Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Gabon : Face à face de deux gouvernements et étouffement de la contestation

Ce billet fait partie de notre dossier Gabon.

Après les manifestations de la semaine dernière, la tension reste vive au Gabon, alors que les manifestations sont désormais étouffées dans l'oeuf par le pouvoir.

La contestation a ses racines dans l'élection présidentielle contestée de 2009 qui a vu Ali Bongo succéder à son père, l'inamovible président précédent Omar Bongo, au milieu de fraudes alléguées. La vague actuelle de revendications populaires d'élections libres qui balaie le continent africain (en Tunisie, Egypte et Côte d'Ivoire) a rendu le pouvoir gabonais très méfiant de ne pas laisser se développer la contestation.

Gouvernement officiel contre gouvernement “officieux”

En théorie, il y a en ce moment deux gouvernements au Gabon : un officiel dirigé par le président Ali Bongo, fils de son prédécesseur inamovible Omar Bongo, et un ‘officieux’ composé de deux anciens Premiers ministres et de l'ancien ministre de l'Intérieur, André Mba Obame.

M. Obame est réfugié depuis deux semaines dans le bâtiment du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans la capitale gabonaise, Libreville, en compagnie de membres de son ‘gouvernement’.

Self-proclaimed Gabon opposition 'President' Obame in the Libreville UNDP building, February 2011. Image from Le Gri-Gri International.

Le 'Président' d'opposition auto-proclamé du Gabon Obame dans le bâtiment du PNUD à Libreville, février 2011. Photo Le Gri-Gri International.

Opposition 'Prime Minister' Bandega-Lendoye in the Libreville UNDP building, February 2011. Image by Le Gri-Gri International.

Le 'Premier Ministre ' Bandega-Lendoye dans le bâtiment du PNUD à Libreville, février 2011. Photo Le Gri-Gri International.



M. Obame s'est déclaré président à la suite de la diffusion du documentaire ‘Françafrique’, réalisé par Patrick Benquet, sur la télévision publique française France 2 en 2010. Michel de Bonnecorse, ancien chef de la cellule “Afrique” du Président français, y affirme à propos des résultats de l'élection présidentielle gabonaise de 2009 :

“Nous avons des informations qu'Obame a obtenu 42% et Ali Bongo 37%, et que les résultats ont été pratiquement intervertis.”

Une déclaration qui a déclenché un tumulte politique interne, amplifié lorsque le Président Bongo a modifié la constitution [en anglais] fin 2010 pour se donner la possibilité de prolonger indéfiniment son mandat en cas d'urgence.

Quelques semaines après la diffusion du documentaire, le site WikiLeaks publiait un câble [en espagnol] dans lequel l'ambassadeur américain au Cameroun citait des hauts responsables gabonais, dont le Président décédé et son fils, ayant bénéficié du détournement de 36 millions de dollars US de la Banque des Etats d'Afrique Centrale.

L'argent aurait servi à financer les partis politiques français [en anglais], y compris celui du président français Nicolas Sarkozy, sur la demande d'Omar Bongo.

Former Gabon President Omar Bongo with French President Nicholas Sarkozy. Still from the documentary 'Francafrique' (2010), directed by Patrick Benquet.

L'ancien président du Gabon Omar Bongo avec le Président français Nicolas Sarkozy. Photo tirée du documentaire 'Françafrique' (2010), de Patrick Benquet.

Vincent Bolloré, un homme d'affaires français et ami personnel du Président Sarkozy, à la tête du groupe d'investissement Bolloré actif dans le fret maritime et le négoce africain, a écarté la polémique dans un entretien avec InfosGabon, un site internet d'information favorable à Ali Bongo :

L’agitation politique observée ces derniers jours au Gabon peut-elle, à un moment ou à un autre, entamer votre engagement pour le développement du Gabon ?

Empêchement systématique des manifestations au Gabon

L'homme politique d'opposition Bruno Ben Moubamba a annoncé sur son compte Twitter que des manifestations pacifiques seraient organisées à Paris et dans la capitale gabonaise Libreville samedi 5 février 2011, pour dénoncer la présidence Bongo :

Gabon – Grande Manifestation demain à Libreville / Gare Routière

Le mot a rapidement été donné sur Internet via les sites de réseaux sociaux et de médias individuels, et une marche s'est tenue à Paris de la Place de la Bastille à la Place de la République :

Mais au Gabon, les choses n'ont pas été aussi aisées. Selon M. Moubamba, le défilé prévu pour le 5 février a été réprimé par les forces de sécurité d'Ali Bongo :

Encore une fois les forces de sécurité à la solde du pvr gabonais ont choisi la répression / Manifestation de la Gare

Mardi 8 février 2011, d'autres manifestations ont été dispersées au Gabon. Selon le journal en ligne africain Direct Scoop, des gaz lacrymogènes ont été utilisés contre les manifestants :

(…), les manifestants ont été dispersés par les gaz lacrymogène. ‘’Libreville est dans un état de siège qui ne dit son nom’’, souligne cette source

Tension au bâtiment du PNUD à Libreville

Le ‘président’ auto-proclamé Obame a cherché refuge depuis maintenant deux semaines dans le bâtiment du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans la capitale gabonaise, Libreville, en compagnie de membres de son ‘gouvernement’.

L'Union Nationale, le principal parti d'opposition du Gabon, a été dissoute sur ordre d'Ali Bongo au début de la crise politique.

Après qu'a émergé la nouvelle de l’attaque des miliciens, le journal satirique en ligne Le Gri-Gri International a publié une série de photos montrant la vie de l'opposition dans les bureaux du PNUD :

Ce n’est pas la vie de château, certes, mais les « exilés du PNUD » n’en perdent pas le moral pour autant. Confinés pour la bonne cause, et encerclés par les miliciens à la solde d’Ali Ben

Rhétorique anti-USA et anti ONU

Il semble cependant y avoir des pressions croissantes des responsables des Nations Unies sur l'opposition pour lui faire évacuer les lieux. Jean-pierre Rougou, une source réputée proche du ‘gouvernement’ officieux, a écrit sur son profil Facebook :

La tension avec les responsables du système des nations unies est montée d'un cran aujourd'hui. le représentant algérien était extrêmement gêné de nous faire passer un message verbal de ses supérieurs à NY nous demandant si nous voulions quitter les lieux car ne pouvant nous forcer à le faire. Par ailleurs ils nous ont demandé de nous séparer de tous nos moyens de communication et de n'utiliser que le téléphone fixe du seul bureau auquel nous pouvons accéder.

Dans deux communiqués de presse publiés mardi 8 février 2011, le gouvernement gabonais officieux d'opposition a accusé l'ambassadeur des Etats-Unis au Gabon de garder un silence coupable sur les violations des libertés civiles par Ali Bongo et son régime.

Jean-pierre Rougou a comparé la réaction dans une note postée sur Facebook à celle du Secrétaire Général suédois des Nations Unies Dag Hammarskjöld dans la crise politique au Congo de 1960, qui avait conduit à l'assassinat du premier chef de gouvernement de la République du Congo, Patrice Lumumba, régulièrement élu.

En 1960, l’attitude du Secrétaire Général de l’ONU, le Suédois Dag Hammarskjöld, a conduit à l’assassinat de Patrice Lumumba.
En 1994, l’attitude des Nations-Unies au Rwanda a aboutit au résultat que l’on connait.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site