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Brésil : L'avenir des forêts en jeu

Ce billet fait partie de notre dossier spécial (dossier central en anglais) Gros plan sur les forêts : l'Amazonie.
Les pressions pour voter le nouveau Code forestier ont abondé ces dernières semaines au Congrès national brésilien. Le projet, basé sur des propositions de changements du Code existant, est soutenu par une coalition de députés du dénommé «Front rural». Le Code proposé a suscité la controverse à la mi 2010 tout comme en décembre de la même année, lorsque la question a été  soumise en urgence alors que les écologistes étaient partis à Cancún pour la COP 16 (la Conférence des Nations Unis sur les changements climatiques).
La proposition en discussion établit un nouveau plan de gestion des forêts et des zones environnementales protégées dans les 6 écorégions du Brésil : la Caatinga, le Cerrado, les Pampas, la forêt Atlantique, le Pantanal et l’ Amazonie. La raison d'être du projet repose sur le fait que l'agro-business est entravé par le Code existant et que le Brésil laisse passer des occasions de se développer économiquement.

Le Code forestier

A truckload of timber leaves the Amazon. -- Deforestation and the timber industry on the Amazon. Photo by Christian Franz Tragni, copyright Demotix (18/02/2009)

Un camion chargé de bois quitte l'Amazonie. — Déforestation et industrie du bois en Amazonie. Photo de Christian Franz Tragni, copyright Demotix (18/02/2009)

Le Code forestier proposé esquisse une «zone rurale consolidée» et contient beaucoup d'aspects controversés : rendre toutes les zones cultivées légales (en accordant l'amnistie à ceux qui sont responsables de ce qu'a engendré la déforestation ; réduire le nombre de zones riveraines ou en bord de fleuves à protéger (zones appelées ‘várzeas’ et ‘igapós’ en portugais) ; permettre l'occupation et l'utilisation de zones au-dessus de 1800 m (lesquelles sont actuellement protégées) pour l'agriculture ; changer les paramètres de la Zone de protection permanente (APP) par de nouveaux statuts créés dans chaque état brésilien ; supprimer l'obligation d'une réserve naturelle dans les petites propriétés ; permettre de replanter des plantes exotiques dans les zones dégradées (au lieu des seules espèces d'origine) ; permettre de compenser une terre endommagée par une zone protégée  ailleurs (par exemple, une zone endommagée dans la forêt Atlantique pourrait être compensée par une zone protégée dans le Cerrado) ; et ne plus rendre obligatoire la restauration des réserves naturelles endommagées sur les petites propriétés.

Selon la rumeur, la version présentée au Congrès par le député fédéral du parti Communiste Aldo Rebelo le 10 mai venait juste d'être finalisée avant l'appel au vote. La rumeur a provoqué des protestations et la séance a été ajournée car de nombreux députés ont refusé de satisfaire la demande d'un quorum puisque l'avant-projet n'était pas disponible pour examen avant le vote.

Il a été demandé, en effet, aux députés de voter une loi qu'ils n'avaient pas vue. Marina Silva ancienne Ministre de l'Environnement et  candidate à la présidence  (@silva_marina) a twitté le 10 mai [portugais] :

Não se sabe quais propostas da sociedade e do governo estão no relatório do Aldo. Será um desrespeito se o Código Florestal for votado hoje.

On ne sait pas quelles propositions faites par la société [civile] et le gouvernement se trouvent dans le rapport Aldo. Si le Code forestier était voté aujourd'hui, ce serait inconvenant.

Le 12 mai, alors que les députés mentionnaient le message de Marina Silva afin de réclamer plus de temps pour étudier le rapport, Aldo Rebelo a accusé le mari de Mme Silva d'abattage de bois illégal. Il a aussi affirmé que, lorsque le mari de Marina était député, il n'avait pas engagé de poursuites contre la fraude forestière. En se basant sur cette affirmation, laquelle a été diffusée à la télé, l'utilisateur de You Tube CiFuDetube (l'acronyme de Citoyenneté, Avenir et Démocratie ) a conseillé aux citoyens du Net de réclamer la mise en accusation d'Aldo Rebelo car il s'était rendu coupable de calomnie publique.

http://youtu.be/vXaYzt2PQnQ

Agro-business, l'avenir de l'économie brésilienne ?

Selon le journaliste João Peres, qui écrit pour Rede Brasil Atual, le «front rural» est constitué de 170 députés et 18 sénateurs qui soutiennent ouvertement l'agro-business et sont eux-mêmes dans certains cas des agriculteurs. La députée Kátia Abreu est un membre bien connu du front rural, étant une importante productrice de viande. Depuis 2008, elle a été la présidente de la Confédération brésilienne de l'Agriculture et de l'élevage (CNA) et elle est désireuse de voir le nouveau code approuvé. Mme Abreu (@KatiaAbreu) a twitté que la «modernisation du Code forestier est en train d'être initiée d'une manière démocratique et responsable”. Elle a aussi twitté pour défendre ses positions :

Não somos desmatadores. Não exploramos madeira em reserva ambiental. Somos produtores de alimentos. Sustentamos o Brasil. #codigoflorestalja

Nous ne sommes pas des bûcherons. Nous n'exploitons pas du bois dans des réserves environnementales. Nous sommes des producteurs alimentaires. Nous soutenons le Brésil.

Lors du COP 16, Greenpeace Brésil a décerné à la députée Abreu (membre du parti démocrate social) le Golden Chainsaw (une tronçonneuse en or) , en reconnaissance de «son œuvre de déforestation».

Rise in deforestation in the Amazon Rainforest - The Brazilian Amazon rainforest had 5.850 km2 of its legal area deforested from August 2009 to April 2010, according to INPE- Instituto de Pesquisas Espaciais. Photo by Ronnie Luis Leite, copyright Demotix (20/11/2007).

Augmentation de la déforestation dans la forêt amazonienne – La forêt amazonienne brésilienne avait une zone légalement déboisée de 5850 km2 entre août 2009 et avril 2010, selon l' INPE- Instituto de Pesquisas Espaciais. Photo de Ronnie Luis Leite, copyright Demotix (20/11/2007)

 

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Le député Aldo Rebelo, membre du Parti communiste brésilien (PCdoB), est le rapporteur  responsable du nouveau Code forestier présenté au Congrès. M. Rebelo a adopté une position intransigeante quant à ce projet. En dépit de son alliance avec l'administration de Dilma Rousseff, il a montré une plus grande affinité  avec la proposition soutenue par le front rural qu'avec celle, moins agressive, soutenue par l'administration présidentielle.

Rafael Chiaravalloti commente sur son blog Diário do Verde (Green Daily) les effets néfastes du projet de nouveau Code forestier et qualifie Aldo Rebelo de marionnette:

Aldo Rebelo, um ex-militante da luta pela democracia na época que os militares criaram o código, é apenas uma marionete desse processo.

Aldo Rebelo, ancien militant qui a lutté pour la démocratie contre la dictature militaire – durant laquellle d'ailleurs le code a été créé – est dans ce processus une pure marionnette

Les écologistes et les scientifiques rejettent la proposition

Inquiètes des lobbies qui se cachent derrière le nouveau code forestier, des ONG environnementales comme Greenpeace Brésil, WWF-Brésil et des instituts tels que l'ISA – Instituto Socioambiental (Institut socio-environnemental) – et l’ IPAM – Instituto de Pesquisa Ambiental da Amazônia (Institut de recherche environnementale de l'Amazonie) – se sont unies en 2010 pour lutter contre le nouveau Code. Le site SOS Florestas (SOS Forêts) vise à offrir des informations de fond pour corriger l'actuelle et large désinformation.  Ses arguments : des mensonges entourent la manière dont le nouveau Code forestier a été élaboré et il est nécessaire d'attirer l'attention du public sur les potentiels effets négatifs de ce même Code sur les écosystèmes du Brésil.

Dans le cadre de cette initiative, il a été créé une pétition en ligne en partenariat avec Avaaz pour maintenir l'actuel Code forestier. Sur Twitter, il est fait usage de l'intitulé  #SOSFlorestas et  une vidéo a été réalisée pour informer sur les conséquences néfastes du nouveau code proposé, en ce qui concerne en particulier la fin des réserves obligatoires de forêts primaires sur les petites propriétés et la diminution des restrictions de zones de protection permanente des collines et des berges, ce qui a d'énormes impacts sur les villes.

La Société brésilienne pour le Progrès de la Science (SBPC) et l'Académie brésilienne des Sciences  (ABC) ont offert de plaider pour un moratoire de deux ans lors du débat sur le Code forestier au Congrès. Les deux institutions s'accordent sur le fait que le Code doit être changé, mais elles soutiennent que les actuelles propositions  manquent d'une base de données scientifiques nécessaire pour la redéfinition des réserves naturelles, pour la modification des zones protégées sur les berges et pour d'autres changements encore.

“L'effet Aldo”: La déforestation est en augmentation

Il y a seulement quelques jours,  l'Institut Centro de Vida/Centre de Vie (ICV) et  Imazon, des institutions qui mènent des recherches et plaident pour une gestion durable des écorégions brésiliennes, ont fait savoir que la déforestation augmentait dans l'état du Mato Grosso, contrairement à la précédente tendance d'une baisse des taux de déforestation :

Em abril de 2011 o desmatamento atingiu 243 quilometros quadrados em Mato Grosso, o que corresponde a aumento expressivo de 537% em relação a abril de 2010 quando o desmatamento somou apenas 38 quilometros quadrados.

En avril 2011, la déforestation a atteint 243km2 dans le Mato Grosso, ce qui correspond à un accroissement impressionnant de 537% comparé à avril 2010, où la déforestation atteignait une zone de 38km2.

Vous pouvez voir les cartes et les graphiques ici pour comparer les taux de déforestations dans le  Mato Grosso ces quatre dernières années. Comme l'affirme le journaliste Leonardo Sakamatole, c'est une course pour déboiser les zones, car le nouveau Code forestier amnistiera les agriculteurs. Les écologistes ont appelé cela l'«Effet Aldo».

"Protect our woods - Save the Forest Code" Photo from the blog of the AASPAFF (Association for Social Action and Conservation of Water, Fauna and Flora of the northern Chapada), used with permission.“Protégez nos bois – Sauvez le Code forestier” Photo du blog de l'AASPAFF (Association pour l'Action sociale, la Protection de l'Eau, de la Faune et de la Flore du Chapada du Nord), utilisée avec son autorisation.

Des manifestations ont eu lieu dans d'autres endroits du pays, comme dans la petite ville de Jacobina, à Bahia. SOS Florestas a exhorté les citoyens à participer à une manifestation le dimanche 22 mai, à São Paulo.

Cet article a été édité en portugais par Lou Gold.

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