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Julian Assange de WikiLeaks : Héros ou scélérat de l'Australie ?

(L'article d'origine est paru le 4 décembre) Julian Assange fait figure de héros ou de scélérat dans sa patrie australienne. Nombreux sont ceux qui, dans son pays et à l'étranger, demandent la tête du fondateur de WikiLeaks, tandis que d'autres voient en lui un champion des peuples [liens en anglais].

Les blogueurs locaux ont porté leur attention moins sur les révélations du “cablegate” que sur les aspects éthiques et les conséquences possibles pour une gouvernance efficace.

Le blog collectif Club Troppo a fait paraître les billets de deux auteurs aux points de vue opposés sur la polémique. Ken Parish estime que les révélations sont jusqu'à présent aussi contre-productives qu'injustifiables :

Je partage absolument l'avis du spécialiste de la liberté d'information Peter Timmins sur les dernières “révélations” de Wikileaks. J'ignore si Assange est un violeur ou non, mais il a certainement réussi à faire reculer de dix ans ou plus la cause de la dénonciation dans le secteur public. Les documents révélés jusqu'à présent n'indiquent que peu d'abus de pouvoir, sinon aucun, de la part des Etats-Unis ou de personne d'autre, de sorte qu'il n'y a simplement pas d'intérêt public légitime à leur divulgation.
Pensées et ronchonnements comme ils viennent

Son collègue blogueur de Club Troppo Paul Frijters s'inquiète du bien-être de Julian Assange et espère que les fuites amèneront une meilleure responsabilité :

Voilà qu'ils ont récidivé. Le gars du Queensland Julian Assange et sa bande de joyeux journalistes et de mordus d'informatique ont une fois de plus inondé Internet d'informations sensibles embarrassant plusieurs gouvernements, notamment les Etats-Unis, en publiant le contenu de plusieurs milliers de télégrammes diplomatiques.

Tôt ou tard Julian Assange sera attrapé, sinon par Interpol qui semble près d'émettre un mandat contre lui, ou alors par les ministère public australien qui voudra ‘examiner s'il a violé les lois’, ou encore par quelque autre gouvernement occidental. Une fois pris, je prédis qu'il passera le restant de ses jours devant les tribunaux.

Mon avis est que Julian Assange est destiné à une vie au pain sec et à l'eau à moins qu'il ne se trouve un pays disposé à le protéger. Wikileaks devrait être applaudi pour son adhésion à l'idéal de transparence et de responsabilité des gouvernements, mais n'a pas encore mis les puissants face à un examen véritablement invasif des vilenies auxquelles se livrent certains d'entre eux. Cela reste peut-être à venir et c'est ce que j'espère.
Où va Wikileaks?

Katy Barnett, qui blogue sous le nom de Legal Eagle pour Skeptical Lawyer, examine les aspects juridiques puis pèse les mérites des actes de Julian Assange :

Je dois avouer que je suis partagée sur WikiLeaks, qu'il y ait ou non une procédure lancée contre Assange.

…On doit soigneusement faire la part des choses entre la liberté d'information et les autres intérêts. Révéler des informations n'est pas toujours une bonne chose. Et il est naturel que les opinions qu'expriment des gouvernants dans leurs communications privées diffèrent de celles qu'ils expriment en public (même chose pour les individus : ça s'appelle le tact).
Wikileaks et le meilleur des mondes de la liberté d'information

Lorenzo de Thinking Out Loud pense que les fuites mettent des vies en danger et les compare avec les célèbres Papiers du Pentagone de Daniel Ellsberg pendant la guerre du Vietnam :

Le déballage de documents de Wikileaks est susceptible de mettre en danger des personnes physiques. Ce qui est une honte, et une suggestion de la laideur d'une bonne partie de la politique au Moyen-Orient. Mais, quoi qu'on puisse penser de Julian Assange et de ses actes, ce qu'il a en fait révélé est un monde diplomatique largement sensé, et largement bien informé.
Ce qu'ont réalisé les Papiers du Pentagone

Dans son billet et sa réponse aux commentaires sur Personal Reflections, l'ancien haut-fonctionnaire Jim Belshaw rejoint d'autres commentateurs en soutenant que la bonne gouvernance sera affectée en ce que les gouvernements deviendront plus secrets et moins francs en privé :

Pour moi, le plus grand danger créé par wikileaks réside dans la nature des probables réactions des gouvernements. Je m'attends à ce que, entre autres, ils réduisent l'accès à l'information ; qu'ils accroissent les risques et pénalités pour ceux qui s'expriment ; et qu'ils renforcent la constipation des systèmes gouvernementaux qui en a déjà réduit l'efficacité.

Aucun gouvernement ne peut ignorer ce qui s'est produit. En Australie nous avons toute une équipe publique mobilisée sur les implications des fuites. La situation aux USA est plus compliquée et dangereuse.
M. Assange et son ego

Luke Miller de Crikey a écrit sur le possible contenu des télégrammes australiens non publiés. Ses spéculations sur l'attitude australienne vis à vis d'Israël prennent un tour inédit :

…une fuite défavorable ces prochains jours sur les relations internationales de l'Australie pourraient torpiller la candidature de l'Australie à la coupe du monde de football, qui dépend aussi d'au moins une voix du Moyen-Orient, et dont la décision tombera début du mois prochain.

Pas étonnant que le gouvernement australien suspende son souffle.
Les câbles de Canberra : les prochaines révélations de WikiLeaks vont-elles compromettre la candidature au Mondial ?

L'Australie n'ayant obtenu qu'une voix à la FIFA pour sa candidature pour 2022, cette affirmation pourrait être aisément taxée d'exagérée comme le suggère un commentaire.

Antony Lowenstein est un blogueur reconnu sur le Moyen-Orient. Sur Unleashed d'ABC, il interroge la réaction des médias généraux :

Il y a une attitude exagérément suspicieuse enversles gens comme Assange qui refusent de jouer le jeu traditionnel des média. Il est un outsider à l'information exclusive. Il n'a pas passé des années à cultiver des contacts à l'intérieur du camp médiatique, et ne consacre pas la majeure partie de ses loisirs à fréquenter les rédacteurs politiques, les éditorialistes et les gens du sérail.

…Le boulot des vrais journalistes n'est pas de protéger les fonctionnaires ou les gouvernants des embarras mais d'enquêter sur les affaires légitimes d'intérêt public.
Quel est le point fort des médias sur WikiLeaks ?

Sur The Punch, Helen Young évoque les difficultés à garder des secrets à l'ère numérique :

La dernière catastrophe Wikileaks pour le gouvernement des USA a beau se centrer sur les actions de leurs diplomates plutôt que de leurs militaires, le Cablegate et le déballage des Journaux de guerre d'Afghanistan et d'Irak sont tous des crises du contrôle et de la gestion de l'information.
Les Wiki leaks ne sont pas la fin des secrets

Gary Sauer-Thompson de Public Opinion fait écho aux préoccupations de Lowenstein sur le rôle des médias que l'on voit toujours servir de portiers :

L'intéressant avec les déballages de Wikileaks (les rapports des guerres d'Afghanistan et d'Irak ainsi que le déballage des télégrammes diplomatiques) c'est que les organes d'actualité d'élite de l'ère Internet — en l'espèce, le Guardian, le NYT et le Spiegel etc —sont les véhicules du matériau originellement obtenu non par leurs propres journalistes d'investigation, mais par d'autres, tels WikiLeaks.

…Ce que nous avons, c'est une collaboration des principaux organes des média à travers les frontières internationales à la fois dans un accord pour travailler ensemble à la publication du matériau et un consensus sur le matériau à exclure. C'est une nouvelle sorte de journalisme d'investigation mondial.
WikiLeaks : les télégrammes d'ambassades

Pour l'Australie, le meilleur ou le pire reste à venir, à moins que les gouvernements ne réussissent à réduire pour de bon Julian Assange au silence.

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