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Russie : qui a commandité l'agression du journaliste Oleg Kashin ?

L'agression sauvage de Oleg Kashin [en français], un blogueur et journaliste russe connu, est devenue en quelques heures le sujet le plus discuté sur le web russe. Presque tous les blogueurs de renom avaient publié hier un billet sur l'affaire. Oleg Kashin est toujours en coma artificiel. Il souffre de fractures des jambes, de la mâchoire et des mains, il a du être amputé d'une partie d'un doigt.

Hier samedi, des blogueurs se sont rassemblés pour une manifestation pacifique [en français] devant le  38 de la rue Petrovka, le siège de la police de Moscou, pour demander qu'une enquête approfondie soit lancée sur cette agression.

La question que posent les blogueurs maintenant est :  “Qui a fait ça ?” et “Les hommes de main et leurs commanditaires seront-ils punis ?” Il y a au moins trois réponses à la première question. Il n'y en a pas à la seconde, étant donné que d'innombrables crimes contre des journalistes restent impunis, au point que personne sur la blogosphère russe ne croit que cette affaire sera un jour résolue.

Tandis que des informations sur l'agression de Kashin filtrent peu à peu, les blogueurs tentent de faire monter la pression et donnent leurs propres hypothèses. De part ses activités de journaliste, Oleg Kashin avait beaucoup d'ennemis et recevaient régulièrement des menaces. Il y a quelques semaines, il avait mentionné dans un texto qu'il essayait de garder secrète l'adresse de son domicile.

Ci-dessous, l'analyse des principales versions de cette affaire :

Un conflit personnel avec le gouverneur Turchak

En aout 2010, Oleg Kashin a eu un accrochage avec le gouverneur de Pskov, Andrei Turchak, durant un débat en ligne, et l'a appelé ” Turchak le merdeux” (ce qui est devenu plus tard un “mème” sur le web russe durant quelques jours). Andrei Turchak a exigé des excuses sous 24 heures (l'histoire complète ici).

Sergey Smirnov a fait ce commentaire :

Олег мне НЕОДНОКРАТНО говорил, что уже после поста ему звонили и угрожали от “сраного”. Говорили, мол, сейчас уляжется, мы тебя достанем. Подчеркиваю, НЕОДНОКРАТНО.

Oleg m'a dit A MAINTES REPRISES qu'après cet incident, il a reçu des appels et des menaces de la part du “merdeux”.  Ils disaient en substance qu'une fois que les choses se seraient calmées, “nous nous occuperons de toi”. Je voudrais souligner ceci : c'est arrivé PLUS D'UNE FOIS.

Conflit avec Molodaya Gvardia

Molodaya Gvardia, le mouvement de jeunesse pro-Kremlin, a inclu Kashin dans sa liste noire  des “journalistes-traitres” (après l'agression d'Oleg, le document en ligne a été modifié et le texte contre Kashin a été effacé. Mais on peut trouver une capture d'écran du texte original ici, et une version imprimée ici).  L'article comprenait une photo retravaillée avec Photoshop de Kashin avec ces mots en bleu : “Sera châtié.Molodaya Gvardia a accusé Kashin d'aider les extrémistes et l'appelait un “journaliste fasciste.”

Le célèbre journaliste russe  Pavel Sheremet soutient cette version :

Так убивают молодые садисты. Они уже вошли в раж, они натоптались на портретах своих противников, их больное воображение рисует картинки российского Тяньаньмыня. У них чешутся руки. Война Кашина с губернатором Псковской области Турчаком, бывшим руководителем радикальной молодежной организации – серьезный повод кому-то предъявить обвинение. Кашину угрожали, он в ответ огрызался, ему решили показать, кто тут хозяин жизни. Могли нанять бандитов – в стране хватает криминальных кадров. Но скорее всего отработали какие-то активисты. Слишком старательно, слишком тщательно мучили человека.И не ждут бандиты в букетом цветов у входа во двор, обычно сидят в машине напротив, курят, из-за угла посматривают. Не их почерк.

C'est comme cela que les jeunes sadiques tuent. Ils ont déjà craché leur bile, ils ont passé du temps à piétiner le portait de leurs opposants, dans leur imaginaire malade, ils imaginent un Tiananmen russe. L'envie de faire quelque chose les démange. La guerre de Kashin avec le gouverneur de la région de Pskov, Turchak, qui est aussi un ancien dirigeant d'un mouvement de jeunes extrémistes – c'est une raison suffisamment sérieuse pour les accuser. Ils ont menacé Kashin, il a riposté, alors, ils ont décidé de lui montrer qui commandait. Ils peuvent louer des criminels – il y en a bien assez dans le pays. Mais plus probablement, c'est un coup de certains militants. Ils ont torturé d'une façon trop appliquée, avec trop de zèle. Et des criminels ne l'auraient pas attendu avec un bouquet de fleurs à l'entrée de la cour intérieure. Ils attendent d'habitude assis sur le capot de la voiture, devant la maison, en fumant, au coin de la rue. Ce n'est pas leur style.

La controverse autour de la forêt de  Khimki

La version la plus plausible est cependant celle dite de la forêt de Khimki [en français]. Récemment, Oleg Kashin a publié une interview avec un défenseur de la forêt de Khimki, qui a participé à l'attaque de la mairie de Khimki. Après la publication de l'interview, la police a contacté Kashin, lui demandant l'adresse e-mail de son interlocuteur anonyme. Kashin avait refusé de la donner.

La raison pour laquelle de nombreux blogueurs russes font un lien entre Kashin et la campagne pour sauver la forêt de Khimki est la cruauté des agressions précédentes contre certains des activistes impliqués dans cette campagne. La forêt de Khimki a déjà un long sillage sanglant, dont des meurtres de journalistes et d'avocats.

Il y a deux ans, en septembre 2008, Mikaël Beketov, rédacteur en chef du journal Khimkinskaya Pravda, a été agressé dans des circonstances similaires (ses agresseurs l'attendaient près de son domicile). Ses blessures lui ont fait perdre une jambe et sa mobilité. Les traumatismes crâniens l'ont paralysé. De plus, la mairie de Khimki a porté plainte contre Beketov, handicapé, incapable de parler, pour diffamation envers le maire de Khimki Vladimir Strelchenko (voir les photos de l'audience au tribunal ici). L'avocat de Beketov, Stanislav Markelov, a été assassiné le 19 janvier 2010 (bien que la version retenue est qu'il a été assassiné par des néo-nazis).

L'agression de Kashin s'est déroulée juste après l'agression similaire de Konstantin Fetisov, un autre défenseur de la forêt de Khimki. Il a été passé à tabac le 4 novembre, comme Oleg Kashin, et comme lui, il est en coma artificiel actuellement.

Le blogueur no-nine note que Beketov avait lui aussi eu les jambes, la mâchoire et les doigts cassés. Comme le remarquent d'autres blogueurs, ce sont des messages :  “Ne marche pas, ne parle pas, n'écris pas.”

Maxim Kononenko, autrefois blogueur pro-Kremlin, soutient lui aussi la version de la forêt de Khimki. Il   écrit qu'il a l'impression qu'un pouvoir incontrôlable tue ou blesse de plus en plus de journalistes en Russie :

Мы имеем дело с какой-то совершенно потусторонней, инфернальной силой. И что самое смешное – эта сила сама проводит проверки себя, себя расследует и сама берет себя под контроль. То есть, она там бурлит, извивается и идет пузырями, а мы стоим и смотрим, пока из нее не вылезет щупальце и не утащит одного из нас туда, к себе, вовнутрь. Как в повести Стивена Кинга «Тума».

Щупальца всё ближе, а мы по-прежнему стоим, загипнотизированные, и смотрим. С обреченным таким интересом смотрим – кто ИЗ НАС будет следующим?

Nous sommes en face d'un pouvoir infernal, absolument surnaturel. Et, ce qui est le plus drôle, c'est que ce pouvoir s'auto-contrôle, fait des enquêtes sur lui-même, et se surveille lui-même. C'est quelque chose qui bout, qui se tord, qui crache des bulles et nous sommes là, bras ballants, en train de regarder, quand une tentacule sort et nous entraine à l'intérieur [de la créature]. Comme dans le roman d'horreur de Stephen King [ “The Mist”].

Les tentacules s'approchent, toujours plus proches, et nous sommes là, bras ballants, hypnotisés, à regarder. Regarder avec cet intérêt désespéré – lequel D'ENTRE NOUS sera le prochain ?

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