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Russie : Nouvelle vidéo des “guérilleros du Primorie”

L'affaire des six jeunes gens – Andréï Soukhorada, Alexander Sladkikh, Vladimir Ilyoutine, Maxim Kirilov, Alexander Kovtoun et Roman Savtchenko – qui tuaient délibérément des policiers russes dans le Kraï du Primorie [en anglais], avait choqué la société russe cet été. (Voir l'article de Global Voices en juin.)

Le 9 octobre, une vidéo intitulée “Dernier entretien avec les guérilleros du Kraï du Primorie” a été publiée sur YouTube. Elle a été retirée plusieurs fois du serveur, pour être à chaque fois remise en ligne, et par la suite, distribuée sur d'autres sites de partage de vidéos où elle était proposée au téléchargement.

Cette vidéo de 13 minutes est devenue virale sur Internet, et la communauté russe de LiveJournal est en pleine discussion sur son message.

Quatre jeunes hommes tenant des fusils apportaient une description détaillée de leurs actions et de leurs motifs sous-jacents. Ils informaient qu'il s'agissait de leur fait d'une attaque délibérée contre la police et non d'une tentative de vol à main armée :

Мы честные люди, а вы отребье, поэтому мы будем воевать с вами до последнего, пока вы нас не убьете, или пока мы не победим […] скорее всего вы нас убьете. Но мы вас не боимся […] Народ будет на нашей стороне, по любому. Потому что справедливость на нашей стороне. Мы уже победили. Мы победили в себе страх и трусость, которые вы никогда не могли победить […] У нас и оружия нет, чтобы с вами воевать, но все равно мы вас не боимся и будем воевать с вами. И это не какое-то спонтанное происшествие […] нет, мы это целенаправленно и спланированно делали, чтобы конкретно убить вас, бандитов. Вы самые настоящие бандиты, по-другому вас не назовешь… Вы сами крышуете наркобизнес, проституцию, лес воруете […] все это знают прекрасно люди, и все вас боятся, потому что у вас есть все полномочия, чтобы этим заниматься… народ боится вас, но знайте, что остались еще люди, которые вас не боятся […] Все что вы можете, это терроризировать свой народ, беззащитный и безропотный, который привык к унижениям, и ваша могучая так называемая империя, Российская федерация, стоит целиком на алкоголизме, рабстве и трусости. Однажды она рухнет, и вы вместе с ней свалитесь в бездну.

Nous sommes des gens honnêtes,et vous la lie, c'est pourquoi nous vous vous combattrons jusqu'au bout, jusqu'à ce que vous nous tuiez, ou jusqu'à ce que nous gagnions […] c'est plutôt vous qui allez nous tuer. Mais nous n'avons pas peur de vous […] Les gens seront de notre côté, de toute façon, parce que la justice est avec nous. Nous avons déjà gagné. Nous avons vaincu en nous la peur et la lâcheté, que vous n'avez jamais pu vaincre […] Nous n'avons pas d'armes pour vous combattre, mais nous n'avons quand même pas peur de vous et nous vous combattrons. Et ceci n'est pas quelque acte spontané […] non, nous l'avons fait délibérément et de façon organisée pour vous tuer réellement, gangsters. C'est vous les vrais criminels, on ne peut vous appeler autrement […] Vous couvrez le trafic de drogue, la prostitution, vous pillez les forêts […] tout le monde le sait parfaitement et tout le monde vous craint parce que vous avez tous les pouvoirs pour le faire […] Les gens ont peur de vous, mais sachez qu'il en reste encore qui n'ont pas peur de vous […] Tout ce que vous pouvez, c'est terroriser les gens, sans défense et résignés, qui sont accoutumés à l'humiliation. Et votre puissant soi-disant empire, la Fédération de Russie, repose entièrement sur l'alcoolisme, l'esclavage et la lâcheté. Un jour elle s'écroulera, et vous tomberez avec elle dans l'abîme.

Ils racontent aussi comment ils ont brisé l'encerclement de la police :

Утром мы вышли из окружения в котором находились трое суток. Нас хотели поймать милиционеры кировского РУВД им это не удалось. Они вызвали подкрепление: 300 ОМОНовцев, два вертолета. Мы их обвели вокруг пальца, как маленьких детей. 10 раз проходили мимо них, их собаки ничего не могли унюхать потому что мы шли по речке, проползали в 10-ти метрах от них. И в итоге мы сейчас здесь: поели, поспали, помылись, все нормально, в хорошем состоянии, бодрячком держимся.

Ce matin nous sommes sortis du siège où nous nous trouvions depuis trois jours. Les policiers du district Kirov du RUVD [Direction régionale des affaires intérieures] voulaient nous attraper mais n'ont pas réussi. Ils ont demandé des renforts : 300 OMON et deux hélicoptères. Nous les avons roulés dans la farine, comme des gamins. Nous sommes passés dix fois à côté d'eux, leurs chiens ne nous ont pas sentis parce que nous avons marché dans la rivière ; nous nous sommes glissés à 10 mètres d'eux. Et en fin de compte nous voilà ; nous avons mangé, dormi, nous nous sommes lavés, tout va bien, nous sommes en bonne forme et revigorés.

Avant cela, les média avaient publié des informations accusant les guérilleros d'avoir violé une femme chauffeur de taxi ; plus précisément, le journal Kommersant en avait parlé [en russe] le 21 juin 2010. Dans leur vidéo, les guérilleros ont démenti l'accusation, disant que ce n'était pas leur genre, et qu'ils s'en prenaient aux autorités, et non aux civils :

Вы это делаете для того, чтобы отвернуть от нас народа, смуту посеять. Это подло, это ваши методы. Так никто не воюет. Вы 300 человек отправили, чтобы словить 6 пацанов. И вы хотите нас сейчас морально защемить, говоря, что мы кого-то изнасиловали. Но все нас хорошо знают и никто в этот бред не поверит.

Vous faites ça pour détourner les gens de nous, pour semer la discorde. C'est de la bassesse, ce sont vos méthodes. Personne ne se bat ainsi : vous avez envoyé 300 hommes pour pincer six mômes. Vous voulez nous coincer moralement, en disant que nous avons violé quelqu'un. Mais tout le monde nous connaît bien et personne ne croira ce délire.

Apparemment, la vidéo a été enregistrée avant l'arrestation des guérilleros, car ils se demandaient pourquoi ils n'avaient pas encore été pris. En même temps, ils admettaient que si cette vidéo était publiée, il se pouvaient qu'ils soient morts d'ici là.

Le même jour, l'amie d'Andreï Soukhorada (l'un des guérilleros) mettait en ligne [en russe] un lien vidéo sur son profil LJ, disant qu'elle ignorait d'où provenait la vidéo et qu'elle remerciait pour ce bon cadeau d'anniversaire. Elle a reçu plus de 150 commentaires de souhaits d'anniversaire et de soutien aux rebelles emprisonnés.

Le journal Kommersant a informé [en russe] que le père de Roman Savtchenko (un autre des ‘partisans’) pensait que la vidéo émanait de l'un des policiers. Les guérilleros tournaient quantité de vidéos avec un appareil photo numérique, qui fut confisqué lors de leur arrestation. Il affirmait que d'autres vidéos seraient publiées prochainement.

Vladimir Golychev [en russe], un politologue et journaliste, a comparé [en russe] les guérilleros au terroriste Saïd Bouryatski [en russe]:

[…] шестеро парней реально воевали с ментовской армией и готовились к смерти […]. Можно составить ясное представление об их “идеологии” и психотипе. Больше всего они похожи на Саида Бурятского, его неподражаемый стиль, никакого национализма, державничества и прочей шелухи, есть ясно выраженная религиозная компонента; 100-процентные разрушители, морально готовые принять мученическую смерть.

[…] Six types se sont réellement battus avec une armée de flics et se préparaient à la mort […]. On peut se faire une représentation claire de leur “idéologie” et de leur psychologie. Ils ressemblent avant tout à Saïd Bouryatski et à son style inimitable : aucun nationalisme, impérialisme et autre pelure ; il y a une notable composante religieuse ; ils sont à 100 pour cent destructeurs, moralement prêts à accepter le martyre.

Malgré le fait que les guérilleros n'aient pas évoqué d'idées nationalistes, leur vidéo a été mise en ligne sur le site Internet officiel [en russe] du Parti national bolchévique, un mouvement politique radical.

A la fin de la vidéo, Andreï Soukhorada disait ceci :

Мы не признаем ни федеральные законы, ни местные. Мы передаем привет всем тем, кто состоит в сопротивлении на Северном Кавказе, другим благородным честным людям.

Nous ne reconnaissons ni les lois fédérales, ni les lois locales. Nous envoyons nos salutations à chacun de ceux qui sont dans la résistance dans le Caucase du Nord, à tous les autres gens nobles et honnêtes.

Ce message a été relevé sur Internet et a reçu beaucoup de commentaires divergents. Ainsi, danilia sur LJ a commenté [en russe] l'article du site web Caucasian Knot (‘le noeud caucasien’) :

Все вам мерещится, что кто-то другой виноват в том, что происходит, то это Европа, то это Америка. Слушайте, раскройте глаза, виноват тот ужас, который происходит в нашей стране, беспощадный режим, страшая коррупция, нищета населения, беспредел и вседозволенность силовиков, вон обсуждается закон о полиции, а параллельно продолжаются пытки в милиции, подростку отбили половые органы в Нижнем Новгороде, ужас, раскройте пошире глаза граждане, неужели вы не видите бревна в своем глазу, а не нам говорить о Европе, мы даже не можем защитить свои права.

Vous vous imaginez tous qu'il y a un autre coupable pour ce qui se passe : l'Europe, l'Amérique. Ecoutez, ouvrez les yeux, le coupable c'est l'horreur qui se passe dans notre pays, le régime impitoyable, la corruption épouvantable, la misère de la population, le débridement et l'impunité des forces de sécurité. La Loi sur la police est en discussionThe Police Act is being discussed, pendant que la police continue à torturer. Un adolescent a eu les organes génitaux arrachés à Nijni Novgorod, horreur, ouvrez plus grand les yeux, citoyens, vous ne voyez pas la poutre dans votre oeil, ne parlons pas de l'Europe si nous ne pouvons même pas défendre nos droits.

Le site web partyzani.info [en russe] a été créé par des enthousiastes pour couvrir les actions des guérilleros. On peut y trouver des informations sur les six participants, leurs actions et comment les aider, en particulier en parlant d'eux. En même temps, il dit que ce site n'encourage aucune forme de violence, mais également qu'il faudrait être prêt à se protéger et commencer à rassembler des armes et stocker de la nourriture. Etonnamment, partyzani.info ne fait aucune mention de la dernière vidéo ; la dernière mise à jour date du 26 juillet.

“Connards” [отморозок] et “bande de gangsters” – tels sont les noms donnés par la chaîne d'information de Vladivostok PTR (Télévision et Radio su Primorie) aux six guérilleros. L'article a reçu des commentaires irrités laissant entendre que c'était de l'intox exprimant une opinion pipée. Pendant ce temps, pendant le mois de juin la ville de Vladivostok s'est couverte de graffitis de soutien aux guérilleros. Le slogan “Guérilleros, votre acte de bravoure n'est pas oublié” [en russe] est l'un d'entre eux ; il y a aussi des vidéos sur YouTube montrant ces graffitis sur fond de musique nationaliste.

Ces exemples illustrent une tendance inquiétante dans la société, lorsque ce genre de “châtiment” rencontre un soutien exprimé. Malgré cela, la riposte des autorités russes à toute cette affaire ne satisfait pas la population locale, à qui Internet donne un lieu où faire connaître leurs opinions. Le problème posé par la police n'a pas varié, et la méfiance n'a pas disparu.

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