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Chine : la question de trop au Président Obama

Que ce passe-t-il quand les Asiatiques ne sont brusquement plus timides ni conciliants ? S’ il reste encore à la Chine à gagner le respect en tant que puissance mondiale responsable, quand il s'agit de faire ce qu'ils veulent, les Chinois devraient-ils le demander poliment ou s'imposer de manière péremptoire ?

Un début de réponse est apportée par Rui Chenggang, le visage de la Chine capitaliste, présentateur d'une émission économique à CCTV (China Central Television) qui a créé une grande agitation en Chine, après sa prise de parole pour poser au président américain Barack Obama une question, alors que les journalistes coréens ne se décidaient pas à le faire, durant ce qui a été une conférence de presse abrégée trop vite.
Voici une vidéo de l'échange entre Rui et Obama:

[Pour cette atteinte à l'étiquette], le journal pro-gouvernement Southern Daily a publié un éditorial qualifiant Rui de «plus grand obstacle à l'ascension de la Chine» [en chinois] («dans ce cas, qui d'autre est censé lui donner de l'élan ?”, ironise un lecteur), mais le blogueur de jonction pionner Isaac Mao mentionne également que :

大家不要误以为西方也都笑话芮成钢,他其实是耶鲁的座上宾,也经常被一些西方组织认为是中国的未来希望

Les gens ne devraient pas faire l'erreur de penser que l'Occident rit aux dépens de Rui Chenggang. Il a été, après tout, un membre des Yale World Fellows (boursiers de l'université Yale), et certaines organisations occidentales ont tendance à voir en lui le visage de l'avenir de la Chine.

Pour sa défense, Rui a écrit sur son blog sur la plateforme Sina que certains événements hors-caméra n'ont pas eu lieu exactement comme rapportés. Ici, la traduction en anglais par Roland Soong sur EastSouthWestNorth:

La diffusion en mondiovision et en direct de la conférence de presse d'Obama n'était pas censée contenir des questions de journalistes non-américains. Obama n'a donné la parole qu'aux journalistes accrédités par la Maison Blanche qui voyageaient avec lui. C'est typique d'Obama. Mais il a décidé, suivant une impulsion du moment, de prendre une question supplémentaire, à la toute fin de la conférence de presse. Il a souligné qu'il voulait que la question proviennent des médias coréens. Mais après avoir patienté pendant un certain temps, aucun journaliste coréen n'avait levé la main pour demander la parole. C'est rare pour Obama, et quelque peu embarrassant.

Rui Chenggang à la conférence de presse du président Obama en Corée

C'était la cinquième fois que je voyais Obama. Afin de mettre un terme à la conférence, ainsi que pour saisir l'opportunité donnée aux pays émergents d'avoir leur mot à dire, depuis la première rangée, j'ai levé la main et me suis levé. Je lui ai rappelé que je suis originaire de Chine. Il a patienté encore un peu mais aucun journaliste coréen ne se manifestait. Nous avons donc commencé à parler. Par la suite, un journaliste blanc qui affirme travailler en Corée a levé la main à posé une question. L'ouverture d'Obama envers la presse coréenne a alors enfin été acceptée.

Le président des États-Unis riant nerveusement

L'atmosphère  était assez détendue. Les gens plaisantaient. Le G20 se tenait en Asie pour la première fois, et aussi pour la première fois en dehors des huit pays développés. Il aurait été regrettable que la conférence de presse du président américain ne laisse aucune place à l'Asie. Je voulais aussi voir l'interaction avec les journalistes coréens, mais personne ne parlait. Aucun authentique journaliste coréen n'a levé la main. Nous, journalistes d'Asie, pouvons être très professionnels dans notre travail, mais nous sommes un peu timides par rapport à nos collègues américains et européens.

En fait, ce n'est pas grand-chose que de poser une question à un président américain. Obama est confronté à tous types de défis, même des attaques verbales, quotidiennement. Cela fait partie de son travail. Cependant, il ne se confronte principalement qu'aux médias américains. Dans les pays asiatiques (Japon compris), il y a une large marge de progrès possible en termes de «soft power», de communication internationale et d'influence par rapport aux nations développées. Les conférences de presse internationales de haut niveau sont souvent hébergées et dominées par les médias américains et européens. Mais les choses sont en train de changer, du fait de notre rapide internationalisation, nous, en Asie (en particulier les professionnels chinois des médias). J'ai ressenti cela fortement en voyageant à travers le monde au cours des deux années passées. Notre vient de notre pouvoir national grandissant durant ce laps de temps.

Remarquez dans la vidéo comme Obama, initialement, confond Rui avec un journaliste coréen ? Dans de telles situations, interroge le blogueur Wang Luzhi de la plateforme Sina, étudiant actuellement aux USA, qui représente qui, en réalité ?:

结合芮成钢的采访,“他走前停下来时,我第一个举手,后来他说韩国媒体,我又把手放下。结果全场一片沉默,每隔一秒,就多一秒尴尬。后来,奥巴马和我有一个眼神交流。他的意思是,你刚才不是举手了?很短的一瞬间。我想奥巴马也没见过这阵势。他把目光放在我身上。”

Pour résumer un entretien avec Rui Chenggang : «alors qu'il s'était interrompu, il était juste sur le point de partir, j'ai été le premier à lever la main. Puis il a ajouté que la parole était donnée aux médias coréens, alors j'ai rabaissé ma main. Puis, tout l'assistance étant silencieuse,  une situation de malaise s'est installé rapidement. Puis, Obama et moi avons échangé un regard. Il semblait dire, n'avez-vous pas levé la main à l'instant ? Tout cela s'est passé très vite, mais je ne crois pas qu'Obama ait jamais rencontré une telle situation auparavant. Puis il ne cessait de me fixer.»

哪里出问题了么?

Que s'est-il passé ?

1、现场大多是西方尤其是美国记者。在美国看总统在国外的新闻,多半只能看到美国记者为自己总统,大概他们也有需要和谐的内容。芮成钢说represent亚洲,有这种场合的背景。我在学校里也有时被代表亚洲,因为美国人基本分不出中日韩国人的区别,有课程讨论就会说一句,亚洲的代表也说一下观点。何况依前面视频来看,他即是凭记者的直觉抢新闻,也是缓解一个冷场,基本的礼节并没有失。说到代表亚洲,是因为奥巴马的设问有前提。

1. La plupart des journalistes étaient américains. Si vous suivez les informations américaines lorsque le président des États-Unis est à l'étranger, tout ce que vous voyez ce sont des journalistes américains et le président, ce qui signifie, je crois, que même eux (les Américains) sont «harmonisés». Lorsque Rui Chenggang dit qu'il représente l'Asie, c'est contre ce genre de circonstances. J'ai représenté  l'Asie tout le temps ici à l'école, parce que les Américains ne peuvent pas faire la différence entre des personnes chinoises, japonaises ou coréennes, quand nous discutons bien sûr, ils participent, les représentants de l'Asie donnent leur point de vue. A tous points de vue, à en juger par la vidéo ci-dessus, il suivait simplement son intuition de  journaliste collectant des informations, mais aidait aussi à briser le silence dans la pièce, rien de discourtois en cela. En ce qui concerne le fait de représenter l'Asie, c'est simplement en réponse à la façon dont Obama a formulé la question.

2、中国追求没有规矩不成方圆,而有了规矩,也就必定陷于方圆之内。西方追求show out,说了也许说错,不说永远没有人意识到你的存在。如果所有人都是循规蹈矩,其实倒也无伤大雅。但两种价值观碰撞时,后者的强势沟通会让前者阵线溃败。我们想:这不合礼法。人家想:这高效直接有成果。亚洲记者普遍腼腆,因为新闻发布会本就是西方发明的,亚洲是皇帝宣旨众人听。

2. La Chine, de son côté, cherche à faire les choses d'une manière ordonnée, considérant que lorsque les normes sont respectées, le succès est garanti. L'Occident, lui, favorise le fait de se montrer, et je peux me tromper, mais je soutiens que si vous ne prenez pas la parole, les gens ne remarqueront même pas que vous existez. Il n'y a aucun mal à craindre si tout le monde se comporte de manière parfaitement bien élevée, mais quand ces deux ensembles de valeurs entrent en collision, cette dernière forte propension à la discussion l'emporte facilement sur la précédente attitude. A ce point-là, nous (Chinois) pensons : violation totale de l'étiquette. Pendant ce temps, ils (Américains) pensent : l'efficacité apporte des résultats immédiats. Les journalistes asiatiques en général sont assez timides, parce que la notion d'une conférence de presse est à l'origine une invention de l'Occident. En Asie, l'empereur parle, les gens écoutent.

3、芮成钢这一代,我们这一代,年轻人时钟在接触世界,不断成长。我们越接近西方,越渴望文化的复兴。在国外被当成日本人并不是开心的事,确实经常发生的事。向世界发出声音,我个人欣赏他。

一些激动情绪,我想大家都能理解吧。我们被代表怕了。但是,断章取义更可怕。

3. Dans la génération de Rui Chenggang, notre génération, les jeunes sont en négociation constante avec le monde, apprenant continuellement à évoluer. A mesure que nous nous rapprochons de l'Occident, grandit notre désir de vivre notre propre renaissance culturelle. Bien sûr, je ne suis pas heureux quand je suis à l'étranger et que les gens pensent que je suis japonais, et cela se produit souvent, effectivement. Le message que je veux envoyer au monde est que, personnellement, je suis assez admiratif de Rui.

Je suis un peu troublé, j'espère que tout le monde peut le comprendre. Bien sûr, nous n'aimons pas être représentés, mais sortir les choses de leur contexte est encore pire.

Voyez aussi cette parodie hilarante de Rui et un comédien américain, Rob Riggle datant de 2008 :

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