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Fidji : l'eau minérale Fiji, un enjeu de pouvoir

[Liens en anglais] A Fidji, les blogueurs et chroniqueurs du Web se demandent pourquoi le gouvernement militaire de Fidji a expulsé vers les États-Unis David Roth, le directeur de la société locale qui exporte la célèbre et très haut de gamme eau minérale Fiji.

Une porte-parole du gouvernement a confirmé que le directeur des relations extérieures de la société, David Roth, s'est envolé pour Los Angeles jeudi soir 18 novembre (heure de Fidji), mais n'a pas voulu commenter son départ. Le premier ministre [un militaire] de Fidji,  Frank Bainimarama, se trouve en Chine jusqu'à la semaine prochaine. La porte-parole a assuré qu'il s'exprimerait après son retour.

Photo sur Flickr de Magpie372

Deux jours avant le départ de David Roth, Ratu Epeli Ganilau, le ministre fidjien de la défense et de l'immigration, avait démissionné du gouvernement, motivant son départ par des divergences de vues sur l'affaire David Roth. Les rumeurs vont bon train à Fidji, et assurent que Ratu Ganilau, un ami personnel de David Roth et de sa famille, aurait refusé de signer l'ordre d'expulsion.

Ratu Ganilau a répondu aux médias qu'il avait démissionné de son plein gré et  qu'il ne partageait pas les opinions du gouvernement sur David Roth. Mais il a refusé d'en révéler plus.

L'eau minérale Fiji Water a commencé à être embouteillée en 1996 dans la vallée de Yaqara au nord de  Viti Levu, l'île la plus importante et la plus peuplée de Fidji. Un an plus tard, l'eau a  été exportée aux États-Unis [NdT : deuxième marque étrangère la plus vendue aux États-Unis, après Evian]. Aujourd'hui, la marque a des consommateurs fidèles, et aisés, qui peuvent trouver leur eau Fiji dans plus de quarante pays. Selon les chiffres publiées par la compagnie elle-même, l'eau Fiji  représente environ 20 pour cent du commerce extérieur de Fidji et emploie 350 personne sur place.

Le journal The Australian avance que David Roth aurait pu être expulsé par la junte militaire pour qu'elle puisse placer à son poste un Fidjien, ou peut être même prendre le contrôle de la source dont la compagnie exploite l'eau.

Jusqu'ici, aucune confirmation officielle de l'expulsion de David Roth n'a fait surface. Pas plus que des informations sur ce que compte faire le gouvernement.  TheMax, un commentateur du blog Coup 4.5, conseille à tous de rester calme.

Pourquoi toute cette ébullition ? Ce n'est pas comme si Fiji Water avait été fermé.

Le gouvernement a ses raisons, pour que Monsieur Roth quitte Fidji. Il peut s'agir d'un problème de permis de travail, ou d'un problème grave de sécurité nationale. Il nous suffit d'attendre que le premier ministre Monsieur  Bainimarama revienne de Chine pour clarifier tout ça.

Peut-être que M. Epeli Ganilau accordait plus de prix à son amitié pour les Roth qu'à son devoir de ministre de la défense de son pays.

Monsieur Roth est seulement un employé de Fiji Water, la compagnie qui appartient aux milliardaires américains Stewart and Lynda Resnicks. Donc, à vous tous qui grimpez aux rideaux, calmez-vous et retournez à votre travail.

Si Roth a vraiment été expulsé, écrit Alohabula1 sur Fiji Board Exiles, alors, le gouvernement fidjien pourrait bien avoir commis une grosse erreur de relations publiques.

Nous savons tous que Fiji Water a fait plus pour faire connaitre le nom de Fidji à l'international que n'importe quel autre produit jamais exporté par Fidji. En termes de marketing, c'est déjà un succès herculéen. Mais qui a un revers : ce sera très mal perçu si on apprend que le directeur de Fiji Water a été expulsé sans raison valable. Ça ne donne pas une jolie image de chutes d'eau gracieuses et de cocotiers et de fleurs tropicales, ça évoque des images d'instabilité, de trahison, de confiscation des biens d'un investisseur respectable. Si Fidji ne fait pas quelque chose rapidement pour rattraper ça, plusieurs conséquences vont se succéder rapidement.
1. Qui va acheter de l'eau Fiji si la société est détournée de façon illégale des mains de l'investisseur ?
2. Comme l'a déjà remarqué un autre commentateur, cela va faire fuir tout investisseur pendant les vingt prochaines années.
3. Quelle image le monde aura-t-il de Fidji ?
4. Fiji water a fait assez en termes de relations publiques et de services à la communauté pour que nous ayons au moins une bonne image à l'international et c'est comme ça qu'on les remercie ?
5. Le gouvernement de Fidji taxe Fiji Water, est-ce que ce ne serait pas un bon moment pour revoir à la baisse leurs propres revenus ?

Il y a plus de deux ans, le gouvernement de Fidji avait tenté de lever une taxe de 20 centimes sur chaque litre d'eau Fiji, mais la proposition avait été repoussée après une longue bataille. A l'époque, on disait que si le gouvernement lui imposait cette taxe, la société arrêterait sa production.

Mera Fiji Mahan, dans un commentaire sur le blog Fiji Democracy Now écrit que la compagnie étrangère devrait donner plus en retour à son pays d'accueil.

J'aimerais rappeler aux Fidjiens que [l'ancien ministre] Monsieur Mahendra Pal Chaudhary avait résisté aux pressions quand il a proposé cette taxe sur ces foutues bouteilles d'eau Fiji. Ce qui lui est arrivé est bien connu ; inutile d'en dire plus. Fiji Water a le bras très long et en étant loyal à son pays, Monsieur M.P Chaudhary  a été battu par les traitres. Fiji Water doit payer des impôts, c'est légitime, et ne peut pas juste profiter sans retour du cadeau de Fidji (c'est à dire de l'eau minérale pure). Les propriétaires des terrains doivent se réveiller et entamer des négociations avec d'autres compagnies internationales, faire des joint ventures et ouvrir une usine à côté de celle de Fiji Water.

Un commentateur anonyme, sur le blog  Fiji: The Way it Was, IS and Can Be (Fidji: comme il était, EST, et peut être) pense que la société a été prise à son propre piège.

Le fait est qu'ils ont été rattrapés par les mêmes manœuvres politiques qui leur avaient permis d'obtenir leur statut adoré de ‘non-imposable’ (ou pas loin).

Ils assèchent nos nappes phréatiques, il se vendent comme une société écolo mais inondent nos côtes de bouteilles en plastique, corrompent les fonctionnaires du gouvernement… et maintenant, ils ne sont plus capables d'acheter le gouvernement.

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