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Madagascar : vague d'arrestations après la tentative de putsch

Après le référendum et la tentative de coup d'état qui a eu lieu le jour même du vote, une vague d'arrestations et d'interpellations jettent une ombre sinistre sur l'île-continent.
Le référendum sur la constitution abaisse l'âge minimum pour se présenter à l'élection présidentielle à 35 ans (au lieu de 40), ce qui permet au président de l'autorité de transition, Andry Rajoelina (aujourd'hui âgé de 36 ans) de participer à l'élection présidentielle, de rester au pouvoir indéfiniment durant la période de transition, quelle que soit la durée de celle-ci.

Le résultat du référendum est de façon très nette en sa faveur : 74% des électeurs ont approuvé la nouvelle constitution, avec un taux de participation de 52.91%. La SADC a refusé de prendre en considération le résultat de ce référendum, les pays donateurs – dont les États-Unis – ont critiqué ce référendum pour ne pas être assez inclusif. Un utilisateur de Twitter juge qu'il s'agit de la pire élection jamais organisée à Madagascar.

Sur Twitter, on apprend que depuis que Andry Rajoelina a accédé au pouvoir, suite au putsch de mars  2009, 350 prisonniers d'opinion sont détenus dans les prisons malgaches.
Durant le déroulement du référendum, les militaires putschistes avaient affirmé leur intention de former un comité militaire pour diriger le gouvernement de transition. La tentative de putsch a duré trois jours, avant que 100 soldats de l'armée régulière n'investissent la caserne où 20 militaires putschistes étaient retranchés. Ils ont été arrêtés sans effusion de sang.

Patrick A s'étonne de cette mutinerie hors normes et des différences de traitement entre les militaires putschistes.

“Le caractère rocambolesque de la mutinerie était accentué par une reddition facile des officiers « rebelles », obtenue après quelques coups de feu tirés en l’air, comme pour malgré tout sauver l’honneur martial des uns et des autres. On nous expliqua ensuite que l’issue non violente était la conséquence de négociations entre « frères d’armes » issus des mêmes promotions de l’Académie militaire. Il n’est pas exclu qu’outre les pressions psychologiques, des assurances de peines légères et même des compensations financières furent avancées au cours des négociations.

Tout cela est finalement de bonne guerre. Au moins dirons-nous, plaie d’argent n’est pas mortelle.

Et comme pour confirmer cela, on ne peut que remarquer la distinction entre des mutins qui ont été envoyés directement à Tsiafahy [la prison] et ceux dont la liberté est certes entravée, mais qui ont retrouvé ce qui est essentiellement la vie quotidienne d’un camp”.

Une semaine avant la tentative de putsch, le dirigeant de l'opposition, Fetison Andrianirina, avait aussi été arrêté, au prétexte qu'il avait participé à un défilé non autorisé pour protester contre ce référendum contesté.
Durant la semaine du putsch, Fetison Andrianirina a disparu. Des tweets contradictoires ont été publiés, affirmant d'abord qu'il se trouvait à la prison de Tsiafahy (où se trouve la plupart des prisonniers politiques). Le gouvernement de transition a annoncé plus tard qu'il était détenu  “dans un lieu secret” pour “raisons de sécurité”. Fetison Andrianirina devrait être présenté au tribunal le 25 janvier. Il ne s'était pas présenté lors de l'audience initialement prévue, ses avocats ne parvenant pas à savoir où il était.

Des messages sur Twitter ont aussi fait état de l'état de santé préoccupant de deux des putschistes après leur arrestation par le gouvernement de transition. Il s'agit du général Raoelina, chef de la sécurité sous la présidence de Marc Ravalomanana, impliqué dans les émeutes sanglantes de février 2009, et du colonel Coutiti, emprisonné sous Marc Ravalomanana pour crimes contre l'humanité, libéré par Rajoelina, également dans un état sérieux après avoir été arrêté.
Le chef de la sécurité du gouvernement aurait dit qu'il avait du s'interposer pour protéger le colonel Coutiti, et que celui-ci aurait succombé aux violences sans son intervention. Le gouvernement a confirmé par la suite que le général Raoelina et le colonel Coutiti étaient dans un état grave, sans donner d'explications sur ce qui s'était passé alors qu'ils étaient sous sa garde.

Un magistrat malgache connu, le Professeur Ranjeva, vice-président à la retraite de la Cour internationale de justice de La Haye, a été inculpé le 12 octobre dernier pour complicité dans l'incitation à la sédition, à la guerre civile, et pour actes de déstabilisation. Raymond Ranjeva était revenu à Madagascar après avoir pris sa retraite de la Cour de justice de La Haye. Il avait appelé à une transition réellement neutre, qu'il se proposait de conduirt. Il venait de publier un document intitulé “Vonjy Aina”. L'actuel gouvernement, dirigé par Andry Rajoelina, qui a succédé au président élu démocratiquement Marc Ravalomanana en le renversant lors du coup d'état de mars 2009, a saisi ce document et l'a présenté comme lié au putsch avorté. Le professeur Ranjeva est aujourd'hui libre sous caution.

Plus surprenant, Riana Ranjeva, la fille de Raymond Ranjeva, a également été appréhendée, pour injures à l'armée, quand les soldats ont envahi la maison de son père à la recherche de preuves prouvant son implication dans la mutinerie. Les preuves retenues contre elle, pour “menace à la sécurité nationale”,  sont la possession d'un exemplaire du document mentionné plus haut, “Vonjy Aina“, un texte de réflexion sur une solution à l'impasse politique actuelle, par ailleurs librement disponible.

Une autre juriste connue, Sahondra Rabenarivo, qui a fait ses études à Harvard et possède la double nationalité malgache et américaine, a été interrogée, pour avoir critiqué la nouvelle constitution, et avoir recommandé de voter contre. Elle a été interpellée car elle figurait sur la liste de diffusion par mail du texte Vonjy Aina. Elle a été ensuite libérée.

Dans cette atmosphère imprégnée de peur, Citoyenne Malgache s'interroge sur les raisons pour lesquelles un blogueur populaire, Njnw, a fermé son blog. Le blog NJ était connu pour son ton impertinent envers  Andry Rajoelina et son gouvernement.

Je viens de constater que le blog de Nj n’est plus disponible et je ne peux m’empêcher de me poser des questions, tout en ayant des idées de réponse. Et avec tout ce qui se passe en ce moment, je continue à me poser d’autres questions… oserais-je encore écrire d’autres lignes sur ce blog ? S’exprimer en tant que citoyenne est une nécessité démocratique, mais il arrive que cela dérange la susceptibilité exacerbée des gens du pouvoir et attire la foudre de leurs sbires…
Que se passerait-il si chacun de nous lâchait maintenant ? Est-il normal qu’on trouve normal que ces policiers zazavao [nouvellement appointés] nous pointent tous les jours leur arme à chaque carrefour ?”

Ndimby, un blogueur politique, ironise sur le nombre d'arrestations politiques.

“à part les tramways et les stades, un fonja mora [prison] est-il prévu dans les investissements chinois pour caser tous les opposants, les journalistes, la société civile, et sans doute prochainement, les ambassadeurs de la communauté internationale “

Il partage les craintes de Citoyenne Malgache : toute rumeur ou mot mal interprété peut maintenant vous valoir la prison.

“…dans l’ambiance actuelle à Madagascar, la Force a pris le pas sur le Droit, faisant ainsi mentir la fameuse injonction de Cicéron qui disait « Cedant arma togae » (Que les armes cèdent à la toge [du pouvoir civil]). A l’ombre protectrice (et bienfaitrice) d’un régime qui prétend user de la Foi tout en s’asseyant sur la Loi, certains se sentent le pouvoir de dire tout ce qu’ils veulent sans être inquiétés. Tout le monde doit donc se méfier, car n’importe qui peut être accusé de n’importe quoi : d’avoir assassiné Ratsimandrava, commandité les attentats du 11 septembre, financé les bombes artisanales, pratiqué la pédophilie, ou je ne sais trop quoi encore. Que personne ne s’étonne d’apprendre un jour dans la presse des 12 collines que Ndimby est en fait Oussama ben Laden, réfugié à Madagascar après avoir coupé sa barbe et lavé son turban (ou vice-versa).

de nos jours, un mot de travers, un article de trop ou un éternuement trop dissonant peuvent vous amener très rapidement aux trois voyages qui ne seront pas sur la banquise : première étape, la rumeur : les colonnes ou les ondes des médias hâtifs ; deuxième étape, la terreur : les bureaux de la gendarmerie ; troisième étape, la douleur : une cellule à Antanimora. Et tout ceci, sans que qui que ce soit ne lève le petit doigt. Et là, je pose la question à tous les va-t-en-guerre de salon, qui d’Antananarivo ou de 10.000 km, appelaient des politiciens ou des membres de la société civile à oser se lever pour se dresser contre l’injustice : où sont-ils et que font-ils devant de telles tentatives d’intimidation contre ceux qui refusent la pensée unique des gros bras et grandes gueules ? En politique comme ailleurs, les conseillers ne sont jamais les payeurs…”

3 commentaires

  • rakotoson

    Al Djammal ne croit pas si bien dire. Mieux, il voit juste tout comme Marc Ravalomanana a eu la perspicacité et la clairvoyance de mettre – comme condition pour être candidat à l’ élection présidentielle – dans la Constitution de la III République ,celle d’ être « Malgache de père et de mère »

    Le Premier à en être offusqué officiellement fut la Françafrique . En suite, un certain Jacques Sylla dont la veuve Yvette continue à accomplir son oeuvre auprès des députés françafricains. Pas étonnant que Jacques Sylla ait tourné sa veste au TIM et au Président Marc Ravalomanana, qui en a la paternité du texte.

    Dans la Constitution de la IV République – celle de Rajoelina dont celui – ci vient de fêter hier au champagne la victoire – Rajoelina donc a barré , supprimé, cette condition . Normal Andry Rajoelina est un vazaha – taratasy ( « double nationalité. ») si vous voyez ce que je veux dire . Tout comme Camille Vital et Tantely Andrianarivo. Et, bien d’ autres encore.

    Comment voulez – vous que Madagascar s’ en sorte avec tous ces vazaha taratasy qui nous gouvernent? Qui a dit que Madagascar est un territoire d’ Outre – Mer? Que le dernier des parlementaires français genre Jean François Mancel et Paul Willie de je ne sais quel bled de France et de Navarre et de Belgique peut émettre son avis sur la politique malgache alors que les Malgaches n’ ont rien à émettre sur les immigrés, la burka, les roms , les SDF, le sempiternel conflit belgo – belge ou si vous préférer wallons – flamands etc .

    Paul Willie est un député belge. Sait-il seulement que dans le conflit séculaire qui oppose – jusqu’ à maintenant – les Wallons et les Flamands ,Vanden Boyenands , premier ministre belge des années 60 avait déjà interpellé les Belges dans une intervention historique:

    \ Comment voulez – vous faire de Bruxelles la capitale de l’ Europe alors que vous n’ arrivez même pas à en faire celle la Belgique ?\

    Pour ceux et celles qui ne le savent pas ce \ problème belgo – belge \ reste entier jusqu’ à l’ heure actuelle . Paul Willie en question ferait mieux de s’ occuper de ses frites que d’ un référendum que l’ UE ne lui a pas demandé d’ observer

    Et, à la sortie , à Antananarivo, où ses ploucs ont été reçus par la HAT comme des rois, des courbettes à n’ en plus finir assorties de « merci vazaha be » à ce gros minet de Paul Willie – la – Fritte !!!. Ecoeurant et dire que celui-ci a promis à TGV d’ écrire à la Communauté Internationale que contrairement à ce que le monde croit la Démocratie existe à Madagascar.

    Admirez ce culot de Rolly Mercia ( Communication en chef à la Présidence de la HAT ) qui demande à Paul Willie à ce que que les médias internationaux roulent en faveur de la … HAT!

    Mais ,quelle bassesse d’ esprit !

  • Babakool

    Est ce que les Malgaches peuvent demander que Le Pen ne se presente pas aux elections presidentielles Françaises en 2012 ;car Le Pen va expulser les etrangers en France ?

  • […] lu hier soir vague d’arrestations après la tentative de putsch sur Global Voices « Après le référendum et la tentative de coup d’état qui a […]

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