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Haïti : Retour d'Aristide, “maison” et élection

Dire que le Président Aristide deux fois exilé est une figure mythique dans l'imaginaire de Haïti est en-dessous de la réalité, et à plus forte raison, qu'il suscite des émotions fortes chez les Haïtiens. Dans un billet intitulé “Le feuilleton haïtien ne pouvait plus devenir plus dramatique,” New York City to Haiti, le blog d'un Haïtien-Américain vivant à Port-au-Prince, le dépeint en ces termes [en anglais, comme les liens suivants] :

Il y a deux sortes de Haïtiens, ceux qui adorent Aristide “Titid” et ceux qui le méprisent. Beaucoup croient qu'il est le messie des pauvres, parce qu'avant lui ils étaient largement ignorés, d'autres, qu'il est la force la plus malveillante qui ait jamais présidé Haïti parce qu'il a initié les violences et ciblé les classes moyennes et supérieures. Beaucoup croient qu'il a toujours le pouvoir de contrôler les masses et perturber les opérations électorales en cours. Il faudra attendre pour le savoir. Haïti est sur le fil, de l'excitation et/ou de la peur. Accrochez-vous à vos fauteuils, les gars ! Ça devient intéressant.

Barack Obama, ostensiblement pas enthousiasmé par toute l'affaire, aurait téléphoné personnellement au Président sud-africain Zuma pour tenter de retarder le retour d'Aristide au lendemain de l'élection, ce qui, en retour, a amené les avocats (bostoniens) de l’Institut pour la Justice et la Démocratie en Haïti, défenseurs notoires d'Aristide, à faire circuler une pétition en faveur dudit retour. Alain Armand, alias @theHaitian, un avocat haïtien-américain installé en Haïti, a objecté :

L'IJDH servirait mieux la constitution haïtienne en l'aidant à honorer son engagement pour l'enseignement gratuit de ses enfants ou les poursuites contre les illégalités et la corruption des agents publics comme les ex-présidents et les douaniers corrompus. Pour ma part, je rejette cette pétition [en faveur du retour d'Aristide] au motif qu'elle soutient tout ce qui va mal en Haïti aujourd'hui. Elle est un argument pour plus d'impunité, et Haïti n'en a eu que trop.

Mais de fait, Aristide est bien revenu, à la jubilation des foules qui, pour la plupart, probablement ne lisent ni n'écrivent, bloguent ou même tweetent ; l'essentiel de son électorat se compose des plus démunis. Son discours à l'aéroport a été diffusé en direct sur toutes les radios haïtiennes et par la télévision nationale. Sa femme et ses deux filles à ses côtés, ainsi que des célébrités comme Danny Glover et l'ambassadeur du Venezuela, M. Aristide, avec son éloquence habituelle, a exprimé sa joie d'être chez lui. Il n'a mentionné qu'en passant le coup d'état qui l'avait renversé et a insisté en revanche sur la nécessité de l'inclusion pour la majorité pauvre de Haïti.

Quand une maison n'est qu'une maison ?
Les tweeteurs de Haïti, dont @Thirdworldgirl et @EmilyTroutman, une correspondante d'AOL, ont passé leur vendredi à observer et commenter le retour d'Aristide, s'interrogeant sur sa signification pour l'avenir de Haïti et le second tour des élections dimanche, dont les principaux concurrents étaient Michel Martelly, un chanteur de droite [vidéo en créole] qui a insulté Aristide et a approuvé le coup d'état dans ses concerts passés et Mirlande Manigat, une universitaire centriste dont les réunions électorales ont été violemment perturbées par ce qu'elle appelle “la milice rose” de Martelly”… [ces 2 liens sont en français]

@ThirdWorldGirl: Est-ce que Lavalas a encore de l'influence ? Voilà la question ! Si c'est oui, les élections n'auront pas lieu, si les élections ont lieu je peux supposer qu'ils n'en ont pas.


@emilytroutman
: Beaucoup de gens m'ont dit qu'ils ne voteront pas du tout à moins qu'Aristide leur dise pour qui. #jba #Haiti

Pour beaucoup qui ont passé le dernier mois à tweeter pour l'un ou l'autre candidat, une préoccupation était de savoir quel candidat engrangerait les voix de Lavalas. @Durandis, qui tweetait pour Manigat, méditait [en créole]:

Van vire nan eleksyon ak prezans yon sel moun..mwen we moun kap chire mayo woz, kap joure manman #tetkale..bagay yo pran yon lot dimansyon.

Le vent a tourné dans cette élection à cause de la présence d'un seul. J'ai vu déchirer des t-shirts roses et insulter la maman de Martelly. La bagarre prend une nouvelle dimension.

Le buzz est devenu frénétique pour savoir si la répétition par Aristide des mots “maison” et “chez-soi” était une incitation subtile aux électeurs de préférer Manigat à Martelly. (L'emblème électorat de Mme Manigat est une petite maison.) Les discours d'Aristide sont habituellement métaphoriques ; les Haïtiens savent décoder ses propos et les nombreuses expressions créoles qui assaisonnent sa parole. Bien que ses partisans aient dit qu'il était improbable qu'il soutienne un des deux candidats, les partisans de Mme Manigat ont capitalisé sur la rumeur :

@boukman2004: @2012writer #TITID:” Si kèm te ka tounen “KAY” poum retire pèp la anba tant!” Nap vote ti KAY la = #68 #TITID #MANIGAT #HAITI

Aristide a dit : “Si seulement mon coeur pouvait se transformer en “MAISON” pour retirer les gens de sous les tentes !” Nous votons pour la p'tite MAISON = #68 = Manigat.”

Ils ont été accueillis avec scepticisme par les pro-Martelly, qui ont trouvé d'autres façons de chevaucher la vague Aristide :

@ThirdWorldGirl: Depi on moun di kay kounyen an se andose li andose madanm lan?

Depuis quand dire le mot maison c'est soutenir automatiquement Manigat?

@FutureHaiti: RT @etnos: Jean-Bertrand Aristide di “Roz la a la mod” http://twitpic.com/4avk3o #TetKale

Jean-Bertrand Aristide dit “le Rose [la couleur électorale de Martelly] est à la mode.

Les foules, mesure de popularité
Les Tweeteurs et blogeurs ont aussi chicané sur le nombre de personnes venues saluer Aristide à l'aéroport et qui ont rejoint le cortège l'accompagnant chez lui à Tabarre, comptées en milliers par ses partisans et en centaines ou moins par les autres.

Le blog d’Elsie, une Haïtienne vivant en France et qui soutient Aristide, a noté la minoration des chiffres par tout ce qu'elle a trouvé d'articles francophones, faisant état de sa déception devant le silence des médias généraux francophones sur les foules qui accueillaient Aristide.

Est-ce qu'il faut être anglophone et/ou hispanophone pour avoir une information tout court et de plus objective sur Haïti? Est-ce qu'il serait préférable de ne pas savoir lire du tout et de se contenter de regarder des photos – qui disent quand même plus que les “quelques dizaines de curieux.” de Alterpresse ? […] Pourtant son confrère Le Nouvelliste, très loin d'être favorable à Aristide écrit ceçi : ‘Une centaine d'employés de l'aéroport couraient de leur côté en direction de l'avion pour accueillir Jean Bertrand Aristide.’
http://www.lenouvelliste.com/
Seraient-ce les ‘quelques dizaines de curieux’ mentionnés par Alterpresse?

Une explication pourrait-elle résider dans l'opposition de la France au retour d'Aristide, que l'habitant de Haïti @Mediahacker a souligné dans sa revue des câbles de Wikileaks sur la question ?

Cette vidéo, postée par le partisan d'Aristide @gaetantguevara, laisse les internautes juger par eux-mêmes de la taille de la foule :

Depuis son discours de vendredi à l'aéroport, Aristide ne s'est plus adressé aux électeurs haïtien qui avaient à se prononcer hier entre Manigat et Martelly.

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