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Russie : les résultats surprenants d'une carte collaborative sur la radioactivité

Radiation symbol, photo by Michael Hicks

Symbole de la radioactivité, photo de Michael Hicks

La carte collaborative des niveaux de radiations enregistrés en Russie, mesurés par des particuliers avec leur propre compteur, n'est pas seulement un exemple intéressant d'activisme numérique, mais livre aussi des informations que ses créateurs ne prévoyaient pas.

Le désastre nucléaire provoque une mobilisation en ligne

Durant la rédaction d'un article sur le débat autour du nucléaire [en anglais] provoqué par la crise nucléaire de la centrale  “Fukushima 1″ au Japon, nous avions remarqué dans la section des commentaires des articles de presse, mais aussi sur les forums locaux de discussions, que les internautes échangeaient des données sur le niveau de radioactivité enregistré dans leur ville. Inspirés par ces échanges, nous avons décidé avec Gregory Asmolov, éditeur et contributeur du projet de Global Voices RuNet Echo, de lancer une carte collaborative en ligne pour structurer ces données chaotiques et essayer de proposer des informations agrégées sur les niveaux de radiations enregistrés dans les pays voisins du Japon.

Gregory a créé en une nuit cette carte (appelée plus tard “carte des radiations”) sur la plateforme Crowdmap.com, un service offert par Ushahidi. Contrairement à notre initiative précédente,[en anglais] nous n'avons pas eu à faire face au lourd travail de débogage et de la traduction en russe de la plateforme Ushahidi. Nous avons également pu créer cette carte en plusieurs langues, et expliquer le processus de la mesure des radiations pour ceux qui ne sont pas anglophones. Après avoir envoyé quelques liens à des associations ou mouvements susceptibles d'être intéressés (comme Greenpeace Russie, qui a beaucoup contribué à diffuser l'information sur le projet), nous avons invité des modérateurs. Cinq des six modérateurs qui se sont joints au projet avaient participé à la Help Map consacrée aux feux de forêts en Russie (été 2010). Ceci confirme l'analyse de Gregory Asmolov sur les mobilisations citoyennes en ligne autour d'une urgence : qu'un noyau de bénévoles actifs constitué lors d'une crise peut être sollicité lors du déploiement d'autres initiatives.

Aux États-Unis, un projet similaire, baptisé rdtn.org a été lancé quelques jours plus tard. L'apparition simultanée de plusieurs projets de cartes collaboratives sur le même sujet illustre le fait que le recours aux cartes est devenu un”réflexe” de blogueurs, dans le monde entier. La radio donne une voix, la télévision une image, et ce relativement nouveau “réflexe” de cartographie donne une localisation géographique.

Un utilisation imprévue

L'idée initiale de la carte des radiations était d'organiser les données éparses produites par les détecteurs de radiations privés dans les républiques russes voisines du Japon. La plupart des relevés privés confirmaient et confirment toujours qu'il n'y avait pas eu d'augmentation notable du niveau des radiations du côté russe, et que les rumeurs sur le “panache radioactif” étaient exagérées par les médias.

Dans un second temps, les contributeurs ont commencé à mesurer et mettre en ligne les relevés effectués sur leur lieu de résidence. Les demandes émanaient de la partie européenne de la Russie, située à 8/9 000 km du Japon. Encore plus intéressant, des utilisateurs ont commencé à répondre directement aux autres membres, en envoyant leurs données, et les photos prise de leur  compteur pour les prouver.

La carte des radiations en Russie a pour l'instant aidé à organiser les informations et à calmer la panique soulevée (en Russie) par Fukushima, mais elle a aussi permis de repérer des territoire russes très contaminés par des radiations d'autres sources. Le message suivant [russe] représente une – et jusqu'ici l'unique-  “re-découverte” :

Автомагистраль Челябинск-Екатеринбург. Возле моста фон – 340 мкР/час. В 20 метрах от моста 310 мкР/час. Замерено радиометром “Нейва”.

Комментарий Дениса Куландина:
При мощности экспозиционной дозы естественного фона (5-30) мкР/ч, показания на индикаторе должны быть в пределах 5 – 30 мкР/ч. Опасной считается доза в 50 микрорентген. Тут речь идет об опасном для жизни уровне! Необходимо проверить показания! Я отправил письмо, ожидаю ответа.

Autoroute quelque part entre Chelyabinsk et Iekaterinbourg. Près du pont [sur la rivière Techa] – 340 micro-röntgen [en français] par heure. A 20 mètres du pont – 310 micro-röntgen par heure. Mesuré avec compteur “Neiva” [Ndr: une marque russe].

Denis Kulandin [un des modérateurs de la carte des radiations] a commenté :

On sait que la dose naturelle d'arrière-plan est de  5-30 micro-röntgen par heure, les mesures devraient osciller entre ces niveaux. Le niveau de radiations est considéré comme dangereux à partir de 50 micro-röntgen. Alors, ceci est un niveau dangereux ! Il faut qu'on vérifie ces données ! J'ai envoyé un message, j'attends la réponse.

La rivière Techa [en français] est un cas connu des physiciens du monde entier de contamination radio-active (rebaptisé dans un jeu de mot célèbre en Russie : “Dans la Russie soviétique, le lac vous contamine”). En 1957, le deuxième accident nucléaire le plus grave après Tchernobyl, la catastrophe de Kyshtym [en français]  s'y est déroulé. Mais aujourd'hui encore, son histoire n'est pas connue des Russes, et la contamination radioactive n'est pas perçue comme étant dangereuse.

Dan un commentaire, Pavel (qui se décrit comme un journaliste local dans son e-mail ) explique [russe] la raison de ce niveau anormalement élevé de radiations :

[…] Это последствия сброса жидких радиоактивных отходов ПО “Маяк” в каскад Теченских водоемов. Странно что на этом сайте это не было отмечено ранее… Выше по течению (как можно видеть на карте) и располагается этот каскад. Там фон, я думаю, в тысячи раз выше того, что я намерил на этом мосту.[…]

[…] Ce sont les rejets de la décharge de déchets radioactifs liquides du complexe nucléaire Maïak (en français) [centrale nucléaire du début de la Guerre froide] qui passent dans les affluents de la rivière Techa. C'est bizarre que personne n'ait relevé de radioactivité à cet endroit avant…Comme vous pouvez le voir sur la carte, la source est située en amont. Le niveau de radiations là bas, je crois, est mille fois plus élevé que sur le pont où j'ai fait mon relevé […]

Quand la carte des radiations a été créée, il n'était pas prévu qu'un processus d'entraide à distance ait lieu, ou qu'un membre re-découvrirait un lieu contaminé. Cet usage spontané et fortuit illustre la façon dont les internautes investissent les espaces numériques et utilisent leurs fonctionnalités,  de façon créative et imprévisible.

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