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Jordanie : Un mort et des espoirs déçus

Vendredi soir a sonné une violente défaite pour les manifestations qui avaient débuté le 24 mars (#March24) à Amman, la capitale de la Jordanie. Jeudi soir, les protestataires en faveur de la réforme démocratique avaient occupé le Cercle Dakhliyeh (Cercle du Ministère de l'Intérieur), et tout au long du vendredi, un nombre croissant de personnes s'y étaient rassemblées pour réclamer une réforme politique. Ils se sont trouvés face à face avec des contre-manifestants brandissant des portraits du roi Abdullah et qui leur ont lancé des pierres.

Alors que la foule enflait et que la tension montait, les forces de l'ordre (police et gendarmerie) ont envahi le Cercle Dakhliyeh avec des matraques et un canon à eau, évacuant la place par la force. “Nous avons vidé la zone après une confrontation entre les deux parties et pour assurer leur sécurité,” a affirmé un communiqué de presse du Département de la Sécurité publique [en arabe]. Cette vidéo montre la dispersion d'une partie de l'assistance par une police devenue violente contre les manifestants.

Alimetalhead a mis en ligne une vidéo sur YouTube, du 25 mars à Amman, qui montre les pierres voler sur les manifestants qui montent une barricade pour se protéger.

Le blogueur Naser_K a écrit qu'il croyait que la police venait pour le protéger, jusqu'à ce que les canons à eau soient braqués sur les manifestants, et “l'enfer s'est déchaîné.” Il raconte comment il a été frappé et pourchassé jusque chez lui.

@Naser_K: un policier balançant sa matraque pour frapper m'a demandé : bedak esla7at dostooryeh ya a5u el#_/#/#? (Tu veux la réforme constitutionnelle, fils de #_/#/#? )

Il y a des photos et vidéos du 24 mars sur at 7iber.com, et Amer Sweidan a publié cette série de photos sur Flickr.

Une campagne de loyauté

Au même moment vendredi, de l'autre côté d'Amman dans les Jardins AlHussein, une fête de loyauté et d'allégance rassemblait des milliers de Jordaniens autour de la chanson et de la danse nationales. Ils avaient été ralliés par une campagne médiatique massive la semaine précédente, sous le nom Neda’ Watan (L'appel d'un pays). Beaucoup s'interrogent sur l'initiative et le financement de cette campagne qui n'apparaît pas comme l'oeuvre d'une association ou d'un mouvement particuliers.

Eman Jaradat de l'équipe du média communautaire de AmmanNet.net a tweeté :

امبارح اتصلت في شخص اسمه امين ملحم من منظمي نداء وطن و ساعة و انا احاول افهم منه مين دافع حق الاعلانات و هو يقلي هاد جهد شبابي

@Frekeeh: J'ai parlé hier à Ameen Milhem, un des organisateurs du Neda’ Watan, et j'ai essayé pendant une heure de lui faire dire qui paie la publicité et la campagne dans les média, et il allait répétant que c'est une initiative de la jeunesse.

Le patron d'entreprise internet Samih Toukan a dit :

مظاهرات “نداء وطن” حق ونحن نؤيدها لكن من غير المقبول صرف الاف الدنايير للاعلان عنها من جيبة دافع الضرائب الاردني

@samihtoukan: Les manifestations du Neda’ Watan sont un droit, et nous le soutenons, mais il n'est pas acceptable de dépenser en campagne publicitaire des milliers de Dinars pris au contribuable jordanien.

La blogueuse Tallouza dit :

@tallouza: Mon instinct me dit que le seul objectif de #NidaaWatan était de saboter les voix libres & honnêtes appelant à un changement véritable et significatif ! #Jo #mar24

Jour de tristesse pour la Jordanie

Sur Twitter, il y a eu beaucoup de regrets pour l'escalade de la violence pendant les manifestations pour la réforme.

L'auteur de livres pour enfants Shaima Albishtawi a écrit :

تم رشق الناس بالطوب .. الطوب الذي كان يجب استخدامه في اعمار الاردن

@shaima2: Des parpaings ont été lancés sur des gens… ils auraient mieux été utilisés pour bâtir la Jordanie.

Le blogueur et journaliste jordanien Mohammad Omar a tweeté :

قبل هجوم البلطجة والدرك كنت بفكر اكتب عن الشباب المعتصمين بوانهم يشكلون مفخرة للبلد شباب منتمون واعون قلوبهم ع البلد

@mohomar: Avant l'assaut des casseurs et de la gendarmerie, je pensais écrire sur les jeunes manifestants qui sont la fierté du pays.

شباب كانوا يجسدون فهم متقدم لانتمائهم ووحدتهم ومدنيتهم كان المفترض بالحكومة تفخر بهيك شباب بس خسارة

@mohomar: Jeunesse dévouée et consciente, dont le coeur est du côté du pays. Jeunesse qui a fait la preuve qu'elle comprend l'appartenance, l'unité et le sens civique. Le gouvernement aurait dû être fier d'une telle jeunesse, mais hélas.

Sur Twitter, les Jordaniens ont été nombreux à condamner ce qu'ils ont vu de leurs yeux ou appris par des amis.

Le blogueur et photographe Amer Sweidan a écrit :

@AmerSweidan: Je suis vraiment dégoûté, non parce que j'ai été blessé, mais d'avoir vu mourir un homme, son fils me serrait dans ses bras et s'est mis à pleurer. c'est insupportable.

Dans une apparition à la télévision jordanienne plus tard vendredi soir, le Premier Ministre Marouf Al-Bakhit a accusé le Front Islamique d'être à la tête de l'agitation grâce à l'ingérence et collaboration étrangères, et a poursuivi essentiellement par les thèmes économiques : les 21.000 emplois que le gouvernement a promis de créer, et la crise financière mondiale.

Sur Twitter, c'était la déception qu'il ait évoqué si brièvement l'agitation.

@sama7ijawi: Albakhit trouve important de parler maintenant de l'histoire économique de la Jordanie avec la mondialisation, il a expédié le drame d'aujourd'hui en 3 minutes !

@SaHHHar: PM (Premier Ministre) qu'est-ce que vous racontez ? Le sang a coulé dans les rues et vous déplorez que les médias ne mettent pas en valeur les réalisations du gouvernement ? #ReformJO

Au nom du Roi ?

On s'est aussi beaucoup demandé vendredi pourquoi le roi Abdullah ne s'est pas adressé au pays dans ce moment douloureux. Nombreux sont ceux qui croient que les voyous défenseurs de la monarchie aux manifestations ont mal interprété les souhaits du roi, qui avait lui-même lancé un processus réformateur début février.

L'ingénieur informaticien Hamzeh Nassif écrit :

@HamzehN: Le Roi DOIT s'adresser au peuple ! Nul autre que lui ne peut remettre ces voyous à leur place. Ils utilisent SON nom. IL DOIT LES DÉNONCER ! #Mar24

Samih Toukan a tweeté :

جلالة الملك اكد على حرية المظاهرات والاعتصام وطلب من الاجهزة الامنية حمايتهم.لماذا نخالف تعليماته باسمه؟

@samihtoukan: Sa Majesté le Roi a insisté sur la liberté de réunion et de manifestation, et a demandé à l'appareil de sécurité de veiller sur les gens. Pourquoi désobéissons-nous à ses ordres en son nom ?

Le ministre des Affaires étrangères jordanien, Nasser Judeh, a tweeté à propos des désordres et a promis de présenter “tous les faits”. Il a dit que six personnes ont été arrêtées (des deux côtés) et a souligné pour ses lecteurs que les droits de l'opposition à manifester pacifiquement sont garantis par la constitution. Il a affirmé que la police était intervenue pour séparer les deux groupes.

L'avocate de droit du travail Thoraya raconte (dans une série de tweets) qu'elle a parlé à plusieurs manifestants avec des bâtons à qui on avait fait croire qu'il s'agissait d'une manifestation de Palestiniens contre le Roi.

Cette vidéo d'Aramram [en arabe] compare les propos antérieurs de Sa Majesté avec des clips d'un petit groupe de ses partisans expliquant leurs idées.

(Transcription/Traduction) “Ce que dit le Roi et ce que comprennent les gens”

Le Roi: Encore une fois, je ne veux pas dire nouveau début, parce que le travail c'est la continuité. Ce qu'il nous faut, c'est un nouveau mécanisme, et une nouvelle phase. Et comme je l'ai dit à l'ouverture de la session parlementaire, il n'y a pas de temps à perdre. Sont requis un travail sérieux, une évaluation continue, et la rectification des erreurs et des insuffisances. La mission du nouveau gouvernement est claire. Je veux des résultats rapides quand nous parlons de réforme politique. Quand nus parlons de réforme politique, nous voulons une vraie réforme.

Intervieweur: Salut. Qu'est-ce qui s'est passé ? Dites-moi ce qui vous est arrivé. Allez, dites-nous ce qui s'est passé.
Jeunes hommes: Nous sommes avec le pays, et avec le roi Abdullah. En mon nom et au nom de ma tribu, j'envoie de glorieuses félicitations à Sa Majesté, et nous lui disons que nos âmes sont pour lui. Et ceux qui sont contre lui, nous les jetterons hors de ce pays.
Intervieweur: Question, Sa Majesté a dit vouloir des réformes, c'est ce qu'il a dit.
Jeunes hommes: Oui, exact. Les réformes c'est lui qui en décidera. Ce n'est pas à nous et au peuple de décider, c'est à lui. Il dirige ce Royaume, il décidera de ce qu'il veut, et nous sommes alignés derrière lui.
Intervieweur: Alors le Roi dit qu'il veut les réformes, et les gens sur le Cercle Dakhliyeh veulement les réformes…
Jeunes hommes: Qui sont ces gens ?
Intervieweur: Qui sont-ils, dites-le moi vous-mêmes ?
Jeunes hommes: Ceux qui sont des Frères Musulmans ?
Intervieweur: Non, pas les Frères Musulmans. Il y a beaucoup de monde.
Jeunes hommes: Ce n'est pas aux Frères Musulmans où à nous peuple de ce pays de décider. Celui qui décide c'est le possesseur de ce Royaume, celui qui le dirige, c'est lui décide. Nous marchons en rang derrière lui.
Jeunes hommes: Longue vie au grand Roi. Vive le Roi. Longue vie au grand Roi. Vive le Roi. Longue vie au grand Roi. Vive le Roi. Vive le Roi. Vive le Roi. Vive le Roi.

Le Roi: Et je veux dire aujourd'hui qu'il n'y a rien qui puisse mettre en cause la politique d'ouverture, l'esprit de pardon, la culture du pluralisme et l'acceptation de toutes les opinions sincères, parce que sont les constantes jordaniennes qui ne changent pas.

Et maintenant ?

Quinze membres d'une Commission Nationale de Dialogue multilatérals nouvellement créée par le pouvoir jordanien ont démissionné vendredi, publiant une déclaration selon laquelle l'attitude provocatrice et agressive des forces de sécurité prouve que toute discussion officielle sur la réforme politique est dénuée de sincérité et futile.

@Tallouza: Taher Masri (Président du Sénat, et nommé à la tête de la Commission Nationale de Dialogue) paraissait extrêmement tendu et mécontent ce soir à la télé jordanienne… à l'évidence il sait quelque chose que tous aux gouvernement pensent que nous ignorons…#JO

Après avoir attesté de l'agitation dans la région, la Jordanie semble avoir laissé passer une occasion en or ce week-end. Le 25 mars aura vu la mort du dialogue graduel, la mort d'un petit bout d'espoir et celle des possibles. Que faire à présent pour que le pays progresse ?

Photo de la vignette : Rana Yaghmour sur yfrog.

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