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Inde : Liberté d'expression, ou sédition ?

Arundhati Roy manifeste contre les barrages sur le fleuve Narmadā en Inde. Photo de International River sur Flickr, reproduite sous licence CC BY-NC-SA

La romancière, essayiste  et militante Arundhati Roy a plus souvent fait parler d'elle dans les médias pour ses critiques ouvertes de l'Etat indien que pour ses écrits. Depuis son roman couronné par le Booker prize, Le Dieu des Petits Riens, elle se consacre surtout aux essais et à la politique en intervenant sur les questions relatives à la justice sociale et aux inégalités économiques.

[les liens suivants sont en anglais] Son soutien au séparatisme cachemiri vient de soulever un débat à travers toute l'Inde. S'exprimant à une conférence intitulée “Où va le Cachemire – Liberté ou esclavage ?” organisée par le JKCCS à Srinagar le octobre 2010, Mme Roy a dit : “le Cachemire n'a jamais été partie intégrante de l'Inde. C'est un fait historique.” Voici une vidéo de son intervention, chargée sur Youtube par Wahidfayaz :

Salil Tripathi du blog Index On Censorship récapitule les réactions des Indiens :

Si les sentiments exprimés sur Internet — par Twitter et Facebook — sont un indicateur, ses remarques ont scandalisé de nombreux Indiens. Certains veulent qu'elle soit expédiée en prison pour longtemps. L'un d'eux a même tweeté qu'elle devrait encourir la peine capitale, bien que peine maximale prévue par la loi sur la sédition soit la prison à vie. Pour sa part, le gouvernement n'a pas annoncé qu'il allait poursuivre Mme Roy, même si un député du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata de l'Etat du Nord Uttarkhand a introduit une plainte officielle, ce qui pourrait établir le cadre d'une action en justice.

En parallèle avec les médias indiens, la blogosphère du pays a vu exploser les réactions pour et contre la déclaration de Mme Roy. Rajan Venkateswaran estime que la liberté de parole a des limites et écrit :

C'est triste que le gouvernement ait décidé de ne pas la poursuivre. Je souhaite vraiment que quelqu'un introduise un PIL [NdT : Public interest litigation, un recours dans l'intérêt public, dans la procédure indienne] et que la Cour Suprême la mette en taule, et fasse un exemple pour ceux de son acabit.

Travails and Travels critique la prise de position de Mme Roy :

Y a-t-il injustice en Inde ? Oui. Corruption ? Oui. Favoritisme, népotisme, communalisme, comportement criminel, oppression ? oui, oui et encore oui…. Mais l'Inde n'est pas aussi mauvaise que vous la faites paraître. D'après vous, c'est comme si les types de la haute société se réveillaient chaque matin avec au programme, “exploiter les plus pauvres des pauvres, violer quelques adivasis, en opprimer quelques-uns de plus, piétiner les droits de l'homme dans tous les détails.”

Arundhati Roy parle à l'université Harvard en avril 2010. photo sur Flickr de Jeanbaptisteparis. CC BY-SA

Chinmay Kumar défend Arundhati Roy :

A-t-elle fait mauvais usage de la liberté de parole ? Peut-être oui, peut-être non. Si cela déclenche une catastrophe politique alors c'est certes un mauvais usage. Le Cachemire a toujours été un problème politique catastrophique, dès le jour de l'indépendance indienne. Sa déclaration a suffi à causer un tohu-bohu, car le Cachemire est depuis longtemps sous le protectorat de l'Inde, ce qu'elle a qualifié de colonialisme de ce pays. [..]

Il y a des voix qui s'élèvent encore et toujours, et des tentatives de les faire taire. Cela s'est produit depuis des centaines d'années, et depuis quelques décennies. Depuis Socrate jusqu'à Suu-Kyi et aujourd'hui Arundhati Roy.

K.R. Surendran, du Kerala informe :

Arundhati Roy a fait une déclaration déplorant l'attitude de notre pays vis-à-vis de ceux qui s'expriment sans peur et elle a insisté que tout ce qu'elle disait était motivé par son amour de notre pays. Les responsables doivent l'écouter…….

Rahul Basu de As I please désapprouve pratiquement tout ce que dit ou écrit Arundhati Roy, il n'en pense pas moins :

Son discours vaut-il qu'on lui flanque un procès pour sédition ? Je suis sidéré qu'on ait autant parlé de cette affaire dans les média.

Le blogueur et écrivain Dilip D'Souza de Death Ends Fun conclut ainsi le billet qu'il consacre à l'affaire :

Je vous exhorte aussi à vous habituer à l'idée qu'il y a des gens en désaccord profond avec ce que vous croyez et chérissez.

Oui, le Cachemire inclus. Il fait vous y faire.

Et que ces opinions différentes existent, qu'elles soient exprimées, n'équivaut en rien à de la sédition. Cela définit au contraire ce que c'est qu'être Indien. Habituez-vous à cela aussi.

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