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Haïti : les émeutes du choléra contre l'ONU se multiplient

[Liens en anglais ou en français] Trois jour après l'annonce du premier cas diagnostiqué de choléra en Haïti, le blog The Life and Times of the Mangine Many écrivait :

Sérieusement ? le choléra?

Je croyais vraiment que la progression du choléra vers l'ouest s'était éteinte

Et maintenant, le comble, il est ici à Haïti.

A ce jour, 138 morts.

Ces cas isolés à une région se sont transformés en une épidémie nationale, dont le bilan s'alourdit chaque jour. Haïti, déjà très mal équipée pour faire face à ce niveau de menace de la santé publique, se bat pour contenir son avancée dans les ruines du séisme du 12 janvier dernier, alors que presque un an après cette catastrophe, beaucoup de Haïtiens vivent encore dans les camps de tentes.

Manifestation contre l'ONU à Port-au-Prince, Haïti. Photo de melindayiti, utilisée avec l'autorisation de Bri Kouri Nouvèl Gaye (http://brikourinouvelgaye.com/)

Pour ajouter la colère à la pire misère, des rumeurs ont surgi, assurant que l'épidémie avait été provoquée par des “excréments de Casques Bleus népalais”. Ce n'est pas un  secret, les troupes de maintien de la paix de l'ONU, appelées MINUSTAH, ont eu un parcours troublé en Haïti ; les blogueurs sont très francs sur ce sujet, et une étude récente demandait directement si la “stabilisation” était un euphémisme pour la subordination.

Dans ce contexte, la seule hypothèse que l'épidémie de choléra ait pu être provoqué par la MINUSTAH (ce que l'ONU dément)  est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Alors que le choléra progresse dans la capitale Port-au-Prince, les manifestations contre l'ONU se sont multipliées.

Au début de cette semaine, quand le bilan de l'épidémie allait dépasser les mille victimes, le blog Mediahacker a republié un article de Inter-Press :

Au moins deux manifestants auraient été tués, l'un d'une balle dans le dos, a dit aux médias un responsable local. Les troupes de l'ONU se sont défendues en disant qu'elle étaient en état de légitime défense.

Les manifestants ont dressé des barricades dans la rue et  bombardé les soldats de pierres et de bouteilles. Deux postes de police ont été incendiés.

On fait aussi état de manifestations dans les villes de Hinche et Gonaives, dans la région centrale de Haïti, ravagée par le choléra.

Les manifestants accusent les soldats étrangers d'avoir amené la maladie dans le pays. Le Centre américain pour la prévention et le contrôle des épidémies dit que la souche du virus qui se propage à Haïti est similaire celle qui est endémique en Asie du Sud.

Selon les projections, 200 000 personnes pourraient tomber malades avant que l'épidémie soit maitrisée, ce qui pourrait prendre jusqu'à six mois.

L'épidémie a jusqu'ici tué plus de 900 personnes, juste deux semaines avant les élections [prévues le 28 novembre].

"MINUSTAH fait caca dans la rivière" – Photo de melindayiti, utilisée avec l'autorisation de Bri Kouri Nouvèl Gaye (http://brikourinouvelgaye.com/)

Les élections prévues prochainement compliquent encore une situation dramatique et complexe.  L'ONU et le gouvernement haïtien mettent les manifestations sur le compte de manœuvres politiciennes. Pour contrer cette vue des choses,  HaitiAnalysis.com republie un interview avec l'ancien président exilé (et dirigeant du mouvement politique Fanmi Lavalas) Jean Bertrand Aristide :

Le Président Aristide s'est d'abord interrogé sur l'origine de l'épidémie de choléra puis a accusé ceux qui ont organisé le coup d'état du 29 février [2004] contre lui. “A propos du choléra, à savoir s'il a ou non été importé en Haïti – comme certains le disent. Avant tout, ceux qui ont organisé le coup d'état/l'enlèvement de 2004 [ont] préparé le terrain pour les envahisseurs, qui sont maintenant accusés d'être responsable de l'actuelle épidémie de choléra et doivent en partager la responsabilité,” a déclaré l'ancien Président Aristide.

Mediahacker est toujours une source crédible d'informations sur la situation en Haïti :

C'est le troisième jour de ce qui est appelé “les émeutes du cholera” contre les troupes étrangères, accusées d'avoir amené la maladie dans le pays.

Quelqu'un a dit que les manifestants étaient des “chimères” violentes, un mot local pour décrire les gangs des hommes de main des partis politiques.

Quand nous sommes arrivés dans les banlieues de Cap Haïtien, les rues étaient désertes, à l'exception des groupes de personnes autour des barricades. L'une d'elles était toujours en train de bruler. A une autre, des dizaines d'hommes se tenaient autour d'une voiture calcinée. .

J'étais content quand un vieil homme qui marchait dans la rue m'a abordé.  C'était Amos Ordena, le kazek local – le Kazek est un juge de paix élu.

Quand je lui ai demandé si les manifestations était organisées par un groupe particulier ou s'il s'agissait de soulèvement populaire, il a répondu que toutes les classes de la société participaient au “mouvement.” Il a dit que la MINUSTAH ne tire pas en l'air pour disperser les gens, mais qu'elle tire sur les gens. Il a entendu dire qu'au moins une personne avait été tuée ce jour là.

Je pose la question à tous ceux que je rencontre ici – les journalistes locaux, les vendeurs de rue, les hommes derrière les barricades, les magistrats locaux  – pour savoir si ces émeutes sont organisées par un gang, ou un parti politique.

La réponse unanime est : non. Les gens n'en peuvent plus des Casques Bleus de l'ONU, et l'épidémie de choléra a été le détonateur qui a fait tout exploser.

Les manifestations contre l'ONU sont-elles destinées à déstabiliser le pays ? Est-ce que les Haïtiens qui descendent dans les rues sont manipulés comme des marionnettes par des politiciens qui visent leurs propres intérêts ? Les manifestations sont-elles violentes ?

Les étrangers à qui j'ai parlé disent que oui. Mais la plupart des Haïtiens à qui j'ai parlé disent que non. Ils disent que c'est une chose inévitable, quand des troupes stationnées à Haïti avec ce qui semble être un statut d'impunité sont soupçonnées d'avoir introduit dans le pays une maladie mortelle, qui augmente encore le malheur. C'est une manifestation de colère populaire – ils protestent comme ils peuvent, les émotions sont très fortes – contre une occupation étrangère qui dure depuis cinq ans.

Sur Twitter on trouve de très nombreuses mises à jour sur la situation, en effectuant une recherche sur les mots clés #Haiti, #UN et #Cholera.

Un récapitulatif des émeutes du choléra contre l'ONU peut être consulté ici.

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