant le montant des salaires, le suremploi dans les entreprises nationalisées. Puis sont aussi venues les informations sur les dépenses militaires ininterrompues de la Grèce [en anglais].

Le portrait peu flatteur de la Grèce dans les médias slovaques n'a pas empêché Maximos Dragounis, un blogueur d'origine grecque vivant en Slovaquie, de décrire l'histoire de la dette grecque en ces termes : “[Konstantinos Karamanlis] … a lancé le processus d'endettement de la Grèce … Des usines et des entreprises dont la Grèce n'avait pas besoin ont été édifiées.”

Au moment des élections slovaques de 2010, un thème très populaire était de comparer le programme Fico avec celui de la Grèce (par exemple, les promesses de “13e pension”). L'opposition, sans surprise, appelait le gouvernement au sens des responsabilités, mais un déficit substantiel avait été créé dès avant les élections.

Après le Conseil européen, le Premier Ministre proposa un plan d'aide financière à la Grèce, qui accroissait le déficit de 1,4 % supplémentaires. L'opposition s'inscrivit en faux contre cette soi-disant solidarité avec la Grèce, qu'elle qualifia de mesure irresponsable [en anslovaqueglais]. Ainsi, avant les élections parlementaires, lorsque le bloc du Premier ministre était majoritaire, il n'eut pas le courage d'adopter une mesure aussi impopulaire. En fait, le parti de M.Fico ne la vota pas non plus après les élections. Le gouvernement nouvellement créé maintint la ligne de sa période d'opposition et promit d'abaisser le déficit sous la barre des 3 % du PIB en plusieurs années – et n'approuva pas un prêt à la Grèce.

La Slovaquie fut mise sous pression par la Banque Centrale Européenne (BCE) à cause de son refus “de participer au renflouement de la Grèce.” Selon Reuters, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, déclara que la BCE ne soutiendrait pas “les futurs candidats à l'euro qui seraient susceptibles d'agir de même.”

Un récent commentaire dans un journal slovaque a prétendu que sous la direction de M.Trichet, la BCE achetait des obligations grecques pour aider les banques françaises engagées dans “l'aventure du Péloponnèse”. De même, la chancelière allemande Angela Merkel aurait changé son opinion négative sur un prêt à la Grèce pour la même raison. Et le rapport annuel 2008 de la BCE, publiée en avril 2009, ne contient aucun signal alarmant sur l'effondrement grec imminent.

La version slovaque de l'article de Reuters a généré plus de 1.400 commentaires, la plupart de ce genre :

Binky:

J'ai une excellente idée. Augmentons les salaires slovaques, les retraites, allocations, tout … empruntons aux banques françaises et allemandes et disons ensuite que nous n'avons pas les fonds pour rembourser la dette, tout le monde nous aidera et notre niveau de vie augmentera d'au moins 200%.

Element:

C'est donc maintenant la Slovaquie la seule responsable des problèmes, alors que les pays comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Italie ne sont en fait que des victimes innocentes ?

Ľubomír Pastorek:

… et j'aimerais savoir si M.Trichet accepterait un pays comme la Grèce ?

Timmy_A:

Il [M. Trichet] ferait mieux de se regarder dans la glace. Qu'a-t-il fait pendant dix ans pour ne pas se rendre compte de ce que les Grecs manipulaient les comptes ? Et quelles sanctions seraient imposées aux pays (pratiquement tous ceux de la zone euro) dont les déficits excèdent 3 pour cent ? Les gens comme lui auraient dû être virés de la BCE depuis longtemps.

GeoRW:

Trichet devrait plutôt se faire du souci pour son fauteuil.

almoska:

J'ai une suggestion pour M. Trichet : laissons-lui 600 à 700 euros par mois pour vivre, et le reste de son revenu il pourrait le donner aux Grecs.

ithilis_quo:

Donc si je veux rester dans la zone euro, il faut que je déménage en Grèce parce que la Slovaquie l'a détruite.

Fero s dlhym…. menom…:

Je ne comprends pas… pourquoi il n'a pas parlé [aussi durement] de la Grèce ?

kornel2:

Il ne comprend pas que nous ne viendrons pas à la rescousse des investissements allemands en Grèce. […]

markus:

Il ne s'agit nullement des banques allemandes – en Grèce elles n'ont que 30 milliards. Mais de l'Italie, de l'Espagne, de l'Irlande et d'autres pays, qui seraient mis en faillite par la chute de la Grèce et la chute subséquente de l'euro.

L'opinion la plus répandue en version tchèque :

Roman Mrózek, Bohumín:

Un pays pauvre doit s'endetter pour aider un pays plus riche ?

Et pour conclure, un billet de blog de Lukáš Buček, intitulé “Slovaquie, sors de l'Euro”:

Hier nous avons été amusés ou indignés par Jean-Claude Trichet, le chef de la Banque Centrale Européenne. Il a dit que si la BCE avait su que nous agirions ainsi, ils ne nous auraient pas acceptés dans l'Eurozone.

Regardons de plus près. L'euro repose sur trois piliers :

1. L'adhésion au [Pacte de stabilité et de croissance]
2. Le non-achat par la BCE d'obligations d'Etat des membres de l'Eurozone
3. L'absence de clause de sauvetage, ce qui signifie l'interdiction de sauver des Etats-membres par des prêts transnationaux.

Nous sommes critiqués par la France et l'Allemagne, deux pays qui ont déjà transgressé le Pacte de stabilité et de croissance, auquel ils n'ont pas été capables d'adhérer ; précisément, ils avaient des problèmes avec le déficit public de 3%. La Grèce remplissait officiellement les critères d'entrée dans la zone euro le 19 juin 2000, mais nous savons aujourd'hui que ce n'était pas la réalité.

Nous sommes critiqués par Jean-Claude Trichet. Lui, en qualité de chef de la BCE, est responsable de ce que la BCE a violé le deuxième pilier en acquérant des titres d'emprunts grecs.

Nous sommes critiqués par le reste de la zone euro, pourtant nous sommes le seul Etat-membre qui n'a pas violé la clause de “non sauvetage”. Est-ce normal qu'ils nous critiquent pour n'avoir pas enfreint les règles ?

Et qu'est-ce que nous devrions payer ? Les Grecs ont des dépenses d'armement absurdes en temps de paix, le budget 2009 du ministère grec de la Défense était de 6,582 milliards d'euros, pour cette année ils l'ont abaissé à 5,73 milliards. Les pays de l'[OCDE] dépensent en moyenne 7.2% du PIB pour les retraites, les Grecs 11.5%, et nous, seulement 6.2%.

Point intéressant, je ne trouve nulle part de reconnaissance par l'UE, l'Eurozone ou la BCE, de leurs regrets d'avoir admis la Grèce…

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