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Côte d’Ivoire: A propos du Panafricanisme de Gbagbo

Avec l'anniversaire de la mort de Patrice Lumumba et le discours panafricaniste de Gbagbo, beaucoup ont vite fait de faire le rapprochement entre les deux hommes et les pères du panafricanisme. Il se trouve que Laurent Gbagbo lui-même se compare à Robert Mugabe (dans une interview le 27/12/2010 donnée au Figaro), en oubliant quand même que avant de virer dictateur Robert Mugabe était un héros de l’indépendance de son pays le Zimbabwe (avant lui la Rhodésie vivait sous l’apartheid de Ian Smith). Mugabe a commencé par chasser le dictateur car les accords de Lancaster qu’il avait négocié prévoyaient une réforme agraire et  Mugabe estimait que les Anglais devaient  financer cette réforme et les Anglais ne voyaient pas les choses ainsi. Et c’est à cause de ce passé que très peu d’Africains se risquent à critiquer Robert Mugabe. Le panafricanisme est donc une notion avec un contexte historique particulier et ceux qui se disent panafricanistes aiment à penser qu'ils se positionnent en opposition aux intérêts des anciennes puissances coloniales.

Le politicien Ivoirien Venance Konan répond dans un article intitulé  Chère Françafrique ! sur son blog à ces « panafricanistes » :

Cette mentalité anime encore bon nombre d’intellectuels africains et panafricanistes installés bien au chaud (façon de parler en ce moment) en France.Pour toute chose, il faut chercher le coupable ailleurs. Et pour eux, tout ce qui arrive de négatif en Afrique est le fait de la France ou de son excroissance, la Françafrique. C’est elle, notre sorcier. Ainsi, la crise post-électorale qui secoue en ce moment la Côte d’Ivoire serait la faute à la France ou à la Françafrique. Chère Françafrique ! Que serions-nous devenus, nous intellectuels africains et panafricanistes, si tu n’avais pas existé pour nous dédouaner de toute responsabilité dans nos malheurs.

D'autres sur internet ont aussi réagi à ce positionnement de Gbagbo:

  • Côte d'Ivoire : un appel d'intellectuels contre les « va-t-en guerre » (http://bit.ly/ho7Nnc)
  • une lettre de Calixte Beyala : Non, Gbagbo n'est pas seul !(http://t.co/N1U8VMA)
  • Beaucoup d’Africains ont été choqués par ces textes et se sont demandé si cette dichotomie “panafricanisme contre anciennes puissances coloniales” est vraiment la seule alternative à ce débat.

    Oui l’avenir de l’Afrique se joue en Côte d’Ivoire mais je trouve que certains en sont devenus schizophrènes. MBKM écrit ainsi dans Crise en Côte d’Ivoire : quand la France rend les Africains schizophrènes.

    Cet état de chose fait bizarrement de Laurent Gbagbo, pourtant le fossoyeur de la démocratie ivoirienne, l’incarnation du patriotisme, du nationalisme, de la résistance face à un Ouattara soupçonné d’être le « chouchou » d’une Françafrique que beaucoup d’Africains tiennent en horreur. Reconnaissons-le. Nous naviguons là en plein autisme.

    Quant à la sortie de crise en Côte d’Ivoire, beaucoup pensent que l’Afrique ne peut pas se permettre une “jurisprudence GBAGBO” et peut d’autant moins se le permettre qu’en 2011 il y a des élections en : RCA, au Cameroun, au Niger, au Zimbabwe, au Bénin, à Djibouti, au Nigéria, à Madagascar, au Tchad, en RDC, en Angola.

    Ce n’est un secret pour personne et surtout pas pour les Africains que l’Afrique est courtisée pour ses richesses naturelles et ses terres (il est intéressant de comparer une carte conflits « ethniques » et une carte richesses naturelles). Ce n’est un secret pour personne et surtout pas pour les Africains que les politiques des institutions de Washington n'ont pas forcément comme priorité première de sortir l’Afrique de la pauvreté.

    Natural resources in Africa via Ray Mikkleson and Cara Wurtz at U. of Omaha

    Les Africains dont les parents ont participé à la décolonisation, dont les parents admiraient Patrice Lumumba, dont les parents ont soutenu Sékou Touré avant qu’il ne devienne fou sont déçus que des politiciens pour se maintenir au pouvoir utilisent et se comparent à Patrice Lumumba.

    Patrice Lumumba n’était pas ethniciste ( Discours de Patrice Lumumba, Premier ministre et ministre de la défense nationale de la République du Congo, à la cérémonie de l'Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960) .

    Patrice Lumumba n’est pas resté 10 ans au pouvoir alors qu’il avait été élu pour 5 ans. Laurent Gbagbo n'a ni l'épaisseur de Thomas Sankara et peut encore moins être comparé à Patrice Lumumba.

    D’ailleurs l’argumentation a quelque peu évolué comme lu dans cet article de Kofi Alouda:  Crise Ivoirienne : l’amalgame avec un hypothétique « déjà vu » a brouillé la lecture des faits à certains démocrates de bonne foi.

    Laurent Gbagbo pouvait certainement passer pour un révolutionnaire au début, beaucoup de personnes sont d’ailleurs descendus dans la rue pour le soutenir. De plus, c’était l’opposant historique , tout comme A. Wade du Sénégal (apparemment cela ne leur réussit pas vraiment).

    D'ailleurs,  la Françafrique s’est très bien portée sous Laurent Gbagbo comme l'explique Thomas Hofnung dans cet article où il explique que ” Bolloré, Bouygues, Veolia, Total sont très présents en Côte d’Ivoire et avaient misé sur la victoire de Laurent Gbagbo” ; et pourtant comme Sékou Touré, Amin Dada, Laurent Gbagbo est en train de devenir un dictateur : pas de liberté de la presse, la télévision nationale est devenu un instrument de propagande, ethniciste de surcroit. Dimanche soir elle a fait défiler les immatriculations de toutes les voitures appartenant aux personnes travaillant pour l’ONU (pas les officielles qui se reconnaissent aux plaques mais les autres).

    Sékou Touré dans toute sa folie meurtrière, malgré tous les morts n’était pas ethniciste mais pourchassait les intellectuels. Son complot contre les peulhs était d’abord et avant tout dirigé contre un seul homme, Diallo Telli, comme l'explique Maurice Jeanjean.

    En dehors de sa rhétorique usuelle, il existe encore plusieurs points d'interrogations notoires sur la gouvernance de Laurent Gbagbo:

    • il va falloir qu'il explique éventuellement pourquoi les revenus du pétrole ivoirien n'ont jamais fait parti du budget de l'état et pourquoi des “vat-en-guerre”  comme  Charles Blé Goudé sont nommés ministres.
    • qu'il explique pourquoi certains de ses conseillers sont de l’extrême-droite en France.
    • l'existence  des charniers. Laurent Gbagbo en avait d'abord nié l'existence pour ensuite déclarer que les charniers c'est ce qui arrive quand on s'acharne contre un pays.
    • d'avoir choisi une agence française comme RSCG comme conseiller en communication quand on se revendique panafricaniste.
    • que 500 points de vote étaient litigieux lors des élections mais que le Conseil Constitutionnel en a annulé 2.868.

    Il semble clair maintenant que Laurent Gbagbo n’est ni Thomas Sankara et encore moins Patrice Lumumba. Revendiquer d'être panafricaniste ne suffit pas pour en être un.

    Voici d'autres articles traitant du sujet:

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