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Egypte : la liberté des médias en question après le licenciement du fondateur d'Al-Dostour

[liens en anglais sauf mention contraire]  Le licenciement d'Ibrahim Eissa, créateur et éditeur en chef d’Al-Dostour [en arabe] – l'un des journaux indépendants les plus connus d'Égypte – par les nouveaux actionnaires du journal a déclenché des discussions sur les blogs comme dans tous les médias égyptiens.

Al-Dustour (dit aussi Al-Dostour et Al-Dostor, ce qui signifie “La Constitution”) a été lancé en  décembre 1995.  D'abord hebdomadaire, publié le mercredi,  le journal a rapidement ajouté une édition quotidienne à ses tirages. En août 2010, Sayed El-Badawy, l'homme d'affaire et président du parti libéral d'opposition  Al-Wafd a acheté le journal en partenariat avec d'autres hommes d'affaires dont le copte Reda Edward.

Un autre journal égyptien, Al-Masry Al-Youm, a commenté la transaction en disant :

Certains pensent aussi que cette reprise pourrait changer le ton du journal et le rendre moins critique, et s'inquiètent que El-Badawy pourrait avoir un accord avec le régime en place pour essayer de mettre un bémol aux points de vue radicaux du journal.

La nouvelle du départ d'Eissa a été commentée par les blogueurs égyptiens qui en ont profité pour analyser ce qui se passe dans les médias locaux.

Issandr El Amrani a écrit sur le licenciement d'Ibrahim Eissa sur son blog, Arabist. Il a aussi commenté la rumeur non confirmée qu'Eissa aurait été renvoyé à cause de son insistance à publier un éditorial du candidat aux élections présidentielles égyptiennes Mohammed El Baradei, et les spéculations sur le fait que les nouveaux propriétaires du journal n'étaient  pas d'accord.

La grande nouvelle en Égypte ce matin est qu'Ibrahim Eissa, le fondateur du journal al-Destour, a été licencié par le nouveau propriétaire, al-Sayyid Badawi, dirigeant du parti Wafd.  Les raisons ne sont pas connues mais certains pensent que le fait qu’ Eissa ait voulu publier un article de Mohamed El Baradei critique sur la guerre du 6 octobre n'y est pas étranger.

Zeinobia a elle commenté sur l'éditorial d'El Baradei, et qui pour elle n'est pas  la véritable raison du licenciement d'Eissa.

Je l'ai lu et je ne vois pas en quoi il pourrait rendre Badawy si furieux !!??

Après avoir lu l'éditorial, je suis convaincue que ce n'est pas la véritable raison, Badawy cherchait une excuse pour justifier son acte et il a trouvé un malheureux prétexte avec cet éditorial, et je dis malheureux parce que la popularité de El Baradei et Eissa a doublé depuis.

Mohamed El-Etr essaye de deviner les véritables raisons [en arabe].

الآن من وجهة نظري للقرار ثلاثة احتمالات تقبع كأسباب وراء الإقالة :
الأول: البدوي يقرر بشكل سري أن يكون خط الجريدة هو نفسه خط حزب الوفد ، وخط تأييد لحزبه في وقت الانتخابات فيه على الأبواب ، او تكاد تدخل.
الثاني: النظام يتفق مع البدوي على ذلك ، في هذه الحالة النظام سيرتاح من الدستور وتغطيتها بما سيحدث في الانتخابات ، وسيرتاح من عيسى ، وهو أساساً لا يضع في الاعتبار حزب الوفد ، هذا إلى جانب أن هناك بعض الأصوات التي أكدت وجود صفقة بين النظام وحزب الوفد في الانتخابات القادمة ، إذا ففي كل الأحوال النظام كسبان وإن صارت الجريدة في صف حزب الوفد ، وذلك بناءاً على الصفقة فيما بينه وبين الحزب.
الثالث: رغبة البدوي والنظام في خفت صوت البرادعي . يعني من غير المعقول البرادعي كل يوم ينشر مقال أو ينشر له مقال ، فيعلو صوته ، ويزداد تأييد الناس له ، وهذا ما لا يريده النظام ، وفي نفس الوقت البدوي الذي يريد أن يتقدم صفوف المعارضة ، وأن يصبح زعيمها ، ومن غير المعقول أن ينشر مقال لمنافسه على كرسي الرئاسة .
هكذا نستطيع أن نفهم أسباب الحادثة – حادثة الإقالة – ، وكيف أن البدوي بيظبط مع النظام ، كما تؤكد كل الأدلة والإيحاءات .

Et maintenant, mon avis est qu'il y a trois raisons derrière ce licenciement.

  • La première : El Badawy avait un plan secret pour faire de la politique éditoriale du journal un reflet de l'idéologie de son parti – et s'en servir pour soutenir son parti lors des prochaines élections parlementaires.
  • La deuxième : Il y a un accord entre le régime et Badawy, selon lequel le régime sera débarrassé d’Al-Dostour et d'Ibrahim Eissa et de leur couverture des élections puisque Al Wafd ne menace pas le parti au pouvoir, et ce qui vient d'arriver pourrait juste être une partie de cette accord entre Al Wafd et le régime.
  • La troisième : El-Badawy ne veut pas laisser El-Baradei se faire entendre, puisque au fond ils sont tous les deux en compétition pour devenir dirigeants de l'opposition et qu'en publiant l'article d'El-Baradei il l'aiderait à gagner de l'audience et que sur ce sujet il a les mêmes objectifs que le gouvernement.

Nous pouvons donc comprendre les raisons derrière le licenciement d'Eissa et comment les évidences prouvent qu'il y a un accord entre El-Badawy et le régime.

D'autres évènements similaires ont pris place récemment en Égypte.  Il y a quelques jours, c'est Eissa lui-même qui a vu son émission de télé “Baladna Bel Masry” sur ON-TV retirée de l'antenne.  Zeinobia raconte ici comment l'émission pourrait avoir été arrêtée après que la chaine – propriété d'un autre homme d'affaire égyptien, Naguib Sawiris –  ait reçu des ordres du pouvoir.

Et bien, j'ai de mauvaises nouvelles pour vous.  Il n'y aura pas de nouveaux épisodes, simplement parce que selon certaines sources anonymes de la chaine, Eissa n'est plus le bienvenu à l'antenne, il semblerait que la chaine ait reçu des ordres du régime d'arrêter son émission.

Ahmed El-Masry dresse une liste des incidents récents sur son blog [en arabe] tels que l'arrêt du show d'Amr Adib, Al-Qahera El Youm (Le Caire aujourd'hui) sur la chaine par satellite Orbit, et les craintes du propriétaire de la chaine par satellite Dream-TV que leur talk-show le plus regardé soit arrêté, et bien d'autres incidents.

أؤمن أن الصدفه بريئه تماما من ما يحدث الأن فى مصر
منع إستضافة محمد البرادعى فى اى قناه
الحمله الإعلاميه الكوميديه لحزب الوفد
وقف برنامج عمرو أديب على قناة أوربيت
منع ظهور إبراهيم عيسى على تلفزيون أون
تصريح أحمد بهجت أنه يتوقع و “خائف” من وقف برنامج العاشره مساء
وقف مقالات حمدى قنديل و علاء الأسوانى فى جريدة الشروق
Je pense que les coïncidences n'ont rien à voir avec ce qui se passe en Égypte aujourd'hui.
El-Baradei est interdit d'antenne sur toutes les chaines.
La campagne du parti Al-Wafd est une farce.
Arrê de l'émission d'Amr Adib sur Orbit.
Arrêt de l'émission d'Eissa sur ON-TV
Les déclarations d'Ahmed Bahgat – propriétaire de DreamTV – selon lesquelles il craint que l'émission d’ El-Ashera Masa'an (à 22h), soit arrêtée.
Ne pas laisser les articles d'Hamdi Kandil et Alaa El-Aswany être publiés dans le journal Shorouk

Certains de ces incidents pourraient ne pas avoir une toile de fond politique, comme l'émission d’ Amr Adib, comme le soutiennent certains,  d'autres pourraient être de simples spéculations et des rumeurs non confirmées, comme celles concernant El-Baradie, Alaa El Aswany [en arabe], et Ahmed Bahgat, mais personne ne peut denier à El-Masry le droit de se demander si ces incidents sont des coïncidence, et il a toutes les raisons d'être inquiet pour l'avenir.

أعتقد ان الفتره القادمه سوف تشهد مدابح إعلاميه و حجب للمدونات و محاكمة نشطاء , و من لم يستطيعوا عزله سيشوهون سمعته
Je pense que nous allons assister dans un futur proche à l'abattage des  média, la censure des blogs et le procès des activistes et ceux qui ne peuvent être stoppés seront diffamés.

Les blogueurs égyptiens sont peut-être pessimistes. Certains de ces incidents évoqués plus haut – dont le licenciement d'Ibrahim Eissa d’Al-Dostour – pourraient vraiment n'avoir aucun lien avec la politique. Certaines craintes pourraient ne pas être fondées. Cependant, au bout du compte les média indépendants et d'opposition sont en train de tomber les uns après les autres.  Et les gens se demandent si des mains invisibles tirent les ficelles pour causer ces chutes.

La mise à jour ci-dessous publiée par Ahmed Shokeir sur son compte Twitter résume comment les blogueurs égyptiens perçoivent ce qui se passe dans les médias aujourd'hui [en arabe] :

زوجتى على الفيس بوك: انا مش عارفة حاودي وشي فين من بياع الجرايد من كام شهر قلتله اني قاطعت المصري اليوم .. من بكرة حاقوله اني قاطعت الدستور
Ma femme a écrit sur Facebook :  j'ai honte du livreur de journaux maintenant.  Il y a quelques mois, je lui ai dit que j'arrêtais d'acheter Al-Masry Al-Youm, et demain je vais lui dire que j'arrête d'acheter Al-Dostour

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