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Brésil, France : Wikileaks et les dessous de la vente des avions Rafale

Le site Wikileaks a dévoilé un document qui, pour le Brésil, remet en question le meilleur argument de vente des avions de chasse français Rafale : la possibilité de transfert de toute la technologie de construction. Selon un bulletin que la chef de mission adjointe de l'ambassade américaine au Brésil,  Lisa Kubiske, a envoyé de Brasilia à Washington en novembre 2009, une grande partie des composants de l'avion de chasse français seraient fabriqués aux USA, comme on peut  le lire sur l'un des derniers documents parus sur Wikileaks en portugais :

Para Lisa, a campanha francesa é mentirosa: ‘Nos últimos meses, o esforço francês de vendas vem se baseando em alegações enganosas, se não fraudulentas, de que seu caça envolve apenas conteúdo francês (o que o isentaria dos incômodos controles de exportação dos Estados Unidos). Mas isso não procede. Uma análise da Administração de Segurança da Tecnologia de Defesa encontrou alta presença de conteúdo norte-americano, o que inclui sistemas de mira, componentes de radar e sistemas de segurança que requererão licenças norte-americanas”.

Pour Lisa Kubiske, la campagne [de lobbying] française est mensongère : ‘Ces derniers mois, toute la force de vente des Français se base sur des allégations trompeuses, pour ne pas dire frauduleuses, selon lesquelles leur avion ne comprend que des composants français (ce qui les exempteraient du contrôle d'exportation incommodant des États-Unis). Mais ça n'est pas fondé. Une analyse conduite par l'administration de sécurité de la technologie de Défense a décelé une présence importante de composants nord-américain, dont le système de visée, des composants du radar et des systèmes de sécurité qui ne pourront pas se passer des licences nord-américaines”.

Ricardo Stuckert/Ag. Brasil /Creative Commons Brasil

La question de l'indépendance française dans la production du Rafale reste en suspens. Mais la relation entre Dilma, Lula et Sarkozy demeure inébranlable et forte, comme on a pu le voir à l'occasion de la dernière réunion du G-20 le mois dernier.

Le Rafale, l'avion français de l'entreprise Dassault, garde jusqu'à présent une longueur d'avance sur ses concurrents, le nord-américain F/A-18 Super Hornet, de Boeing, et le suédois Gripen NG, de Saab, dans la course au marché brésilien. Le président Nicolas Sarkozy s'est engagé à partager toute la technologie de fabrication avec le Brésil, ce qui serait difficile pour les USA, qui devraient alors soumettre la vente à l'approbation du Congrès et de même pour les Suédois, qui utilisent largement la technologie des USA. Il devient dès lors vital de savoir si les Français dépendent des Américains ou pas, comme se le demande ce blog dédié à l'aviation, Poder Aéreo [Puissance Aérienne]:

Se for verdade essa informação do WikiLeaks, a suposta independência dos EUA, ao adquirir o Rafale, não passa de uma ilusão. Ficaremos, no mínimo, duplamente dependentes: dos EUA e da França e sabe-se lá de quem mais.

Qual seria a porcentagem de tecnologia americana, supostamente utilizada pelo Rafale, que depende de autorização dos EUA, para a comercialização desse avião francês?

Basta, apenas, um único item crítico, tangível ou não, que necessite dos EUA, para ficar na dependência indesejada. O WikiLeaks faz referência ao uso de componentes no plural, portanto o Rafale não utiliza um único item de domínio americano. Se pudessem, salvo melhor juízo, os franceses não utilizariam nenhum item, ou tecnologia, que os colocassem perante a sujeição americana.”

Si cette information de Wikileaks se révélait vraie, l'indépendance espérée par rapport aux États-Unis en faisant l'acquisition du Rafale ne serait qu'une illusion. Nous resterions, au minimum, doublement dépendant : des USA et de la France, ainsi que de Dieu seul sait qui d'autre encore.

Quel serait le pourcentage de technologie américaine, supposément utilisée par le Rafale, qui dépendrait de l'autorisation des USA, pour la commercialisation de cet avion français ?

Il suffit d'un unique élément critique, tangible ou pas, qui dépende des USA, pour être dans cette dépendance non désirée. WikiLeaks fait référence à l'utilisation de composants au pluriel, donc, le Rafale n'utilise pas qu'un seul item sous licence américaine. S'ils le pouvaient, sauf erreur de jugement, les Français n'utiliseraient aucun item ou technologie qui les maintiendraient dans la sujétion américaine.”

Que la France soit capable ou non de transférer les codes informatiques des Rafales reste une inconnue. Les Français sont partenaires des Brésiliens dans le Plan de Défense National brésilien, un programme qui comprend le réarmement des forces Armées. Lula a déjà signé un accord avec le président français  Nicolas Sarkozy en 2009 d'un montant estimé à 24 milliards de Réal (13 milliards de dollars US) pour la construction de 50 hélicoptères et de 5 sous-marins faisant usage de la technologie française. Pour beaucoup de blogs brésiliens, les États-Unis sont jaloux de la relation franco-brésilienne, comme le précise  O Informante dans son billet Lula et Sarkozy, ‘une histoire d'amour’ qui incommode :

(…) o governo americano vê com preocupação a proximidade cada vez maior do presidente da França, Nicolas Sarkozy, com o Brasil. Em duas mensagens para Washington, o embaixador dos Estados Unidos em Paris, Charles Rivkin, analisa a aliança franco-brasileira como uma estratégia de Sarkozy para ampliar a influência da França no mundo e, sobretudo, na América Latina.

(…) o embaixador americano faz um comentário polêmico, alegando que Sarkozy usa sua mulher, a ex-modelo Carla Bruni, para atrair os brasileiros. Em seu relato, ele destaca que “o público brasileiro ficou decepcionado” com o fato de Sarkozy não ter levado a primeira-dama em sua última viagem ao país.(…)

Sempre em tom alarmista, o embaixador avisa a Washington que o próprio Lula tem repetido a intenção do Brasil em tornar-se uma potência mundial e vê na autonomia militar e tecnológica o caminho para isso.

Sugerindo alguma familiaridade com a negociação, ele destaca, entre as promessas da França, “dar aos Rafale brasileiros os códigos dos softwares que representam o coração digital do avião, passo que outros concorrentes relutavam em fornecer.”

(…) le gouvernement américain voit avec préoccupation  la proximité toujours plus grande entre le président de la France, Nicolas Sarkozy, et le Brésil. Sur deux messages à Washington, l'ambassadeur des États-Unis à Paris, Charles Rivkin, analyse l'alliance franco-brésilienne comme une stratégie de Sarkozy pour amplifier l'influence de la France dans le monde et, surtout, en Amérique Latine.

(…) l'ambassadeur américain fait un commentaire polémique, avançant que Sarkozy utilise sa femme, l'ex-mannequin Carla Bruni, pour séduire les Brésiliens. Dans son rapport, il souligne que “le public brésilien a été déçu” du fait que Sarkozy ne vienne avec pas avec sa femme lors de sa dernière visite dans le pays.(…)

Toujours sur un ton alarmiste, l'ambassadeur avise Washington que Lula lui-même réitère l'intention du Brésil de devenir une puissance mondiale et voit dans l'autonomie militaire et technologique la voie pour y parvenir.

Laissant entendre une certaine proximité avec la négociation en cours, il souligne encore, parmi les promesses de la France, celle de “donner aux Rafales brésiliens les codes des logiciels qui représentent le cœur numérique de l'avion, informations que les concurrents rechignaient à fournir.”

La négociation portant sur les milliards réprésentés par 36 avions de chasse est en jeu et Lisa Kubiske [de l'ambassade américaine] a demandé à  Washington de faire un effort plus important, comme le révèle Wikileaks :

Mas desde maio de 2009, a embaixada americana em Brasília tenta fazer com que o governo dos EUA se engaje mais na disputa. Em um telegrama do dia 19, (CLIQUE AQUI), a Ministra Conselheira Lisa Kubiske pediu que Washington faça um lobby mais intenso, pois alguns contatos brasileiros “dizem não acreditar que o governo dos Estados Unidos esteja apoiando a venda fortemente”, enquanto o presidente francês Nicholas Sarcozy estaria envolvido diretamente e os suecos estariam atuando “em nível ministerial”.

Mais depuis mai 2009, l'ambassade américaine à Brasilia tente de faire tout son possible afin que le gouvernement des USA s'engage plus dans la compétition. Dans un télégramme du 19, (CLIQUEZ ICI), Lisa Kubiske demande à Washington d'organiser un lobby plus intense, parce que certains contacts brésiliens “disent qu'ils ne croient pas que le gouvernement des USA appuie suffisamment la vente ”, tandis que le président français Nicolas Sarkozy est directement impliqué et que les Suédois seraient en train d'agir “au niveau ministériel”.

Pour le Blog da Cidadania, la presse brésilienne fait du lobbying pour les Américains :

O Brasil firmou há anos um acordo de cooperação estratégico-militar-financeira-cultural com a França, o que desagrada aos americanos porque querem ter o controle não só do seu “quintal” (as três Américas), mas do mundo inteiro – ou queriam ter, mas vão descobrindo que não podem. Esse acordo nos permitirá dominar o ciclo de produção cem por cento autônoma de aviões de guerra, sobretudo em situações de conflito.(…)

Enfim, o fato é que toda a comunidade internacional sabe que a imprensa brasileira está fazendo o jogo dos americanos. E, para que isso não fique muito evidente, essa imprensa – Folha, Estadão, Globo e Veja, sobretudo – diz que o avião americano é o “melhor”, mas que o avião sueco seria a solução de consenso por o negócio oferecer maior transferência de tecnologia, apesar de o Gripen ser inferior ao avião americano, mas superior ao francês.

Le Brésil a signé, il y a des années, un accord de coopération stratégique, militaire, financière et culturelle avec la France, ce qui ne plait pas aux Américains parce qu'ils veulent garder le contrôle, non seulement de leur “jardins” (les trois Amériques), mais aussi du monde entier – ou ils le voudraient bien, mais ils sont en train découvrir qu'ils ne le peuvent pas. Cet accord va nous permettre d'avoir un contrôle à cent pour cent autonome sur le cycle de production des avions de guerre, surtout en situation de conflit.(…)

Enfin, le fait est que la communauté internationale sait que la presse brésilienne joue le jeu des Américains. Et, pour que cela n'apparaisse pas trop évident, cette presse – La Folha de São Paulo, l'Estadão, le Globo, et Veja, surtout – soutient que l'avion américain est le “meilleur”, mais que l'avion suédois serait la solution du consensus puisque l'accord offrirait un  transfert technologique plus important, et ce malgré que l'avion de Gripen soit inférieur à l'avion américain, mais supérieur au français.

Ag.Brasil/Creative Commons 2.5 Brasil

Le ministre brésilien Nelson Jobim tient la défense nationale dans ses mains. Selon l'ambassadeur des USA au Brésil,  Clifford Sobel, le ministère des affaires étrangères du Brésil serait  ‘antiaméricain’ tandis que Jobim serait, lui, un allié important.

La position du ministre de la défense, Nelson Jobim (lire le billet la Blogosphère brésilienne réagit aux informations de Wikileaks de Raphael Tsavkko, en français) et celle du commandant de la force aérienne brésilienne, Juniti Saito Saito, envers le gouvernement américain est largement désapprouvée par les Brésiliens. Tous les deux ont été pris pour cible par le lobby américain et le commandant Saito a même exprimé aux fonctionnaires de Washington eux-mêmes sa préférence pour le modèle nord-américain. Laerte Braga rejoint le chœur des critiques et rappelle sur son blog  Jornal do Autodromo que celle qui devra décider à qui le Brésil va acheter ses avions de chasse est désormais Dilma Rousseff, la présidente qui prendra ses fonctions en janvier prochain :

Dilma Roussef vive um dilema antes de sua posse. Mantém o ministro da Defesa, Nelson Jobim, notório agente norte-americano e o comandante da Força Aérea Brasileira-FAB (bate continência para Washington) brigadeiro Juniti Saito, ou espanta essas duas figuras que em tempos passados seriam chamados de traidores? (…)

A batata quente está nas mãos da presidente eleita Dilma Roussef. Lula poderia até facilitar o caminho pedindo a Jobim e Saito que saiam antes do término de seu mandato. (…)

Dilma Roussef vit un dilemme avant sa prise de fonction. Garde-t-elle le ministre de la défense, Nelson Jobim, agent notoire des Américains, et le général de brigade Juniti Saito, le commandant de la FAB, la Force Aérienne Brésilienne (elle fait acte d'allégeance à Washington), ou se sépare-t-elle de ces deux figures qui, par le passé, auraient été désignées comme traitres ? (…)

La patate chaude est dans les mains de la présidente élue, Dilma Rousseff. Lula pourrait tout aussi bien lui faciliter le travail en demandant à Jobim et Saito de partir avant la fin de son mandat. (…)

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