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Porto Rico: Presse Communautaire, une réponse à l'indignation

Prensa Comunitaria a été créée en 2004 dans le but de d'autonomiser les communautés de Porto Rico grâce à la création de moyens de communication. A ses débuts, elle créa un réseaux de journaux communautaires, et développa ensuite des programmes de radios alternatives, de télévision et, plus récemment, s'est lancée dans la production de courts métrages dans le cadre de son projet Cineforo Comunitario. Prensa Comunitaria est un des projets les plus importants de journalisme citoyen dans un pays où les médias traditionnels fixent l'agenda quotidien de l'actualité et orientent l'opinion publique dominante [les lins sont en espagnol].

Cette vidéo, produite par Prensa Comunitaria (et publiée sur sa page YouTube), présente la démolition de maisons de la communauté vietnamienne, dans la ville de Guaynabo, à Puerto Rico: Démolition de maisons  dans la communauté vietnamienne. Par Prensa Comunitaria.
Le  président du groupe de Prensa Comunitaria, Samuel Rosario, a discuté avec Global Voices de la naissance du projet, de son travail dans les communautés, de l'importance du journalisme citoyen et de la relation avec les médias traditionnels.
Global Voices (GV)-  Dans quelle intention  Prensa Comunitaria a-t-elle été conçue? Pourquoi et dans quel but?
Samuel Rosario (SR)- Prensa Comunitaria est née à l'origine comme une réponse directe à l'indignation que ressentait le groupe fondateur quant à l'image que donnaient de nous les médias nationaux. Il trouvait révoltant que l'on ne rapporte seulement que la criminalité dans nos communautés. De fait, l'intention initiale était presque strictement de mettre en évidence  que “nous ne sommes pas tous des criminels, qu'ici aussi il y a des gens bien et qui travaillent”. Mais, très vite dans le développement des discussions éditoriales, il est apparu clairement qu'assumer un rôle critique face au gouvernement et un rôle éducatif auprès des nôtres étaient des responsabilités inhérentes au maniement de l'information.
GV- Quelle est la relation des communautés avec les médias à Puerto Rico? Comment sont-elles médiatiquement couvertes?
Il existe un ressentiment presque généralisé dans nos communautés à l'encontre de la presse nationale. Il n'échappe à personne dans les quartiers, les hameaux, les faubourgs et les communautés particulières autour de Porto Rico que, du fait de l'invisibilité des actions de développement que nous menons et de la couverture quasi exclusive de nos maux, nous restons dans l'opinion publique comme un groupe homogène de profiteurs et de criminels. Bien que ces dernières années il y ait eu une légère ouverture dans quelques médias, celle-ci ne compense pas le tort médiatique que nous avons subi pendant tant de décennies ; l'image et la perception publique qui se sont bien installées. La presse nationale  n'envisage pas de réparer les préjudices qu'elle nous a causés. Ils ne savent même pas combien ceci est nécessaire pour construire un projet  national.

Cineforo Comunitario. Photo avec l'autorisation de Prensa Comunitaria.

GV- Comment les médias communautaires contribuent-ils au développement des communautés? ¿Comment donnent-ils du pouvoir aux gens de ces communautés?
Le  bénéfice des médias communautaires pour le pays, et pas seulement pour les communautés qui les gèrent, est multidimensionnel. Un des effets les plus spectaculaires, en partant d'une presse avec une véritable pénétration, c'est une discussion publique plus complète, moins viciée. Une discussion qui, entre autres choses, met à bas la croyance néfaste et généralisée de ce que nous, les pauvres, nous sommes pauvres parce que nous le voulons bien.
L’ institutionnalisation d'une presse communautaire forte, c'est aussi la démystification des médias en général, de sorte qu'un sentiment d'égalité entre les nôtres et les autres sphères privilégiées commencent à se créer. Un autre grand bénéfice pour le développement communautaire c'est que les groupes, constitués dans leur majorité d'hommes et de femmes porte-paroles qui assument, presque invariablement, des responsabilités de production de contenus, commencent à modifier leur comportement conséquemment à la rigueur qu'exige l'exercice du journalisme social. Ils sont plus critiques et se voient obligés d'approfondir leurs analyses.

Logotype de Prensa Comunitaria.

GV- Comment s'est passée l'arrivée du projet sur internet?
En termes  de contenu, la grande différence entre l'utilisation d'internet et le reste des médias c'est que, du moins en ce moment, notre portail doit s'adresser presque exclusivement à des sphères externes. Le peu de pénétration d'internet dans nos communautés ne nous permet pas encore d'adapter le travail réalisé sur le portail à la discussion communautaire interne. Mais, du moins à mon avis, le travail actuel sur le portail est un travail de transition. Les avancées technologiques et le comportement des usagers, laissent présager, pour les prochaines années, la convergence totale entre la télévision et internet. De fait, comme le reste de l'industrie,  nous sommes en train d'essayer d'anticiper ce que seront ces nouveaux portails d'information.
Un autre sujet déterminant ici est l'identification des aides économiques pour soutenir le portail. A Porto Rico, l'investissement publicitaire sur internet n'est pas encore suffisant et le type de souscription non plus. La manière dont les communautés vont intégrer internet, dépendra, dans une grande mesure, de comment finalement nous résoudrons ces sujets.
GV- Quelles ont été quelques-unes des réactions des participants ? Avez-vous des anecdotes, des expériences sur comment le fait de participer et de créer leurs propres médias a contribué à leurs vies, à celles de leurs familles, de leurs communautés?
Si nous considérons que le processus de développement communautaire est linéaire et que sa première phase consiste à donner de la dignité aux groupes, alors l'une des expériences les plus emblématiques doit être celle du jour où la première édition du journal Raíces a circulé à  Guarico, un quartier éloigné de Corozal. Beaucoup de gens se sont amassés près de la pile des journaux…Ils les avaient attendus depuis la veille. Madame Gladys, la porte-parole communautaire et la propriétaire de la maison où nous nous trouvions, a défait le premier paquet et a commencé à distribuer, un à un, les exemplaires… Lorsqu'ils prenaient le journal, ils restaient silencieux et commençaient avec une grande concentration à tourner les pages… Ensuite, les visages étonnés laissaient place à des expressions qui illustraient avec éloquence la magie de l'instant…” c'est nous “… “le journal ne parle que de nous”… La phrase que je n'oublierai jamais, Madame Gladys l'a adressée à Pablo, un homme avec des problèmes d'alcoolisme qui survivait en nettoyant des cours et dont on avait publié une des poésies…”tu vois Piolín, nous sommes des gens importants… nous valons quelque chose”.

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