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Japon, Corée : Des traces de l'histoire commune parmi les Zainichis

Le 10 août 2010 restera une date historique dans les relations diplomatiques entre le Japon et la Corée. Dans une déclaration adressée à la Corée du Sud, Naoto Kan, Premier ministre japonais du Parti Démocrate Japonais (PDJ), s'est excusé pour les crimes du passé lors de l'occupation japonaise de la Corée. En février dernier, son ministre des Affaires étrangères Katsuya Okada avait ouvert la voie en présentant à ses homologues sud-coréens des  excuses pour la colonisation [en anglais]. Il y a 100 ans, les deux pays avaient signé le traité d'annexion nippo-coréen qui officialisait la colonisation de la Corée par le Japon et marquait le début de 35 ans d'impitoyable domination japonaise  sur les Coréens. De nombreux Coréens étaient enrôlés de force dans les “efforts de guerre” japonais avant et pendant la seconde guerre mondiale, et travaillaient dans des usines ou des mines de charbon, ou en tant que “femme de réconfort” sur les champs de batailles.

Drapeaux japonais et coréen par Troy McClure SF sur Flickr – licence CC NC SA 2.0

C'est la première fois dans l'histoire des relations entre le Japon et la Corée qu'un Premier ministre japonais présente des excuses pour les pertes causées par le Japon en Corée lors de la seconde guerre mondiale. Avant Kan, lorsque les conservateurs du Parti Libéral Démocrate (PLD), étaient au pouvoir, les Premiers ministres faisaient simplement part de regrets pendant les célébrations officielles de la capitulation japonaise le 15 août 1945. Seul le socialiste Tomiichi Murayama, durant la courte période pendant laquelle il a occupé le poste de Premier ministre, a exprimé un repentir pour la colonisation et les agressions envers les nations asiatiques lors du 50ème anniversaire de la fin de la guerre [en anglais]. Les déclarations d'Okada et de Khan concordent avec celle de Murayama. Mais que pensent les Japonais de cette déclaration ?

Sur son blog  読む・考える・書く (yomu, kangaeru, kaku – lire, penser,écrire), Vergile2010 donne son opinion sur le discours de Kan,  [jp], en fustigeant sa façon de s'excuser.

「その意に反して行われた植民地支配」であったことを認めたのは、まあ一歩前進か。
しかしそれなら、「日韓併合条約が締結され」と、正常な条約締結の結果として起こったかのように言うのはいかがなものか。

[…]

また出た「未来志向」。
「未来志向」とは常に、過去は曖昧なままにしてこれから(も)うまくやっていこうぜ、という権力者同士の馴れ合いを示す言葉でしかない。植民地支配によって実際に被害を受け た人々に対しては、もうお前たちのことは忘れるからな、と宣告するのに等しい。
管総理が本当に「歴史に対して誠実に向き合いたい」と思っているなら、安易にこんな言葉は使えないはずだ。

C'est d'une certaine façon progressiste qu'il ait admis qu'il s'agissait de “colonisation contre leur volonté”.
Cependant, si c'est vrai, ce n'est pas correct de déclarer que le “Traité d'annexion nippo-coréen a été conclu” comme s'il s'agissait d'un traité légitime.
[…]
Là encore, une “vision future” :  ce terme implique une sorte de connivence entre les autorités donc à savoir, être vague sur le passé.
Cela signifie également une déclaration qui néglige les personnes qui ont souffert de la colonisation. Si le Premier ministre souhaitait “affronter l'histoire avec sincérité”, il n'utiliserait pas de tels mots.

Réunion au sommet entre la Corée et le Japon par Korea.Net sur Flickr – licence CC NC-ND 2.0

Ensuite, Vergile2010 a également constaté que dans son discours, le Premier ministre Kan n'a pas parlé de la plus grande minorité du Japon, la communauté Zainichi [jp]:

すぐ気がつくのは、在日韓国・朝鮮人に関する言及が一切ないことだ。

彼らは、過酷な植民地支配の結果として故郷を離れ、日本本土で生きることを余儀なくされた人々とその子孫である。

朝鮮半島の人々が、曲がりなりにも戦後は自らの国家と民族性を回復できたのに対して、在日は戦前以来本質的には変わることのない差別的ホスト社会の中で生き続けてきた。彼らこそが最も「国と文化を奪われ、民族の誇りを深く傷付けられ」た人々であることは、今でもその約9割が出自を隠し、日本名で生活していることからも明らかだろう。

にもかかわらず、自らの足元にいる在日を、まるで存在しないかのように無視する。

「痛切な反省と心からのお詫びの気持ち」などと言う管総理こそが、「痛みを与えた側は忘れやす」いという、その典型ではないのか。

管総理談話について聞かれた在日女性たちは「「何も感じない」「パフォーマンスのような印象」と答えたそうだが、まあ当たり前ですね。

Tout d'abord, nous constatons qu'il n'a absolument pas mentionné les Zainichis de la Corée du Sud ou de la Corée du Nord.
Ils sont les descendants de ceux qui ont quitté leur patrie à cause de l'impitoyable domination coloniale et un grand nombre d'entre eux étaient forcés de vivre au Japon.
Alors que les personnes vivant dans la péninsule coréenne auraient pu reconstruire leur propre identité et leur Etat après la guerre, les Zainichis ont continué à vivre dans cette société toujours aussi discriminatoire, comme pendant la période de l'avant-guerre.
Ce sont ces personnes qui ont été le plus “privées de leur pays et de leur culture, leur fierté ethnique a été profondément atteinte” ; c'est évident si on prend en compte le fait  que 90% des Zainichis ont caché leur origine et changé leur nom en un nom japonais afin de s'intégrer dans la société [japonaise].
Malgré cela, il ignore les Zainichis qui se trouvent sous ses yeux comme si ils n'existaient pas.
Le Premier ministre a fait part de “sentiments de sérieux remords et de ses [sincères] excuses”, n'est-ce pas typique de quelqu'un ” “qui évoque la douleur et a ensuite tendance à l'oublier” ?
Une Zainichi a déclaré au sujet du discours de Kan “je ne ressens rien du tout, cela ressemble à un spectacle”, ce qui n'est pas du tout surprenant.

Un Zainichi (在日 – “qui reste au japon”) est un résident permanent au Japon d'origine coréenne. D'après les données du ministre de la Justice il y avait entre 405 000 et 410 000 résidents permanents spéciaux [jp]  (特別永住者 – tokubetsu eijûsha) originaires de pays étrangers – en 2009. Au Japon la nationalité est déterminée par le droit du sang), c'est pourquoi il existe un tel statut dans la société.

Dans un article publié sur le site de KoreAm, Sylvie Kim aborde les problèmes d'identité et d'assimilation des Zainichis [en anglais]:

Etre victimes de lois discriminatoires n'est qu'une partie de leur peine ; les Zainichis ne sont reconnus ni par le Japon ni par la Corée comme des citoyens légaux ou symboliques. La langue, la culture et l'ethinicité jouent un rôle compliqué : les personnes d'origine coréenne ne peuvent pas obtenir la nationalité japonaise même si elles sont nées au Japon et si elles retournent en Corée, c'est dans un pays dont la langue et la culture leur sont totalement étrangères. D'après des témoignages des membres de Eclipse Rising, les Zainichis de la génération actuelle sont souvent rejetés en Corée car les membres de leurs familles sont considérés comme des “traîtres” qui ont emménagé au Japon pour trouver un travail et nourrir leurs familles pendant la colonisation.

Les Zainichis se sentent discriminés à la fois par la réglementation japonaise et les différences culturelles avec la Corée. Pendant la colonisation, les Coréens vivant au Japon n'avaient aucun droit et n'étaient pas considérés comme des citoyens japonais. Le statut de “résidents permanents spéciaux” n'a été créé qu'en 1965 pour les résidents à long terme originaires de la Corée du Sud et a été étendue aux Joseons (ancien nom de la Corée unie) en 1991 alors qu'une troisième génération de Zainichis commençait à apparaitre. Petit à petit, la société japonaise s'est mise à considérer les zainichis- et par conséquent les étrangers- comme des citoyens japonais [en anglais].

Pendant la période de l'après-guerre, les politiques d'oppression japonaises [en anglais] ont forcé les Coréens vivant au Japon à protester. En plus des batailles pour le droit aux avantages sociaux, à l'accès à la sécurité sociale et à la retraite [jp], le mouvement contre la reconnaissance par les empreintes digitales et le projet “véritable nom” [en anglais] dans les années 1980 a rallié la communauté Zainichi, a structuré et renforcé l'identité Zainichi.

Cependant, les démarches sont toujours longues pour être reconnu citoyen japonais. A partir de l'âge de 16 ans, ils doivent acquérir une carte spéciale pour les étrangers ( (外国人登録証 – gaikokujin tôrokushô) renouvelable tous les 7 ans ; il doivent obtenir une autorisation de ré-entrée renouvelable tous les 4 ans dans le pire des cas s'ils veulent aller à l'étranger, il n'ont le droit de voter à aucune élection tout comme en Corée, l'accès à des emplois dans des institutions publiques leur est de facto refusé.

Cependant, les choses changent. Au début des années 1990, l'association Mindan qui soutient la Corée du Sud a gagné un procès important contre les autorités locales pour le droit de vote des Zainichis. Le PLD a bloqué tous les projets de loi en faveur du droit de vote des étrangers proposés au Parlement, mais l'élection du leader du PDJ Yukio Hatoyama au poste de Premier ministre du Japon l'an dernier et ses promesses de donner le droit d'exercer leur droit de vote aux élections locales a donné de l'espoir à la communauté Zainichi [en anglais]. La politique étrangère chaotique de Hatoyama et ses promesses non-tenues sur la scène nationale ont accéléré sa chute. Maintenant, avec Kan au ministère des Affaires étrangères, il a tendance à suivre le programme de Hatoyama mais personne ne peut prévoir quand le sujet du droit de vote sera abordé [en anglais], surtout que la majorité sur ce problème est loin d'être atteinte.

La situation des Zainichis va-t-elle changer prochainement ? Quand des initiatives de rapprochement entre le Japon et la Corée du Sud sont entreprises, des initiatives internes pour les Zainichis sont également prises. Une déclaration historique entraînera-t-elle un projet de loi historique et une loi en faveur des droit civiques de base des Zainichis ?

Des remerciements particuliers à  Junko “suke-chan” Cho pour son aide dans la recherche d'articles et pour l'écriture des traductions.

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